Pauvre brevet! Une suppression de ses épreuves terminales dans l'indifférence?

Alors que les modalités d'attribution du baccalauréat peuvent susciter la passion, il n'en est nullement de même pour le brevet qui pourtant concerne la totalité de chaque classe d'âge. Drôle d'examen ayant une drôle d'histoire. Va-t-on vers sa fin?

Au XIXème siècle, le « brevet » est d’abord et avant tout un « brevet de capacité » qui certifie que l’on est «  en capacité » de devenir maître (ou maîtresse) d’école, et plus généralement un examen qui est  parfois requis (directement ou indirectement) pour être « en capacité » d’exercer certains métiers.

Au cours du temps, le lien du « brevet » avec l’accès à certaines professions s’est  nettement distendu. En 1947, dès le début de la forte augmentation du taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire qui commence sous la Quatrième République, le « brevet » est transformé en « brevet d’études du premier cycle du second degré » (BEPC), son appellation nouvelle signant ce qu’il est devenu avant tout , à savoir un examen qui scande un cursus scolaire - celui du secondaire - désormais clairement constitué de deux ‘’’cycles’’. Mais ce n’est nullement une condition pour passer en classe de seconde. C’est tellement vrai que l’on peut avoir la disposition inverse : ainsi, il est décidé en 1978 que les élèves ayant fait l’objet d’une orientation vers le second cycle de l’enseignement secondaire n’ont pas besoin de passer les épreuves du brevet pour l’obtenir.

A partir de 1981, le diplôme - désormais intitulé « brevet des collèges » - est attribué sans examen, au vu des seuls résultats scolaires.

En 1986, un « examen écrit » (en mathématiques, français, histoire-géographie-éducation civique) est réintroduit par le ministre de l’Education Jean-Pierre Chevènement avec le triple objectif annoncé de « revaloriser le diplôme », de « motiver » davantage les élèves, et de les « préparer » à aborder des examens ultérieurement. Lors de sa première mouture, le taux de reçus ne dépasse pas 49%.

En 1988, pour l’essentiel sur cette base, le « diplôme national du brevet » est créé avec trois séries ( collège, technologiques et professionnelles). En 2001, prise en compte d’options facultatives. En 2006, s’ajoute l’option « découverte professionnelle ». En 2007, ajout de la note de vie scolaire ; le « contrôle continu » ne porte que sur les notes de troisième et le sujet du brevet devient national

Depuis l’année 2012, « l’attestation de maîtrise des connaissances et des compétences du socle commun au palier 3 » ( qui correspond à la fin de la classe de troisième) est obligatoire. Cette attestation est renseignée dès la classe de quatrième par les professeurs principaux, après concertation avec les équipes pédagogiques lors d’un conseil de classe ou à tout moment approprié. En classe de troisième, lors du conseil de classe du troisième trimestre, le chef d’établissement valide ou non l’acquisition du socle commun.

Dès l'automne 2017, le nouveau ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer entend renforcer l'examen final. Avant 2017 le ministère avait privilégié la validation du socle.. La plupart des élèves avaient assez de points pour avoir le brevet avant les épreuves finales. Les épreuves finales, où les notes obtenues sont le plus souvent inférieures à l'évaluation du socle n'avaient vraiment d'importance que pour les candidats les plus faibles qui étaient éliminés. 

Jean-Michel Blanquer prolonge la formule où il y a validation du socle plus examen classique, mais renforcé. Et il donne un poids plus lourd à certaines disciplines.

Le piquant de la situation actuelle est que le 3 juin 2019, devant la ''commission nationale d'évaluation des politiques publiques ''de l'Assemblée nationale, Jean-Michel Blanquer a annoncé qu'il envisageait pour 2021 une réforme du brevet allant dans le sens d'un poids plus important de l'examen final...

Et l'on va se retrouver dans la situation complétement opposée qui a prévalu de 1978 à 1986, avant l'intervention du ''Che''.

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