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Billet de blog 4 avril 2024

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« Pour en finir avec le séparatisme », c’est parti. Central, mais local.

C’est du moins ce qu’affirme le sociologue François Dubet co-auteur avec Najat Vallaud Belkacem d’un ouvrage (« Le Ghetto scolaire. Pour en finir avec le séparatisme ») qui rend compte d’expérimentations pour une mixité sociale accrue dans une cinquantaine de collèges, lancées lorsqu’elle était ministre de l’EN.

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François Dubet dans le ‘’Café pédagogique’’ du 4 mars dernier : « Najat Vallaud-Belkacem sous-estime l’originalité de sa démarche. La tradition française est de tout centraliser, d’avoir quelque-chose d’homogène, de bureaucratique. Là, on a agi à partir des élus locaux, des familles, des professeurs. Ces expérimentations sont, dans l’histoire des réformes scolaires, très originales. On a dit à la société , c’est vous qui allez développer des réponses. Cela suppose bien évidemment que les réponses ne soient pas uniformes, ne soient pas les mêmes partout. C’est une rupture politique »

Cela rejoint les perspectives tracées depuis par un « collectif de chercheurs et d’experts du monde scolaire et le collectif ‘’Osons les territoires’’ » qui ont invité, dans une tribune au « Monde » publiée le 6 février dernier, à « refonder l’école à partir des réalités locales ». Et ils ont appelé à une « Convention citoyenne pour refonder l’éducation » en ce sens : « Repenser l’éducation par et pour les territoires »

Les expérimentations menées dans cette cinquantaine collèges ont joué de fait à cet égard le rôle d’un laboratoire grandeur nature. La relation qui en est faite dans l’ouvrage « Le ghetto scolaire. Pour en finir avec le séparatisme » peut donc être du plus grand intérêt.

Il va de soi qu’il n’est pas possible de ’’résumer’’ la relation qui a été faite de la diversité de ces expérimentations (par ailleurs le plus souvent complexes). Le mieux en l’occurrence est sans aucun doute de lire le livre. On doit donc se contenter de quelques extraits consistants pour en donner une idée.

« Ce chemin de l’expérimentation permettait aux hypothèses de se confronter aux réalités sur place, aux doutes de s’exprimer, aux inquiétudes d’être levées et aux résistances d’être surmontées. Sur un sujet aussi sensible, c’était la condition même de l’efficacité. Refuser le ‘’Grand Soir’’ politico-technocratique, faire émerger des solutions idoines, les laisser se déployer avant de les évaluer : cette approche n’est pas courante en France […]. Plus complexe qu’une mesure législative miracle censée régler les problèmes, moins vendeuse qu’un communiqué de presse ministériel, elle est la seule manière d’obtenir des résultats » (pages 81-82)

« L’État ne saurait se substituer aux acteurs locaux pour décider à leur place des dispositifs les plus efficaces, acceptables et adaptés aux enjeux et besoins hétérogènes des territoires, au risque de la démobilisation et de l’inefficacité. Le centralisme politique et administratif de l’organisation de l’école française ne l’empêche pas d’être l’une des plus inégalitaires qui soit. Mobiliser à partir des besoins des territoires apparaît comme la seule approche capable de produire des effets. Dans le cadre d’objectifs et de moyens garantis par l’État, l’initiative locale ne devrait pas être ce qui reste quand on pense avoir tout essayé, mais un principe d’action chaque fois que la situation l’impose » (page 97)

« Si la mixité scolaire ne se décrète pas nationalement, elle doit s’inscrire dans une politique d’ensemble. Faire reposer cette politique sur la seule initiative locale, c’est laisser les acteurs engagés se démener seuls face à des problématiques et des oppositions qui peuvent vite les dépasser » (pages 93-94)

«  Que faudrait-il faire ? Après un débat au Parlement, indispensable pour rassembler aussi largement que possible les élus derrière une telle initiative et l’appuyer sur un cadre législatif et réglementaire adapté, le ministère de l’Education nationale pourrait fixer des objectifs, dégager des moyens pour les atteindre et s’assurer qu’ils sont mis en œuvre. Il doit également jouer un rôle moteur pour mobiliser son administration déconcentré et faire le lien avec les collectivités, animer un réseau de représentants de la communauté éducative et de chercheurs, puis capitaliser et valoriser les acquis des expériences de terrain » (pages 94-95)

François Dubet et Najat Vallaud-Belkacem, « Le ghetto scolaire. Pour en finir avec le séparatime », éditions du Seuil, mars 2024, 125 pages, 12,90 euros

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