VGE: le père du collège unique?

VGE a revendiqué à plusieurs reprises la création d'un « collège unique », dont on peut se demander d'ailleurs s'il a vraiment existé. Le « collège unique » giscardien l’emportera-t-il un jour sur la « réforme Haby » dans la mémoire collective, dans l’Histoire ?

Dès la période de la création du collège unique, VGE éprouve un certain agacement lorsqu’on parle de « réforme Haby ». Le 1er juillet 1977, recevant à l’Elysée les lycéens récompensés au concours général, il exprime le désir que « la réforme qui crée le collège unique ne porte pas le nom d’une personne en particulier ». Et lors d’un entretien télévisé avec vingt-cinq lycéens, il souhaite que l’on appelle la réforme en cours « la réforme du collège unique, au lieu de lui donner le nom de tel ou tel ministre de l’Education ».

Il est pour le moins surprenant que René Haby ait eu à intervenir afin de rappeler que Valéry Giscard d’Estaing en avait été l’inventeur, lorsque François Bayrou (pourtant un ex-lieutenant de VGE dans son mouvement politique, l'UDF) n'a pas hésité à faire un jeu de mot facile : « collège unique, collège inique » : « L’expression ‘’ collège unique ‘’ a été inventée et utilisée pour la première fois, en 1975, par le Président de la République Valéry Giscard d’Estaing […]. Le fait nouveau de proposer à tous les jeunes Français de suivre ensemble un ‘’ tronc commun ‘’ de formation, prolongeant et élevant celle de l’école primaire, était une option sociale très volontariste. Elle marquait l’action gouvernementale de l’époque au même titre que la législation sur l’interruption volontaire de grossesse ou l’attribution du droit de vote à dix-huit ans » ( « Le Monde » du 21 octobre 1993)

A 89 ans, VGE a encore souligné lui-même son implication personnelle majeure dans cette création du ''collège unique'' lors de son interview menée par Benoit Floc'h et Mattea Battaglia parue dans « Le Monde » du 10 juin 2015 : « le collège unique tel que je l'ai pensé, car je me suis personnellement impliqué dans la rédaction de cette loi en apportant des modifications aux différents projets que René Haby, mon ministre de l'éducation me présentait ».

Valéry Giscard d’Estaing avait placé personnellement le débat là où il devait se situer : à savoir non seulement sur le plan structurel (effacement des filières), mais aussi et surtout sur le plan culturel (quelle culture commune proposer ?).. Le « retournement » de sens des propositions culturelles du Président de la République a rendu très confus voire impossible le débat sur la « définition d’un savoir commun (minimal) exprimant notre civilisation particulière » qu’appelait de ses vœux Valéry Giscard d’Estaing. Et le « collège unique » n’a pu être fondé à partir de ce qui était son principe et son ambition ; d’où un dérèglement permanent puisque, au débat culturel avorté et à la définition d’une culture commune minimale, ont été substituées des mesures organisationnelles ou pédagogiques sans fondement (culturel) véritable. Et le « collège unique » - pour l’essentiel – n’a pas existé.

C’est d’ailleurs le diagnostic que Valéry Giscard d’Estaing a été amené à faire lors d’une interview dans le « Monde » du 26 avril 2001 : « Tout le monde devait aller au collège, et tous les collèges devaient être les mêmes. Dans mon esprit, ceci devait s’accompagner d’une réflexion sur la définition de ce savoir commun qui devait être identique. Cette réflexion n'a pas été poursuivie, et cette partie de la réforme n'a pas été traitée depuis. Il n’y a pas eu ce travail sur la définition du savoir de base, sur cette pédagogie commune et nouvelle […].. On n’a guère avancé depuis vingt-cinq ans. Au lieu d’avoir rabattu tout l’enseignement des collèges vers l’enseignement général, les rapprochant des classes de la 6° à la 3° des lycées d’autrefois, en un peu dégradé, il aurait mieux valu en faire une nouvelle étape de la construction du cycle scolaire ».

Le ton des invectives a parfois été très rude, même dans le camp politique de Valéry Giscard d’Estaing voire dans son entourage. Ainsi Jean-Marie Benoist, pourtant candidat UDF aux législatives de 1978, a mené la charge dans un livre paru en 1980 : « La génération sacrifiée ; les dégâts de la réforme de l’enseignement ». Il accuse cette réforme « de participer à l’œuvre de destruction de l’esprit que subissent en leur crépuscule les sociétés libérales occidentales […], d’aller vers le règne de l’uniformité, digne des démocraties populaires et vers la dépersonnalisation absolue, celle des steppes et des supermarchés ». Il condamne cet « égalitarisme absurde, forcené, uniformisateur et lacunaire ». « Ce mythe égalitaire – précise-t-il – est digne de ce peuple de guillotineurs que nous sommes depuis 1793, et se traduit par la culpabilisation de tout aristocratisme, de tout élitisme dans le savoir : raccourcir ce qui dépasse, ce qui excelle, voilà le mot d’ordre ». Le professeur de lettres de Giscard d’Estaing en Troisième – Paul Guth – se joint à ce concert d’invectives et de condamnations sans appel dans sa « Lettre ouverte aux futurs illettrés », parue elle aussi en 1980. Il accuse la réforme de « génocide intellectuel et moral », de « lavage de cerveau », première étape d’une « guerre psychologique » qui tend à faire de la France une nation de « taupes amnésiques »
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« Gardez moi-de mes amis ; mes ennemis, je m'en charge ! ». Paix à son âme.

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