Pour le contrôle continu, Blanquer est toujours aussi pusillanime

On aurait pu penser que Blanquer, après que les baccalauréats aient été obtenus cette année dans le cadre du contrôle continu ordinaire, renoncerait à l'usine à gaz des «épreuves communes de contrôle continu». Mais non, il a préféré la solution cosmétique d'une certaine modification de ses modalités et du changement de nom. Il n'y aura toujours pas de "simplification" du baccalauréat.

Le 30 janvier dernier, j'avais posé la question dans Mediapart : «La formule hybride des E3C est contraire à l'esprit de la simplification de la réforme du bac» vient de déclarer le Comité de suivi de la réforme. Bien vu, mais bien tard. Et il va proposer des «ajustements» pour accomplir «l'esprit de la réforme» ou pour permettre à Blanquer de tergiverser encore?"

Eh bien, on a la réponse : il va lui "permettre de tergiverser encore". Le ministre de l'Education nationale s'est empressé de reprendre à son compte les perches que le Comité de suivi lui a tendues.

Comme l'a écrit Thibaut Cojean dans son article paru dans "L'Etudiant" de mercredi dernier: "les recommandations du comité de suivi de la réforme ont été suivies par Jean-Michel Blanquer. S’il n’y a pas de révolution de fond ni de forme, plusieurs changements sont à noter. Si le principe et le nombre des épreuves communes de contrôle continu (E3C) restent inchangés, elles seront désormais nommées "évaluations communes" (EC) [...] Le barème ne change pas : les EC compteront pour 30% de la note finale du bac. Les sujets seront toujours disponibles sur une banque nationale de sujets (BNS) ouverte à tous, les copies seront anonymisées et corrigées par d’autres professeurs que ceux des élèves. Pour simplifier l’organisation des épreuves, les EC se dérouleront sur les heures de cours et ne pourront pas dépasser deux heures (soit deux fois 55 minutes) [...] Par ailleurs, les commissions d’harmonisation ne se tiendront plus après les sessions d’EC, mais en fin d’année de première et de terminale. Les élèves auront connaissance de leur note après les épreuves, mais celles-ci pourront être modifiées en fin d'année. Le calendrier des EC sera désormais fixé par le chef d’établissement, pour "mieux s’adapter à la progression pédagogique dans chaque établissement".

En définitive, on a quelques ''simplifications" d'un dispositif qui avait complexifié la passation du baccalauréat au lieu de la simplifier! Bravo l'artiste!

On est loin de ce qui avait été annoncé et promu par Emmanuel Macron lors de sa campagne de l'élection présidentielle et qu'il avait précisé dans une interview parue dans "L'Etudiant'' le 30 mars 2017, « Nous faisons confiance au contrôle continu et au jugement des professeurs pour l'entrée dans les formations sélectives (écoles préparatoires aux grandes écoles, sections de techniciens supérieurs, IUT, écoles post-bacs). Pourquoi en seraient-ils incapables pour le baccalauréat? ». Il s'agissait bien du "contrôle continu" entendu comme l'ensemble des évaluations ordinaires faites au fil des années (en première et terminale) présentes dans les dossiers des postulants examinés. Et on se souvient de sa conclusion : « Je souhaite donc simplifier le baccalauréat. Quatre matières seront passées en contrôle terminal, les autres seront validées en contrôle continu ».

Il s'agissait donc de mettre en oeuvre pour une partie du baccalauréat ce qui est mis en oeuvre depuis longtemps par les professeurs du secondaire lorsqu'ils ont à choisir les élèves qui pourront venir dans leurs classes préparatoires ou leurs STS. Ces professeurs font leur choix sur la base de dossiers ''maison'', à partir des notes et appréciations ordinaires obtenues en première et terminale par les candidats dans leurs établissements respectifs; et en toute connaissance de cause (le baccalauréat restant à obtenir comme condition certes nécessaire mais non suffisante pour être sélectionné). Sur la base d'un ''vrai contrôle continu'' donc. Et 'l'on ne parle pas d'"iniquités' en l'occurrence...Comme personne ne réclame des jurys d'harmonisation pour les licences ou masters ( ''maison'') délivrés par chacun des établissements universitaires. Curieux, non?

En tout état de cause, on est toujours loin de la "simplification du baccalauréat" annoncée et promue par Emmanuel Macron. Le ministre de l'Education nationale continue de tergiverser. Le chef de l'Etat va-t-il en tenir compte? On va voir.

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