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Billet de blog 4 août 2014

Dix mois de paye par an pour les enseignants?

C'est un mythe qui a la vie dure comme vient de le confirmer à son tour Joël Péhau, secrétaire national du syndicat Unsa. Les professeurs du primaire et du secondaire sont bien payés douze mois par an, et non pas dix.

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C'est un mythe qui a la vie dure comme vient de le confirmer à son tour Joël Péhau, secrétaire national du syndicat Unsa. Les professeurs du primaire et du secondaire sont bien payés douze mois par an, et non pas dix.

«Les dix mois sur douze, cela remonte à une ordonnance prise avant que la fonction publique n’existe. On rapportait les dix mois de paye sur douze mois, mais c’est tombé. Depuis, il y a eu plusieurs décrets statutaires, en 1946, 1983 et 2003, et les professeurs sont bien payés douze mois sur douze, le reste, c’est de la littérature», souligne-t-il dans ''Libération'' ( du 31 juillet ) .

Il y a plus de deux ans ( le 23 mars 2012) le SGEN avait déjà dénoncé le mythe que les enseignants ayant des vacances plus importantes, leur traitements seraient fixés au 10/12 de celui des autres fonctionnaires de grade équivalent. « Le décret du 10 juillet 1948 fixe le montant de la rémunération des fonctionnaires de l’État. Nulle par il est question dans ce décret de ce calcul .Les professeurs (des écoles, certifiés, PLP…) font partie de la catégorie A de la fonction publique de l’État.Les professeurs agrégés font partie de la catégorie A+. En application de l’article 20 de la loi 83-634, le montant du traitement est fixé en fonction du grade de l’agent et de l’échelon auquel il est parvenu ou de l’emploi auquel il a été nommé. Les professeurs ont la même grille de rémunération que les autres fonctionnaires de ces catégories. Ils ont une grille qui commence à l’indice 349 et termine au dernier échelon de la hors-classe à l’indice 783. Ces bornes sont exactement les mêmes pour les attachés d’administration (cadre A de la Fonction Publique).Le calcul de leur traitement est le même que pour tout fonctionnaire = nombre de points d’indice x valeur du point ».

Un autre mythe tenace ( pour le secondaire au moins) est la relation ''historique'' effectuée entre les ''grandes vacances'' et les travaux des champs.

Au début du XIX° siècle, les ‘’grandes vacances’’ de l’enseignement secondaire allaient du 15 août au 1er octobre. Elles coïncidaient avec le temps de la chasse. Les nobles, en France, ne devaient pas produire ou commercer : cela aurait été ‘’déroger’’ à leur rang. D’où un mode de vie en alternance : en ville, dans leur hôtel particulier, à la mauvaise saison ; à la campagne, dans leur château, durant la belle saison. Nombre de bourgeois, à leur tour, ont cherché à vivre ‘’noblement’’. Prendre des vacances, c’était montrer que l’on était au-dessus des ‘’travailleurs’’, que l’on se ‘’distinguait ’’ d’eux. Ils ont acheté des maisons à la campagne pour y passer des ‘’ vacances’’.

En définitive, au XIX° siècle, les enfants de la bourgeoisie et de l’aristocratie ( qui étaient alors pratiquement les seuls à fréquenter les collèges et les lycées ) rejoignaient donc leurs familles en été pour participer non pas aux ‘’travaux des champs’’, mais aux réseaux de sociabilité qui se nouaient alors en particulier autour de la chasse ( la chasse est d’origine ‘’noble’’ ; c’était même un privilège sous l’Ancien Régime ).

A partir de l’établissement de la troisième République, les ‘’grandes vacances’’ de l’enseignement secondaire vont débuter de plus en plus tôt dans l’année ( et durer plus longtemps ). En 1875, il est décidé qu’elles commenceront désormais le 9 août ; puis, à partir de 1891, le 1er août. Il y a alors deux ‘’rentrées’’ en réalité : celle du 1er octobre ( qui perdure ) ; et celle de Pâques ( une vraie rentrée, car il restait environ quatre mois de classe avant les ‘’grandes vacances’’ ). D’où la coupure de 6 jours juste après la fête de Pâques à ce moment là. En 1912, le début des grandes vacances est avancé au 14 juillet ; mais elles durent toujours jusqu’au 1er octobre. On est donc passé ( de 1874 à 1912 ), d’un mois et demi de grandes vacances à deux mois et demi. En 1925, s’ajoutent deux semaines de vacances à Noël ; et les vacance de Pâques passent d’une semaine à deux.

En 1969, les grandes vacances sont déplacées dans leur ensemble de deux semaines : elles commencent plus tôt ( le 1er juillet) et finissent plus tôt ( à la mi-septembre ). Comme le premier trimestre s’est du coup allongé, il est décidé que 4 jours seront toujours libérés à la Toussaint pour qu’il y ait une ‘’petite coupure’’. Trois ans plus tard, en 1972, (après les jeux olympiques d’hiver de Grenoble ) les vacances d’hiver sont instituées. Et, avec elles, le ‘’zonage’’ ( A,B,C ) pour favoriser le développement du tourisme et la circulation lors des grandes ‘’transhumances’’ afférentes. On n’arrête pas le progrès.

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