«C'est historique, le niveau des élèves remonte» prétend Blanquer très remonté

On pouvait s'y attendre, le ministre est «remonté» comme un coucou! Avec Blanquer, les historiens de l'éducation peuvent être «heureux» car ils ont du «grain à moudre» : il ne se passe jamais longtemps entre deux de ses annonces qualifiées d'historiques. On n'est pas déçu suite aux évaluations CP et CE1.

Jean-Michel Blanquer devrait pourtant être plus prudent dans son triomphalisme pro domo continuellement réitéré. J'en ai donné quelques exemples dûment circonstanciés dans l'interview qui paraît  cette semaine dans "Fenêtres sur cours'' (l'organe du SNUipp). Mais on peut continuer, car il y en a encore d'autres de la même eau.

Et le ministre actuel de l'Education nationale aurait dû être tout particulièrement prudent dans les propos qu'il a tenus dans le JDD du premier dimanche de novembre sur les évolutions des résultats des évaluations en lecture et en mathématiques pour les classe de CP et CE1. Les spécialistes et les praticiens de ce type de problème s'exprimeront mieux que moi sur le sens qu'elles peuvent avoir et les limites de confiance qu'on peut leur accorder. Mais, même en faisant l'impasse sur ces interrogations qui ne manqueront pas d'avoir lieu, on peut d'ores et déjà faire quelques remarques qui questionnent le triomphalisme affiché par l'incorrigible Jean-Michel Blanquer .

"Nous vivons un moment historique pour l'école: d'une part la maîtrise des savoirs fondamentaux est en hausse - autrement dit le niveau des élèves remonte - et d'autre part, l'amélioration est plus forte pour ceux qui viennent des territoires les plus défavorisés. Cela répond à mes deux objectifs principaux : hausser le niveau général, assurer plus de justice sociale" affirme-t-il glorieusement dans le JDD.

On passera (mais excusez du peu ) sur l'impertinence de l'équation faite par Blanquer: "la maîtrise des savoirs fondamentaux est en hausse, autrement dit le niveau des élèves remonte'' (seuls compteraient certains types de résultats, et seulement en lecture et en mathématiques, et seulement pour les CP et CE1) afin d'en venir aux chiffres tels qu'ils sont présentés dans un encart du JDD sous le titre déjà évocateur: "le niveau des CE1 s'améliore, celui des CP fluctue'' ( résultats en hausse ou en baisse selon les divers critères retenus au CP)

On n'épiloguera pas longtemps cruellement (envers Blanquer ) sur'' le niveau qui fluctue pour les CP'' pour s'en tenir à ce qui serait le plus favorable pour'' l'annonce historique'' de Blanquer, à savoir les chiffres ayant trait à ''l'amélioration du niveau des CE1''

Pour ce qui concerne l'évolution des résultats en français aux évaluations CE1, cinq des six domaines évalués apparaissent effectivement en hausse (de 0,7 point à 5 points), un seul en baisse (de 1,4 point). En mathématiques, "deux progrès significatifs sont visibles en début de CE1, ainsi qu'une forte chute en représentation de nombres entiers (- 6,1%) ''

L'encart du JDD a aussi pour sous-titre: "REP-Rep+: l'écart se resserre''. Et  le critère ''lire de façon satisfaisante'' est pris pour exemple significatif: on est passé de 70 % des élèves (en secteur hors éducation prioritaire) en 2018 à 72% en 2019; alors que dans le même temps on est passé de 58% en 2018 à 62% en 2019 pour les élèves en REP-REP+.

Soit. Ce n'est pas tout à fait rien. Mais cette réduction d'écart de 12 points à 10 points apparaît sans aucune mesure avec l'effort d'encadrement fait (le dédoublement des classes de CP et CE1 en éducation prioritaire ). Et l'on pourrait soutenir que c'est finalement un résultat plus ''dramatique'' que ''positif''. En aucun cas ''historique'' (positivement)...

Au lieu de ''triompher'', un ministre de l'Education nationale soucieux vraiment de son ministère devrait interroger ces résultats en réalité contrastés afin que l'on puisse vraiment progresser.

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