La Sainte Trinité du baccalauréat

Le ministre de l'Education nationale se rend ce mercredi dans un lycée de Sotteville pour évoquer le baccalauréat. La communion annuelle dans le culte d'un baccalauréat national et unitaire est plus que jamais à l'ordre du jour et commence déjà, alors qu'il devrait être de plus en plus visible qu'il s'agit d'un faux Dieu en trois personnes (le général, le technologique et le professionnel).

Le ministre de l'Education nationale se rend ce mercredi dans un lycée de Sotteville pour évoquer le baccalauréat. La communion annuelle dans le culte d'un baccalauréat national et unitaire est plus que jamais à l'ordre du jour et commence déjà, alors qu'il devrait être de plus en plus visible qu'il s'agit d'un faux Dieu en trois personnes (le général, le technologique et le professionnel).

 

Un faux Dieu.

Le baccalauréat, qui autorise l'entrée à l'Université, est censé être un examen d'entrée à l'Université. C'est ce qu'il a été effectivement à sa création, en 1808, et pendant plus d'un siècle. Au tout début du baccalauréat, une circulaire du 5 avril 1810 prescrivait que les examens universitaires devaient commencer le 1 août. Les aspirants au doctorat subissaient les premiers les épreuves. Puis venaient les aspirants au grade de la licence. Les candidats au baccalauréat étaient examinés les derniers. Les professeurs d’université ne pouvaient partir en vacances que lorsque tous les examens étaient terminés...

 

Cette règle, respectée tout au long du XIX° siècle, va se heurter à la croissance du nombre des candidats qui devient relativement importante au début du XX° siècle ; et des professeurs du secondaire vont être progressivement intégrés aux jurys pour, finalement, en constituer la quasi totalité.

 

Actuellement, les jurys du baccalauréat restent présidés obligatoirement par un titulaire de l’enseignement supérieur. C'est tout ce qui reste pour faire croire à la pérennité du baccalauréat d'origine ( réaffirmée par le décret de 1997 indiquant que le baccalauréat reste « le premier grade universitaire ») car, dans la réalité du fonctionnement, les professeurs d'université n'interviennent plus dans la passation de cet examen qui, de fait, n'est plus qu'un examen de fin du secondaire.

 

Un faux Dieu de plus en plus impuissant

 

Durant au moins tout le XIX° siècle, le baccalauréat a été le sésame effectif (nécessaire et suffisant) pour accéder aux enseignements du supérieur. Dans un essai publié en 1925 sous le titre significatif « La barrière et le niveau ; étude sociologique sur la bourgeoisie française moderne », le philosophe Edmond Goblot soutient alors que « le bourgeois a besoin d'une instruction qui demeure inaccessible au peuple, qui lui soit fermée, qui soit la barrière. Le baccalauréat, voilà la barrière sérieuse , la barrière officielle et garantie par l'Etat, qui défend contre l'invasion ». Il y a alors 2% d'une classe d'âge qui obtient ce baccalauréat.

 

Pour le meilleur et pour le pire, on est désormais à des années-lumières de ce rôle ; et ''le'' baccalauréat n'est manifestement plus un ''Deus ex machina'' si l'on en juge par la sélection qui est faite avant tout sur dossier (l'obtention du baccalauréat restant certes une condition nécessaire mais non suffisante, et de loin) pour l'accès aux classes préparatoires aux grandes écoles, aux IUT, aux STS (qui se rapprochent petit à petit de la moitié des entrées dans le supérieur, dans le post-bac).

 

Les impostures du ''monothéisme'' du bac

 

''Le'' baccalauréat n'existe pas (n'existe plus). Ce qui existe, c'est au moins trois types de baccalauréat qui sont apparus successivement avec des objectifs foncièrement différents. D'abord le baccalauréat général, créé en 1808 (décliné ensuite en plusieurs bacs généraux) pour vérifier si l'on pouvait suivre avec de bonnes chances de succès des formations ''longues'' à l'Université. Ensuite la création des baccalauréats technologiques décidée en 1967, à la suite de l'institution en 1959 des Sections de techniciens supérieurs (STS) puis en 1966 des Instituts universitaires de technologie (IUT), et destinés à les alimenter. Enfin la décision en 1985 de mettre en place des « baccalauréats professionnels » ouvrant directement sur la vie active.

 

Le ministre de l'Education nationale Jean-Pierre Chevènement avait été relativement clair lorsqu'il avait précisé le sens du nouveau dispositif le 28 mai 1985 en indiquant qu'il s'agissait d' « offrir, à l'issue de la classe de troisième, trois voies d'égale dignité » : la voie générale « dans laquelle peuvent s'engager ceux qui ont les capacités de poursuivre des études aux niveaux les plus élevées de l'Université » ; la voietechnologique, « qui conduira la majorité des jeunes qui s'y engagent vers un niveau de technicien supérieur » ; et la voie professionnelle  « qui assure, après l'obtention d'une qualification de niveau V, une possibilité de poursuivre la formation jusqu'au niveau du baccalauréat et même vers un niveau plus élevé ».

 

Il y a bien eu des tentatives pour sortir de cette simplicité biblique des trois voies foncièrement séparées dans leurs fonctionnements et dans leurs fonctions. Mais on peut se demander si elles n'ont pas davantage brouillé les cartes plutôt que d'aboutir à ce que l'on joue ''franc jeu''. Et l'on sait qui perd le plus souvent dans les jeux de dupes.

 

Finalement, on ne sait à quel saint se vouer. Peut-être faudrait-il un miracle : non pas se focaliser sur « la réforme du bac », mais s'efforcer de penser et de mettre en œuvre des liaisons les plus rationnelles et les plus claires possibles entre les spécialisations progressives qui pourraient exister dans les lycées et celles à advenir dans les établissements de l'enseignement supérieur. Car ''le bac'', dont on se soucie tant, n'est plus au centre de rien.

 

 

 

 

 

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