claude lelièvre
Historien de l'éducation
Abonné·e de Mediapart

742 Billets

1 Éditions

Billet de blog 5 mai 2008

Mai 68 et la discipline à l'école

Si l’on en croit les sondages, la seule question pour laquelle les Français sont partagés quant aux conséquences de Mai 68 est celle de l’Ecole, notamment pour ce qui concerne l’autorité et la discipline. Nicolas Sarkozy et Xavier Darcos n’ont pas manqué de tenter d’exploiter le filon,

claude lelièvre
Historien de l'éducation
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Si l’on en croit les sondages, la seule question pour laquelle les Français sont partagés quant aux conséquences de Mai 68 est celle de l’Ecole, notamment pour ce qui concerne l’autorité et la discipline. Nicolas Sarkozy et Xavier Darcos n’ont pas manqué de tenter d’exploiter le filon, en particulier pour ce qui a trait à la discipline au sein de l’école primaire, alors même que Mai 68 n’est en rien fondateur en l’occurrence, tout au plus un mouvement un peu précipité dans une longue évolution.

Cette évolution commence en effet bien avant Mai 68. On peut prendre pour exemple significatif le " Code Soleil " ( un ‘’code ‘’ professionnel rédigé dans le cadre syndical, celui du Syndicat national des instituteurs, quasi hégémonique alors ). Depuis sa première rédaction en 1923 jusqu’au début des années 1950, il est indiqué que la discipline doit " être douce et ferme à la fois : elle soumet l’enfant à une règle qu’il accepte parce qu’on lui en a expliqué le sens et démontré l’utilité "; et il est explicitement indiqué qu’il ne faut pas renoncer aux punitions quand elles sont nécessaires.

Mais, dès l’édition de 1957, ces dernières précisions disparaissent. Les auteurs syndicalistes citent alors Rousseau et mettent en cause le système d’une discipline imposée par le maître : " Le maître s’efforcera de suggérer et non d’ordonner. Il s’agit de convaincre chaque enfant qu’en obéissant à ‘’la règle du jeu scolaire’’ il joue son rôle dans l’organisation, la bonne tenue, la discipline de la classe […]. C’est par la pratique de l’auto-discipline, et non par la discipline imposée que l’on accoutumera l’enfant à l’usage de la liberté ".

Dans un dossier syndical consacré à la surveillance des élèves paru en 1967 dans "L’Ecole Libératrice ", le secrétaire général du SNI - André Ouliac – précise que " l’enfant doit s’épanouir, et l’intérêt qu’il porte à l’enseignement reçu est sans doute le meilleur juge de l’harmonie de la classe […]. La discipline doit être libérale".

Dans les années qui suivent Mai 68, les remises en cause théoriques de la discipline traditionnelle s’accentuent et se radicalisent. Et " Libres enfants de Summerhill " devient un best-seller scolaire, en particulier dans les Ecoles normales.

Mais, comme l’a souligné Bernard Douet une dizaine d’années plus tard, à l’issue de sa vaste enquête dans les écoles communales datant du début des années 1980 sur " la discipline et les punitions à l’école ", " il existe toujours à l’école une méthode essentiellement autoritaire et directive, pratiquée par un grand nombre […]. Le fait que les écrits pédagogiques de type autoritaire se raréfient pendant que ceux de tendances libérales ou non directives semblent de plus en plus nombreux, pourrait laisser croire que l’école actuelle a totalement délaissé châtiments et peines pour s’engager sur les voies nouvelles qu’annoncent les théoriciens. Or la réalité est tout autre. L’école actuelle, qui pratique toujours les punitions les plus classiques, se pose certes en fait beaucoup de questions. Mais les défenseurs d’une éducation plus libérale ont inquiété plus qu’ils n’ont modifié. Les expériences tentées ici et là, le plus souvent par des enseignants isolés, ont ouvert le débat plus qu’elles n’ont su convaincre ".

Alors que les châtiments corporels sont formellement interdits dans l’Ecole républicaine depuis 1887, 15% des instituteurs interrogés par Bernard Douet déclarent les utiliser, un siècle plus tard. Ils sont encore 13% dans une récente enquête conduite dans le département du Nord en 2004 par Cécile Carra.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Amérique Latine
Au Mexique, Pérou, Chili, en Argentine, Bolivie, Colombie, peut-être au Brésil... Et des défis immenses
Les forces progressistes reprennent du poil de la bête du Rio Grande jusqu’à la Terre de Feu. La Colombie est le dernier pays en date à élire un président de gauche, avant un probable retour de Lula au Brésil. Après la pandémie, les défis économiques, sociaux et environnementaux sont immenses.
par François Bougon
Journal
À Perpignan, l’extrême droite s’offre trois jours de célébration de l’Algérie française
À quelques jours des 60 ans de l’indépendance de l’Algérie, le maire Louis Aliot (RN) met à l’honneur l’Organisation armée secrète (OAS) et les responsables du putsch d’Alger pendant un grand week-end d’hommage à « l’œuvre coloniale ».
par Lucie Delaporte
Journal — Énergies
Gaz russe : un moment de vérité pour l’Europe
L’Europe aura-t-elle suffisamment de gaz cet hiver ? Pour les Européens, le constat est clair : la Russie est déterminée à utiliser le gaz comme arme pour faire pression sur l’Union. Les risques d’une pénurie énergétique ne sont plus à écarter. En première ligne, l’Allemagne évoque « un moment Lehman dans le système énergétique ».
par Martine Orange
Journal — Terrorisme
Attentat terroriste à Oslo contre la communauté gay : « Ça nous percute au fond de nous-mêmes »
La veille de la Marche des fiertés, un attentat terroriste a été perpétré contre des personnes homosexuelles en Norvège, tuant deux personnes et en blessant une vingtaine d’autres. En France, dans un contexte de poussée historique de l’extrême droite, on s’inquiète des répercussions possibles. 
par Pauline Graulle

La sélection du Club

Billet de blog
Roe VS Wade, ou la nécessité de retirer le pouvoir à ceux qui nous haïssent
Comment un Etat de droit peut-il remettre en cause le droit des femmes à choisir pour elles-mêmes ? En revenant sur la décision Roe vs Wade, la Cour suprême des USA a rendu a nouveau tangible cette barrière posée entre les hommes et les femmes, et la haine qui la bâtit.
par Raphaëlle Rémy-Leleu
Billet de blog
Droit à l’avortement: aux États-Unis, la Cour Suprême renverse Roe v. Wade
La Cour Suprême s’engage dans la révolution conservatrice. Après la décision d'hier libéralisant le port d’armes, aujourd'hui, elle décide d'en finir avec le droit à l'avortement. Laisser la décision aux États, c’est encourager l’activisme de groupes de pression réactionnaires financés par des milliardaires évangéliques ou trumpistes. Que se passera-t-il aux élections de mi-mandat ?
par Eric Fassin
Billet de blog
L'avortement fait partie de la sexualité hétéro
Quand j'ai commencé à avoir des relations sexuelles avec mes petits copains, j'avais la trouille de tomber enceinte. Ma mère a toujours dépeint le fait d'avorter comme une épreuve terrible dont les femmes ne se remettent pas.
par Nina Innana
Billet de blog
Cour Suprême : femme, débrouille-toi !
Décision mal-historique de la Cour Suprême états-unienne d’abroger la loi Roe vs. Wade de 1973 qui décriminalisait l’avortement. Décision de la droite religieuse et conservatrice qui ne reconnaît plus de libre arbitre à la femme.
par esther heboyan