Blanquer tient-il les engagements de Macron? Un couple d’enfer!

Encore ensemble en Nouvelle-Calédonie. Un an, c’est court ; mais c’est la moitié de la durée moyenne d’exercice d’un ministre de l’éducation nationale sous la cinquième République. Cependant, on peut déjà voir dans quelle mesure il s’est attaché à mettre en œuvre les engagements du président de la République nouvellement élu ; et lesquels de façon prioritaire.

Trois retours vers la situation d'avant le quinquennat précédent assumés

Candidat Macron : « Rendre possible le retour à la semaine de quatre jours dans le primaire »

Le 2 juin 2012, dans l'Académie de Clermont-Ferrand, Stanislas Dehaene (professeur de psychologie cognitive au Collège de France) avait indiqué : « il faut s’entraîner un peu tous les jours, avec des périodes de sommeil pour consolider l’apprentissage de la lecture ; en ce sens, la concentration de l’apprentissage sur une semaine de 4 jours est une absurdité » . Jean-Michel Blanquer (alors encore DGESCO) avait surenchéri, en indiquant qu'« il faut en effet une bonne répartition du temps comme le dit Stanislas Dehaene, sur 9 demi-journées par exemple ; mais, jusqu’à présent, le problème n’a pas tellement été un problème d’ordre ministériel, mais un problème de responsabilisation des adultes, localement ».

Quand cela devient son problème ministériel, cela n'empêche pas le nouveau ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer d'assumer, sans aucun état d'âme, l'engagement d'Emmanuel Macron et de prendre très rapidement (dès le 28 juin 2017) un décret permettant le retour à la semaine de quatre jours (qui avait été dûment abolie sous le ministère de Vincent Peillon fin 2012)...

Candidat Macron : « Donner la priorité à l’apprentissage des fondamentaux "lire, écrire, compter" en maternelle et dans l'élémentaire ».

Cela dépend comment on entend cette injonction... Cela signifierait-il que cet objectif aurait été perdu de vue dans les nouveaux programmes de 2015 du primaire élaborés sous le ministère de Najat Vallaud-Belkacem et qu'il faudrait revenir (sans le dire ouvertement) vers des orientations qui ont présidé à l'élaboration des programmes de 2008 sous le ministère de Xavier Darcos ? Il semble bien que certaines des interventions et injonctions récentes du nouveau ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer vont dans ce sens. Ces programmes de 2008 avaient été pourtant vivement mis en cause conjointement, en leur temps, par Jack Lang et Luc Ferry pour leurs aspects rétrogrades...

Candidat Macron : « Au collège il faudra laisser aux équipes pédagogiques la possibilité de proposer à nouveau des parcours bi-langues en sixième ainsi que la possibilité de rétablir pleinement l'enseignement des langues anciennes

Le nombre d'élèves de sixième ayant une deuxième langue vivante qui était passé de près de 128000 à moins de 92000 remonte à 112000 à la rentrée 2017. En cette même rentrée, le taux d'élèves de collège étudiant une langue ancienne passe de 17 % à 18%. Une circulaire en date du 25 janvier 2018 souligne « l'importance des langues et cultures de l'Antiquité en collège et au lycée », mais certains syndicats d'enseignants posent la question de l'utilisation par les établissements de leurs dotations horaires globales,

L'un des quatre engagements en faveur de l'éducation prioritaire a été mis en oeuvre

Candidat Macron : « Diviser par deux les effectifs des classes de CP et de CE1 en REP et REP+, mesure qui serait la plus importante prise en faveur de l’éducation prioritaire depuis la création des ZEP en 1981 »

Il y a eu manifestement une mise en place de cette mesure-phare (et il faut reconnaître que ce n'était pas gagné d'avance) : 2500 classes de CP de REP+ affichent désormais un effectif maximum d'une douzaine d'élèves (avant un élargissement aux CP et CE1 de REP d'ici à 2019). Dans les endroits où les locaux ont fait défaut (15 % d'entre eux), il s'agit plutôt de co-enseignement avec deux maîtres pour 24 élèves en moyenne.

Candidat Macron : « Il n’est plus acceptable que les territoires où la difficulté sociale et scolaire se concentre soient confrontés chaque année à l’impossibilité de recruter des enseignants : parce qu’il faut reconnaître cette difficulté et y répondre, les enseignants, du premier et du second degré, qui exercent en REP+ seront mieux accompagnés et recevront une prime annuelle supplémentaire de 3 000 € nets»

Pour le moment, il apparaît que cette « prime annuelle supplémentaire » n'a pas été mise en place.

Candidat Macron : « Nous n’affecterons plus aucun professeur (hors choix motivé) en zone prioritaire pendant ses 3 premières années d’enseignement »

Compte tenu des délais nécessaires pour une telle mise en œuvre, il faudra attendre la rentrée 2018 pour voir si elle devient effective. Mais on aimerait savoir s'il y a des consignes données actuellement en ce sens pour les affectations de la rentrée 2018 , et lesquelles. Et cela alors même qu'un décret paru au JO le 27 avril 2018 modifie, lui, les modalités du traitement des mutations pour les personnels enseignants du premier et second degrés.

Candidat Macron : « Nous laisserons une part d’autonomie de recrutement pour les établissements de l’éducation prioritaire ». On n'a rien vu de nouveau pour le moment à ce sujet.

Trois engagements mis en œuvre de façon pour le moins équivoque

Le candidat Macron se prononce lors de la présentation de son programme, le 2 mars 2017, pour un baccalauréat avec seulement 4 épreuves obligatoires, le reste étant composé d'un contrôle continu, en évoquant sa volonté de  « simplifier» le baccalauréat et de « réduire le coût de l'examen jugé trop important à cause du nombre des épreuves »

Mais il est décidé par le ministre de l'Education nationale que les trois quarts de l'évaluation du ''contrôle continu '' vont se passer sous la forme d'examens spécifiques ad hoc : la'' réduction du nombre des épreuves'' et la ''simplification'' du baccalauréat s'avèrent dès lors des plus problématiques...

Le candidat Macron se prononce, toujours lors de la présentation de son programme le 2 mars 2017, pour «l 'interdiction de l'usage des téléphones portables dans l'enceinte des écoles primaires et des collèges »

Après avoir envisagé la solution du dépôt obligatoire des téléphones portables dans des casiers utilisés à cet effet, le ministre de l'Education nationale reconduit pour l'essentiel les principes qui encadraient déjà leur usage dans les établissements scolaires.

Candidat Macron : « Une part importante des inégalités scolaires se joue en dehors de la salle de classe. Au collège. nous remettrons des études dirigées partout dans les établissements »

Le ministre de l'Education nationale annonce la mise en place à partir de la rentrée des vacances de Toussaint 2017 du dispositif « Devoirs faits » : « Il doit y avoir des devoirs et ils doivent pouvoir être faits au sein de l'établissement grâce à un temps d'étude accompagnée. Cela s'appellera ''Devoirs faits'' ». Selon une enquête réalisée auprès d'environ 300 collèges dans toute le France par le SNPDEN (le principal syndicat de chefs d'établissement), 30% des collèges n'ont même pas mis en place le dispositif.

Des engagements dont la mise en oeuvre est restée évanescente voire totalement absente jusqu'ici.

« Nous formerons sur la durée du quinquennat un million de jeunes aujourd'hui sans qualification ni activité » ; « Nous développerons les périodes de pré-apprentissage, et les filières en alternance dans tous les lycées professionnels» ; « Nous simplifierons les démarches pour les entreprises et les jeunes, et affecteront l'ensemble de la taxe d'apprentissage à son financement » ; «  Nous étendrons la formation en alternance dès la licence pour les étudiants qui se destinent aux métiers de l'enseignement » ; « Nous favoriserons un lien de confiance renouvelée par une place plus grande donnée à l'échange avec les parents, en généralisant notamment l'expérience de la ''mallette des parents'' » ; « Nous encouragerons une grande mobilisation inter-générationelle par l'implication de bénévoles (notamment étudiants et retraités) dans le soutien des élèves après la classe » ; « Dans le parcours de tous les étudiants de France, il y aura un trimestre dédié à cette activité ».

Au final, la mise en œuvre des engagements du candidat Macron par le ministre de l'Education nationale Blanquer n'a guère été ''franche et massive'' que pour les trois ''retours'' vers la situation d'avant le quinquennat précédent, plus la mesure-phare du dédoublement des CP en éducation prioritaire. Elle a été équivoque pour trois autres engagements (''simplification'' du bac, ''interdiction'' du portable, opération ''Devoirs faits''). Et elle a été évanescente ou totalement absente pour une dizaine d'autres engagements. Un bilan qui rend d'autant plus surprenant les jugements du Président de la République lors de ses interviews de début avril : « on change tout ; et cela n'était pas arrivé depuis Jules Ferry », « Jean-Michel Blanquer est un excellent ministre ». « Excellent » en quoi, pour quoi et surtout pour qui ? A cet égard, il est vrai que Jean-Michel Banquer excelle dans le ''one man show'' (cf mon billet précédent: "Blanquer: bilan d'un one man show")

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