L'étrange proposition d'Emmanuel Macron

Lundi dernier, devant la Fédération protestante de France, Emmanuel Macron a plaidé « pour l'enseignement des faits religieux avec des historiens ». Mais c'est déjà au programme depuis pas mal de temps ! Quid ?

Lors du débat parlementaire de février 2005 sur la loi d’orientation pour l’avenir de l’école, le député communiste Jean-Pierre Brard propose un amendement : «  Dans le monde d’aujourd’hui où le fait religieux marque tout à la fois l’actualité en permanence et constitue l’un des accès à la culture comme aux arts », il convient «  d’organiser dans l’enseignement public la transmission de connaissances et de références sur le fait religieux et son histoire, dans le respect de la liberté de conscience, et des principes de laïcité et de neutralité du service public ». Cet amendement est approuvé par le ministre de l’Education nationale François Fillon, puis voté par les députés de toutes sensibilités politiques.

Si l’on en juge – entre autres - par ce qui est immédiatement le plus significatif, à savoir les programmes d’histoire pour le collège parus au BO du 28 août 2008, cet amendement a bien eu des retombées précises dans les programmes scolaires.

Un dixième du temps dévolu à l’enseignement de l’histoire en classe de sixième doit être réservé aux débuts du judaïsme (en s’appuyant en particulier sur quelques uns des grands récits de la Bible étudiés comme fondements du judaïsme ) ; et un autre dixième du temps doit être réservé aux débuts du christianisme (quelques uns des grands écrits du Nouveau Testament étant, eux aussi, étudiés comme fondements du christianisme ). De la même façon, en cinquième, un dixième du temps dévolu à l’enseignement de l’histoire est réservé aux débuts de l’islam ( quelques uns des récits de la tradition – du Coran – étant étudiés également comme fondements de l’islam ).

Et pourtant, autre ''curiosité'' majeure, une proposition de loi tendant à « renforcer les cours d’instruction civique et à instituer un enseignement du fait religieux » a été présentée par une quarantaine de députés UMP le 5 février 2010 à la présidence de l’Assemblée nationale. L’exposé des motifs souligne que cette proposition de loi « s’inscrit dans le cadre du débat sur l’identité nationale […]. Comment nos enfants pourraient-ils appréhender notre patrimoine littéraire, architectural, artistique, les débats intellectuels et les luttes qui ont jalonné notre histoire, sans un minimum de culture religieuse ? » est-il dit.

Quel peut donc être le sens de ce projet de loi du 5 février 2010 qui prétendait ‘’instituer’’ un enseignement du fait religieux à l’école alors qu’il était d’ores et déjà dûment programmé ?. Doit-on, pour en saisir le sens, faire un sort particulier à une partie de l’exposé des motifs en faisant très attention à la façon dont ils sont exprimés : « La présente loi a pour objectif d’instituer dans le cadrescolaire un enseignement des religions et de leur pratique. L’apparition de la burqa en France traduit l’émergence d’une conception de la femme qui est étrangère à notre République et à ses valeurs. Elle peut exprimer un rejet ou une méconnaissance de notre culture. Pour éviter ce phénomène de refus ou, inversement, de stigmatisation, il est nécessaire de permettre une meilleure connaissance des religions présentes en France».

Quid, dans ce contexte, de l'étrange proposition d'Emmanuel Macron ? Quel est son enjeu ? Quel est son sens ?

 

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