L'argent à l'Ecole

La “cagnotte” contre l’absentéisme vient de défrayer la chronique. Mais elle n’a pas été sans précédents dans le passé, même si elle n’en procède pas de façon directe.

La “cagnotte” contre l’absentéisme vient de défrayer la chronique. Mais elle n’a pas été sans précédents dans le passé, même si elle n’en procède pas de façon directe.

 

Cette initiative a été inscrite à la une de la quasi totalité de la presse ; et ce serait étonnant que ce soit tout uniment pour la dénoncer. Mais c’est indubitablement le signe de l’intérêt et des interrogations que cela suscite. D’ailleurs le Haut Commissaire à la Jeunesse ( d’où vient le financement de cette expérience ), Martin Hirsch, se dit conscient que cela peut représenter un " choc culturel ", mais qui peut être " accepté si la preuve est faite d’une forte efficacité ".

 

Trois lycées professionnels de l’académie de Créteil vont expérimenter à partir de lundi la mise en place d’une cagnotte collective pour lutter contre l’absentéisme. Chaque classe va disposer d’une cagnotte initiale de 200 euros, susceptible de ‘’prospérer’’ au fur et à mesure de l’année si le ‘’contrat’’ passé entre les élèves et les adultes référents dans le domaine de la discipline et de l’assiduité est respecté. A la fin de l’année, à hauteur de 10000 euros maximum, la ‘’cagnotte’’ pourra être utilisée pour financer un projet commun décidé en concertation entre les élèves et l’équipe éducative.

 

Ce n’est pas la première fois que l’institution scolaire met en place une présence ( dûment réglée ) de l’argent en son sein.

Ainsi, dès le début de la troisième République, voit-on apparaître la généralisation des " Caisses d’épargne scolaire " à l’intérieur des classes et des écoles. Le ‘’secret’’ en est donné, par exemple, dans le discours prononcé par l’inspecteur primaire à la Fête des Ecoles d’Amiens en 1887 : " Quels sont les résultats que nous attendons des Caisses d’épargne scolaire ? Inculquer aux enfants le goût, la pratique de l’économie sainement entendue, habitude précieuse qui, bien ancrée parmi les classes nécessiteuses, augmentera doublement leur bien être en ménageant leurs ressources et en limitant leurs besoins. Ouvrir à l’école, pour chaque élève, un compte qu’il cherche à grossir constamment ; entraîner peu à peu l’enfant, par une démonstration palpable des avantages de l’économie, à augmenter son avoir par des apports plus ou moins réguliers, le rendre propriétaire, en un mot, pour mieux lui inculquer le respect dû à la propriété d’autrui ".

Une génération plus tard, on passe de la promotion des " Caisses d’épargne " à celle des " Mutualités scolaires ". Là encore, on dispose de nombreux témoignages sur ce qui en est attendu. " Tous les prêches socialistes vaudront-ils jamais cette simple habitude que l’on fait contracter à l’enfant et qui lui montre que la sécurité est dans le travail et dans l’épargne, qui lui fait associer l’idée d’association et de solidarité à celle d’économie ; qui lui apprend, sans qu’il s’en doute, selon le mot de Poincaré, ‘’la prévoyance pour soi qui est une forme de l’intérêt bien entendu et la prévoyance pour autrui, qui est une forme de fraternité’’. Cette œuvre des ‘’Mutualités scolaires’’ mérite d’être vulgarisée parce qu’elle tend directement à l’amélioration du sort des travailleurs, parce que – à côté des billevesées et des utopies socialistes – elle donne des résultats et du bel argent sonnant au lieu de paroles creuses " ( le " Journal d’Amiens " du 28 février 1897 ".

 

Pour ce qui concerne l’expérimentation de la ‘’cagnotte’’ ( qui doit s’étendre à la moitié des lycées professionnels de l’académie de Créteil si elle atteint les objectifs d’assiduité et disciplinaires attendus ), les dirigeants des deux organisations de parents d’élèves de l’enseignement public se sont montrés plus que préoccupés. Jean-Jacques Hazan ( FCPE ) : " C’est un ersatz de solution : un problème d’éducation réglé par l’argent, c’est quand même assez catastrophique ; drôle de conception d’une société où même les élèves seraient à vendre ". Philippe Vrand ( PEEP ) : " Nous sommes très réservés, et même un peu inquiets ; c’est mettre la main dans un engrenage, on commence avec les bons points à l’école maternelle, et on finit par les billets au lycée ? On ne veut pas que l’argent soit le levier pour motiver les élèves ".

Mais attendons la suite…

 

 

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