Public-privé: fuyons Fillon!

L'apparent «succès» du privé par rapport au public (dans certaines statistiques récentes) est l'occasion pour certains de tenter d'en tirer avantage pour le privé. Mais le sens de cette opération avait été déjà établi par avance par un certain François Fillon.

Dans son livre « Faire » paru chez Albin Michel en octobre 2015, François Fillon a écrit : « Si l'enseignement privé donne de bons résultats, nous n'avons aucune raison de vouloir nous en passer et nous devrions même desserrer les carcans qui en limitent la portée. Depuis un quart de siècle, la part des établissements privés sous contrat est limitée à 20%. Il faut se poser la question de savoir s'il convient de revenir sur cette contrainte […]. Je n'ai pas sur ce point de doctrine établie. Je soumets cette question à une réflexion qui prendra le temps qu'il faudra ». Un signal à un certain électorat qui a sans doute contribué à le mettre en tête de la primaire de droite.

Toujours est-il qu'Annie Génevard (à la tête du groupe ''éducation'' de l'équipe de campagne de François Fillon ) vient de déclarer qu' « on ne peut pas ignorer que le privé attire » en évoquant la possibilité de « réfléchir aux modalités d'aide aux établissements privés , y compris hors contrat, qui remplissent une mission éducative dans des secteurs à besoins particuliers ». On n'arrête pas le progrès ! Et cela à la suite de l'affirmation du député ''Les républicains'' Patrick Hetzel lors des questions au gouvernement du 11 janvier : « Ce n'est plus une fuite, c'est un exode ! ».

Mais où a-t-il trouvé cela ? Dans la Bible ? Car en réalité les évolutions de répartition entre le public et le privé sont tout à fait limitées si on les replace dans un cadre général et dans le temps.

De 1996 à 2015, la part du privé est restée quasiment inchangée dans le premier degré (préélémentaire : entre 12,1% et 12,5% ; élémentaire : entre 14,1% et 14,4%) avec des variations dans un sens ou dans l'autre selon les années. En 2016-2017 la part du privé (en élémentaire et préélémentaire cumulés) est montée à 13,7% en 2016-2017 (contre 13,5% en 2015-2016) soit une augmentation de 0,2% . Dans les lycées généraux ou technologiques, la part du privé a diminué de 1995 à 2001 (passant de 21% à 20%), pour remonter ensuite progressivement à presque 22% en 2011, puis redescendre jusqu'à 21% en 2015. Dans le second cycle professionnel, on a eu des oscillations de très faibles ampleurs durant toute cette période (entre 21% et 21,5%).

Les évolutions les plus marquées ont eu lieu au collège : une montée lente mais continue de la part du privé de 1995 à 2007, qui passe de 20% à 21,5%, puis étiage à cette hauteur jusqu'en 2014 ; et reprise d'une (faible) montée du privé en 2015 (+0,1%). L'annonce des diminutions des effectifs d'élèves dans les collèges publics (moins 9900) couplée à celle de leur augmentation dans les collèges privés (plus 6300) a particulièrement frappé les esprits. Mais cela ne représente qu'une variation de 0,2% des ''parts'' du privé et du public (compte tenu des masses d'élèves concernées).. Drôle d' « exode ».

Il ne faut pas oublier non plus que ces variations (de faibles ampleurs) des ''parts du marché'' entre public et privé masquent un phénomène massif, le plus important : le « zapping ». Cela fait de nombreuses années que la moitié seulement des familles utilisent le secteur public pour tous leurs enfants. Et il n'y a que 5% des familles qui n'utilisent que le privé pour tous leurs enfants. Presque la moitié des familles ''zappent'' donc entre les deux . Il y a chaque année une ''transhumance d'environ 150000 élèves du privé vers le public, et du public vers le privé...

 

 

 

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