Un plébiscite pour un examen d'entrée en sixième?

Selon un sondage CSA commandité par le journal La Croix et l'APEL, près des trois quarts des Français interrogés (et près des deux tiers des parents d'élèves) se déclarent d'accord avec la proposition: «instaurer un examen d'entrée au collège afin de s'assurer que les élèves qui y entrent ont bien acquis les fondamentaux: lire, écrire, compter».

Selon un sondage CSA commandité par le journal La Croix et l'APEL, près des trois quarts des Français interrogés (et près des deux tiers des parents d'élèves) se déclarent d'accord avec la proposition: «instaurer un examen d'entrée au collège afin de s'assurer que les élèves qui y entrent ont bien acquis les fondamentaux: lire, écrire, compter».


C'est Jean-François Copé qui va être content ! Dans le journal « Le Parisien » du 24 octobre dernier, il avait en effet annoncé qu'il voulait « défendre une idée forte : l'entrée au collège ne doit se faire que pour l'enfant qui maîtrise les savoirs fondamentaux ; mon idée est de créer un examen de fin de CM2, d'évaluation des enfants. Ce serait un examen de passage en sixième ».

Dans le sondage CSA effectué à partir d'un « échantillon national représentatif de 1004 personnes âgées de 18 ans et plus », 46% des Français interrogés se déclarent « tout à fait d'accord » avec la proposition d'instaurer un examen d'entrée au collège, 27% « plutôt d'accord », 11% « plutôt pas d'accord » et 15% « pas d'accord du tout ».
Il est non moins remarquable que « la proximité politique » déclarée des sondés ne semble jouer qu'un rôle très faible dans leurs réponses ( à l'exception, toute relative néanmoins, des « Verts/ Europe Ecologie », qui se divisent ‘'presque'' moitié -moitié sur cette question : 55% « d'accord » et « 45% « pas d'accord » ) : les sondés ‘'PS'' sont très majoritairement « d'accord » à 71%, ainsi que les ‘'UMP'' à 72% ; et les sondés dits ‘'Extrême gauche'' apparaissent très massivement « d'accord » ( 83% ) ainsi que ceux dits ‘'Front national'' ( 87% « d'accord » ).
Mais une autre opinion est encore plus massivement partagée parmi les différentes ‘'sensibilités politiques'' déclarées , à savoir la proposition : « Un collégien devrait pouvoir suivre un cours de troisième en maths et un cours de cinquième en français si cela reflète vraiment son niveau dans chacune des matières ».
Toutes catégories confondues, 68% des Français se disent « d'accord » avec cette proposition, contre 29% qui se déclarent « pas d'accord » ( 32% « tout à fait d'accord », 36% « plutôt d'accord », 15% « plutôt pas d'accord », et 14% « pas d'accord du tout » ).
Pour cette proposition, l'ampleur des écarts des différentes ‘'sensibilités politiques'' entre elles ne dépassent pas quelques points de pourcentage, sans plus. Et, là, les « Verts/Europe Ecologie » ne se distinguent pas particulièrement des autres ( 63% « d'accord » et 32% « pas d'accord » ).
A ce sujet, on se souvient peut-être que, sous le premier septennat de François Mitterrand, Louis Legrand ( qui avait été le maître d'œuvre de la recherche menée durant les années soixante-dix dans les ‘'collèges expérimentaux'' ), avait préconisé une autre organisation du collège dans son rapport «Pour un collège démocratique » ( remis en décembre 1982 au ministre Alain Savary ). L'organisation en classes devait céder le pas à une organisation en « ensembles » de 104 élèves maximum, comportant des « divisions de base » de 26 élèves chacune. Les professeurs affectés à un ensemble devaient former une équipe pédagogique et décider, après un temps d'observation, « la constitution de divisions homogènes par matière ». Ce devaient être des « groupes de niveau » en français, mathématiques, langues vivantes. Cette recommandation avait alors été jugée potentiellement explosive, et rien de décisif n'avait finalement été décidé en la matière. Mais cela peut venir désormais à l'ordre du jour, sous une forme ou une autre.
D'autant que la fixation sur la fin de l'élémentaire et le blocage éventuel en classe de CM2 si l'on décidait la mise en place effective d'un examen de passage en sixième ( que ferait-t-on en effet de ceux qui ne passent pas ? changeraient-ils tous ‘'miraculeusement'' en redoublant d'un an, et justement à ce moment là ? ) invite en réalité à la créativité et à la nouveauté en aval, mais aussi et surtout en amont.
Ces derniers temps, on a enfin pris conscience qu'il était pour le moins étrange que le coût, en France, de l'élève de l'école élémentaire, soit inférieur de 15% à celui de la moyenne des pays de l'OCDE ; tandis que celui des lycées est, lui, supérieur de plus de 15% à cette même moyenne. Certes, les choix budgétaires ne sont pas tout. Mais ils sont significatifs de toute une orientation qui n'a pas jusqu'ici porté en premier lieu son attention sur l'enseignement primaire, loin s'en faut...
On peut sans doute lire comme un signe annonciateur de temps nouveaux, la partie du projet de programme actuel du PS qui déclare que « l'école primaire est nettement sous-dotée. C'est pourtant là qu'il faut intervenir pour combattre l'échec scolaire, là que les inégalités se créent et peuvent être résorbées. C'est donc là qu'il faut concentrer les moyens, en particulier sur le premier cycle des apprentissages [ ...]. Cela nécessite un engagement particulier : refonte des programmes et de leurs évaluations, classes à effectifs restreints là où cela sera nécessaire, renfort éventuel d'un deuxième professeur dans certaines classes pour personnaliser l'enseignement ».

In fine, dans la situation que nous connaissons ( plus que mouvante, à bien des égards...) pourquoi ne pas reprendre un slogan bien connu : « ce n'est qu'un début, continuons le combat !».

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