«Journées surchargées» et/ou «surmenage»?

Le ministre de l’Education nationale a indiqué hier au Congrès national des lycéens que « la réforme des rythmes commence, comme le reste, par le primaire, mais elle va se poursuivre » parce que les collégiens aussi « ont des journées surchargées ». « Il faudra qu'au collège aussi il y ait des emplois du temps équilibrés et une pause méridienne respectée » a-t-il développé. « Il en va de même au lycée, qui doit respecter les rythmes d'apprentissage ».

Le ministre de l’Education nationale a indiqué hier au Congrès national des lycéens que « la réforme des rythmes commence, comme le reste, par le primaire, mais elle va se poursuivre » parce que les collégiens aussi « ont des journées surchargées ». « Il faudra qu'au collège aussi il y ait des emplois du temps équilibrés et une pause méridienne respectée » a-t-il développé. « Il en va de même au lycée, qui doit respecter les rythmes d'apprentissage ».

Vincent Peillon parle de « journées surchargées ». Est-ce la reprise à nouveaux frais de la problématique du « surmenage scolaire » , une expression qui est apparue dès le milieu du XIXe siècle ; et qui a concerné dès le début bien davantage l'enseignement secondaire que le primaire ( alors même que les collèges et les lycées n'accueillaient à cette époque que moins de 5% de chaque classe d'âge, et donc des élèves appartenant à une élite scolaire et sociale très sélectionnée ) ?
 Et cela a duré jusqu'au milieu du XX° siècle. C'étaient eux les ‘'surmenés''. Pourtant, l'horaire hebdomadaire des cours obligatoires dépassait alors rarement 25 heures au lycée ou au collège. Mais on n'en mettait pas moins alors en cause les programmes et les horaires, considérés comme surchargés

 On peut prendre pour emblématique le moment de l'entre-deux-guerres où se joue la question d'une place accrue des mathématiques et des sciences dans les cursus de l'enseignement secondaire. Les disciplines des ''humanités classiques'', qui étaient jusque-là celles qui avaient été privilégiées, tentent de conserver leurs ‘'acquis''. L'inflation des horaires ( avec pour corollaire un ensemble de programmes très difficile à maîtriser ) est en route, d'autant plus que les disciplines scientifiques désormais davantage reconnues, ne sont pas décidées à perdre leurs avantages récents, bien au contraire. C'est dans ces conditions que le ministère nomme en juillet 1929 une commission " chargée de procéder à une enquête sur la question des horaires et sur le surmenage scolaire ". Le débat est ainsi lancé dans l'opinion publique, et se prolonge dans les années 1930. Les allègements des programmes et des horaires se heurtent à une résistance acharnée des différentes associations de spécialistes qui se font les porte-paroles véhéments des différentes disciplines qui s'estiment menacées : on parle de " réductions douloureuses ", de " révisions dramatiques ", ou même d' " amputations mortelles ". Finalement, cela se solde par ... une augmentation des horaires hebdomadaires des différentes sections où l'on passe de 23 ou 24 heures hebdomadaires de cours le plus souvent à  25 voire 26 heures.

L'attitude du grand ministre de l'Education nationale du Front populaire, Jean Zay ( celui là même qui a fait décider en 1936 l'allongement de la durée de la scolarité obligatoire d'un an ), est assez significative en l'occurrence. Il est caractéristique qu'il évite l'affrontement et tente de raisonner les parties en cause. Il se contente finalement de donner en 1938 des Instructions pour une application a minima des programmes que l'on n'a pas, en définitive, osé vraiment ‘'alléger'' malgré les recommandations de la Commission d'enquête sur la question des horaires et du surmenage scolaire : «  Mesurer le travail, c'est le proportionner aux forces physiques et aux capacités intellectuelles de l'élève ainsi qu'au temps dont il dispose pour l'accomplir [...]. Le professeur doit évidemment tenir compte des exigences des enseignements autres que le sien. Pour s'accommoder à elles, le professeur de français devra considérer qu'il n'est pas dans l'obligation de faire parcourir à ses élèves toutes les rubriques du programme [...]. Quant aux professeurs de sciences, ils considéreront aussi que leurs programmes sont des schémas qui leur laissent une très large liberté »…

Il va de soi que toute ressemblance avec la situation qui a prévalu jusqu’ici serait pure coïncidence.

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