Meirieu, un pédagogue égaré en politique?

Ou, plus exactement, « un pédagogue dans la Cité » selon le titre d’un ouvrage qui vient de paraître chez Desclèe de Brouwer, « une conversation avec Luc Cedelle », journaliste au « Monde », qui l’interroge sans complaisance.

Ou, plus exactement, « un pédagogue dans la Cité » selon le titre d’un ouvrage qui vient de paraître chez Desclèe de Brouwer, « une conversation avec Luc Cedelle », journaliste au « Monde », qui l’interroge sans complaisance.
Philippe Meirieu est, on le sait, une figure de premier plan dans le paysage éducatif, mais une figure controversée ( trop souvent dans la méconnaissance ). Bien qu’il sache que les controverses sur l’éducation et plus encore sur l’Ecole sont  particulièrement rudes et passionnées  en France ( et parfois non ‘’ajustées’’ voire ‘’injustes’’ ), il en souffre toujours, et cet entretien avec Luc Cedelle est pour lui une occasion de tenter de remettre les ‘’choses en place ‘’.
Même ceux qui  connaissent assez bien Philippe Meirieu ( dont je suis ) peuvent être parfois surpris à la lecture de certaines de ses ‘’mises au point’’. Et les autres le seront encore davantage car il est assez souvent, en réalité, à une bonne distance des images de lui qui ont été diffusées voire qui se sont imposées.
L’une des plus étranges est de faire de lui, comme il le dit lui-même, une sorte de ‘’gourou’’ des « sciences de l’éducation » alors qu’il entretient avec ses représentants dominants ainsi qu’avec ceux des  « didactiques » ( à quelques exceptions près ) des rapports pour le moins tendus, voire méfiants ou polémiques…Il se réclame de la « pédagogie », ce qui est effectivement bien différent.
Le plus curieux aussi, et il a raison de passer beaucoup de temps à montrer à quel point ce n’est pas tenable sérieusement, c’est le nombre et l’importance de changements éducatifs qui lui sont imputés ( dont certains d’ailleurs sont exactement à l’inverse de ses positions réelles ). En définitive, il est beaucoup plus discuté et invoqué ( ou ‘’convoqué’’ ) que lu. Mais ce n’est pas trop tard pour le faire, en commençant peut-être par ce livre tout tendu à réduire les malentendus.

Il y a aussi une autre dimension qui donne tout son sel à ce livre, à savoir les interrogations et les observations de Philippe Meirieu sur son entrée ‘’directe’’ en politique, puisqu’il est désormais depuis le dernier renouvellement des conseils régionaux en mars 2010, un élu régional d’Europe Ecologie-Les Verts ( EELV ) et vice-président du Conseil régional Rhône-Alpes, délégué à la formation tout au long de la vie.
Il y a plus de dix ans,à la mi-septembre 2001, j’ai écrit dans ''Le Monde des livres" un article intitulé « Un pédagogue égaré en politique » portant sur un ouvrage ( « La Machine –Ecole » ) qui était déjà un livre d’entretiens de Philippe Meirieu avec une journaliste du « Monde » ( Stéphanie Le Bars ) où Philippe Meirieu revenait sur son expérience auprès de Claude Allègre ( lors de la consultation nationale sur les lycées ). On y apprenait que cela avait été « l’itinéraire d’un pédagogue égaré en politique », ces années étant vécues par lui comme une aventure initiatique ( doublée de ses inévitables mésaventures ):&nbspje n’avais jamais reçu de véritable formation politique et j’ai découvert ce monde avec beaucoup de naïveté ».
Dix ans plus tard, Philippe Meirieu « persiste et signe » semble-t-il. A voir cependant (ou plutôt à lire ) car il s’explique sur le cadre et la façon dont le « pédagogue » et le « politique » se lient dans une fonction de vice président, une fonction d’ « exécutif » ou le ‘’faire’’ et le ‘’penser’’ ( l’un de ses grands thèmes, et l’un de ses chapitres ) sont appelés à se conjuguer.
Reste que l’accord  national passé entre EELV et le PS lui a réservé une circonscription de député à Lyon. Et il s’agira alors encore d’autre chose, du « législatif ».

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