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Billet de blog 2 déc. 2013

Le PISA nouveau: un défi pour le nouveau CSP

Le Conseil supérieur des programmes nouvellement installé va avoir rendez vous avec son rôle historique à partir de la publication des résultats de l'enquête internationale ''PISA'' qui a lieu traditionnellement tous les trois ans début décembre.

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Le Conseil supérieur des programmes nouvellement installé va avoir rendez vous avec son rôle historique à partir de la publication des résultats de l'enquête internationale ''PISA'' qui a lieu traditionnellement tous les trois ans début décembre.

Les résultats de la dernière enquête PISA vont en effet être rendus publics mardi, et la première réunion du nouveau CSP en présence du ministre de l'Education nationale Vincent Peillon se tiendra dans la foulée, trois jours après. Signe des temps, cette réunion – initialement prévue à la mi décembre – a été avancée au vendredi 6 décembre.

Ce Conseil supérieur des programmes ( et c'est tout à fait inédit en France ) est habilité à faire des propositions publiques dans une approche non seulement ''programmatique'', mais aussi  ''curriculaire'' : le Conseil est en effet dûment chargé par la loi de « refondation de l'Ecole » du 8 juillet 2013 de faire des propositions, dans le même mouvement, pour les programmes certes mais aussi la façon  précise de les évaluer, et des recommandations pour une formation des enseignants ad hoc.

C'est une grande ambition, un vrai défi, qui certes ne se limite pas à faire face aux interpellations qui peuvent naître des résultats de PISA ( car le domaine du Conseil supérieur des programmes n'est pas limité à la scolarité à 15 ans ni aux champs évalués par PISA) mais qui nesaurait non plus les ignorer ou même les contourner.

On s'en souvient sans doute, les résultats des élèves français aux tests PISA 2009 avaient été globalement très moyens (la moyenne étant par définition 500) dans les trois domaines étudiés : 496 points en compréhension de l'écrit ( contre 493 pour la moyenne des pays de l'OCDE), 498 en culture scientifique (contre 501), 497 en mathématiques (contre 496).

Par ailleurs et surtout, les résultats des élèves français étaient restés nettement plus dispersés et inégaux en France que dans la moyenne de l'OCDE ( et même, parfois, encore plus inégaux que dans les enquêtes PISA précédentes ).

De façon générale, les différences de milieu familial entre les élèves expliquent 28% de la variation de la performance des élèves en France ( contre 22% en moyenne dans les pays de l'OCDE ). Alors que dans les pays de l'OCDE l'augmentation d'une unité de l'indice PISA de statut économique, social et culturel entraînait l'augmentation du score sur l'échelle de compréhension de l'écrit de 38 points, cette augmentation s'élevaient à 51 points en France  ( les résultats des élèves en France étant donc à l'évidence beaucoup plus sensibles aux différenciations socio-culturelles que ceux de la moyenne des pays de l'OCDE).

Ces inégalités persistantes ( voire aggravées ) interpellent. Dans l'enquête PISA de 2006 la France se trouvait déjà, pour les trois domaines étudiés, parmi les deux pays où l'écart était le plus grand entre les élèves dont le statut économique , social et culturel des parents est le plus élevé ( le quart le plus favorisé ) et ceux dont le statut économique, social et culturel est faible ( le quart le moins favorisé ). Les écarts allaient de 63 pour la Finlande à 122 pour la France ( bonne dernière ) pour ce qui concerne la culture scientifique. Ils allaient de 55 pour l'Islande à 112 pour la France ( avant dernière, devant le Luxembourg ) pour ce qui a trait à la compréhension de l'écrit. Ils allaient enfin de 62 pour l'Islande à 115 pour la France ( avant-dernière, devant la Hongrie ) en mathématiques. Une belle constance dans les écarts et les places, qui ne peut certainement pas être complètement due aux hasards ( ou aux ‘'biais'' des tests ).

Il y a certes plusieurs axes d'appréciation possibles des résultats de PISA, mais il serait pour le moins étonnant que le Conseil supérieur des programmes ne se saisisse pas au premier chef de la question des différences de résultats scolaires selon l'origine socioculturelle des élèves (plus ou moins inégaux selon les pays) pour apprécier la position de la France et les défis prioritaires à relever.

La France, dit-on souvent ( et on a raison de le dire ) est l’un des seuls pays oùl’égalité est explicitement une mission pour l’Ecole. Sans doute. Mais la France est aussi l’un des pays où les résultats des élèves à leur sortie de l’école obligatoire sont les plus dépendants de leurs origines socioculturelles, et les plus inégalitaires...

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