Il est vrai qu’il semble plus facile de prononcer l’interdiction de l’usage du portable au lycée que de vouloir interdire la propagation sans limite par Donald Trump de purs rapports de force dans l’arène internationale. Emmanuel Macron, faute de mieux sans doute, peut se permettre ce ‘’coup de menton’’ là ( sans enjeu véritable en réalité)
Comme l’a rappelé encore récemment Philippe Watrelot (un fort bon observateur du monde scolaire) en se référant à Machiavel, « il ne faut interdire que ce qu’on peut effectivement interdire » (sous peine de perdre in fine tout crédit et toute autorité)
Dans l’arène internationale, si on se fie aux images que l’on peut en avoir, notre président de la République apparaît sous l’apparence d’un mince jeune homme face à un Donald Trump certes vieillissant mais massif et dominant (voire brutal) ne pouvant être soumis à quelque interdiction que ce soit. Une mise en scène métaphorique de leur relation effective ?
Mais ce n’est pas gagné non plus – en réalité - pour l’interdiction de l’usage du portable au lycée, tant s’en faut.
Il y a déjà presque neuf ans, dans la présentation de son programme pour les élections présidentielles le 2 mars 2017, Emmanuel Macron a mis en bonne place « l’interdiction de l’usage des téléphones portables dans les enceintes des écoles primaires et des collèges ».
Une proposition quelque peu étrange car dans l’article L.511-5 du Code de l’éducation, il était déjà alors écrit noir sur blanc : « Dans les écoles élémentaires et les collèges, l’utilisation durant toute activité d’enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur, par un élève, d’un téléphone mobile est interdite »
À cela, il avait répondu dans une interview : « Certains se sont empressés d’objecter que leur interdiction était déjà inscrite dans le code de l’éducation ou dans les règlements intérieurs, mais quelle est la réalité des établissements ? Les devoirs aussi sont interdits à l’école primaire, ont-ils disparu partout pour autant ? » (site Vousnousils).
Même si la loi promulguée le 3 août 2018 est d’initiative parlementaire dans le prolongement du programme présidentiel d’Emmanuel Macron, le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer l’a soutenu ostensiblement avec des formulations dont on peut se demander si elles ne sont pas de l’ordre du déni : « Ce n’est pas une loi pour les apparences », « Ce n’est pas superfétatoire ».
En réalité, sans doute beaucoup de bruit (politique) pour pas grand-chose (de changé dans le fonctionnement des établissements, qui reste à géométrie variable en l’occurrence)
Sur education.gouv.fr, sous l’intitulé « Interdiction du téléphone portable dans les écoles et les collèges et pause numérique » on peut d’ailleurs trouver les passages suivants des plus significatifs. « Comme l’a annoncé Élisabeth Borne, en avril 2025, le dispositif « Portable en pause » sera progressivement généralisé à l’ensemble des collèges publics à partir de la rentrée 2025 et avant la fin de l’année civile 2025 […] Les modalités de mise à l’écart des téléphones portables et des objets connectés – tels que les montres connectées – seront déterminées localement, par les chefs d’établissement, en lien avec la collectivité territoriale de rattachement […] Concernant les interdictions conditionnelles, la loi permet de prévoir des circonstances, notamment les usages pédagogiques, et des lieux dans lesquels le règlement intérieur autorise expressément l’utilisati.n d’un téléphone portable par les élèves. Il s’agit bien de conditions cumulatives, le règlement intérieur devant préciser tout à la fois des circonstances et des lieux »
Pour les lycées, le nouveau ministre de l’Education nationale Edouard Geffray (bon connaisseur de certaines réalités du monde scolaire) avait tenté de temporiser dans un entretien au « Parisien » le 4 décembre dernier en souhaitant « proposer aux lycées volontaires de prendre des mesures » telles que l’interdiction du portable dans les parties communes : « au bout d’un an on en tirera les enseignements »
Peine perdue, le tempo politique du chef de l’État Emmanuel Macron en mal d’existence et de reconnaissance de sa superbe l’emporte sur toute autre considération (et en dépit de l’expérience acquise pour cette question au niveau des collèges).
ll est vrai que le contexte actuel est devenu très difficile pour Emmanuel Macron, même l’international, où il est appelé à avaler nombre de ‘’couleuvres’’. Et même s’il est capable d’en avaler de grande taille comme le montre son dernier message sur portable en réaction à la capture de Nicolas Maduro. Mais qui l’eut cru ? C’est cuit !