Le ''PISA'' nouveau va arriver. Et l'on peut craindre d'avoir une ''nouvelle gifle''. Comment inverser cette tendance ? En s'inspirant des expériences en France et hors de France qui ont réussi ( ''estampillées scientifiquement''), en se fondant sur les « résultats de la science ».

 

C'est du moins la thèse que soutient avec beaucoup de fougue et de verve Maryline Baumard (journaliste spécialisée sur les sujets d'éducation au « Monde ») dans son dernier ouvrage intitulé de façon quelque peu provocatrice mais stimulante « La France (enfin) première de la classe » paru chez Fayard.

Maryline Baumard fait feu de tout bois en citant de nombreuses expériences qui ont déplacé les lignes et ouvrent des perspectives importantes de changements ; et c'est à la limite de la témérité car si ces expériences sont toutes intéressantes et suggestives (et il est tout à fait positif qu'elle contribue à les faire connaître), elles sont aussi de nature fort différentes et plus ou moins probantes (ce qui pose aussi problème, et pas des moindres!).

 

En tout cas elle s'attaque courageusement à une attitude dominante en France chez les décideurs et les professionnels, à savoir négliger le plus souvent superbement les apports scientifiques venant de France ou surtout hors de France. A ce sujet, elle fait d'ailleurs écho aux propos éclairants du sociologue François Dubet dans son dernier livre  : « La différence capitale entre le monde de l'hôpital et celui de l'école tient en un point crucial : l'hôpital croit en la science ». Et l'école, en quoi croit-elle ? « Il y a trop de religieux dans l'école française. Il faut se souvenir qu'elle s'est construite contre l'Eglise et la remplace aujourd'hui » ( in « Pourquoi moi ? L'expérience des discrimination», qui vient de paraître au Seuil)

 

D'où l'invocation de Maryline Baumard : « changeons de paradigme, les médecins l'ont bien fait ! » (p.45), et l'annonce des multiples évocations de son livre, « un voyage au cœur de l'école du XXIème siècle. Ailleurs dans le monde ou très ponctuellement chez nous, des classes, des établissements mettent en œuvre des approches estampillées ''scientifiquement efficaces''. Relatant des visites, des rencontres, des entretiens et beaucoup de résultats de la recherche, ces pages racontent une école qui offre aux enseignants les moyens de réussir leur belle mission et en même temps de redorer le blason de leur métier, en renouant avec une efficacité plus grande ; une école qui offre à chaque élève la possibilité d'apprendre suffisamment pour devenir un citoyen éclairé » (p.14).

 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la lecture de ce livre assez atypique (et pour cause dans la tradition dominante française) suscitera des réactions diversifiées voire contrastées. Il est en effet de nature à ''secouer le cocotier'', mais non pas dans le sens de la ''déploration'' (comme on le voit le plus souvent), mais dans celui de la ''mobilisation'' ( ce qui est indéniablement plus rare). C'est ce qu'indiquent d'ailleurs les titres mêmes des deux chapitres les plus fournis et les plus riches « Apprendre à lire à tous, c'est possible », « Enseigner les maths à tous ? Chiche ! ».

 

A lire donc ! En espérant que chacun des 18 membres du Conseil supérieur des programmes nouvellement installé (« le cœur du réacteur de la refondation de l'Ecole ») aura reçu personnellement un exemplaire à méditer...

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

à C.Lelièvre :

La lecture que vous proposez du livre de M. Baumard est sympathique. Ceperndant, elle  pose des questions pour moi évidentes ...mais l'on peut évidemment me détromper, ce dont, par avance, merci.

le "scientifiquement estampillé", c'est quoi? Ce qui relève des "sciences de l'éducation", bien mal nommées ? Pour moi, l'éducation, phénomène proprement humain, peut s'appuyer sur des disciplines scientifiques diverses, mais ne peut en revendiquer une à elle propre. Ceci, parce que tout phénomène humain engage la totalité de l'humain, et que toute discipline scientifique est "réductrice".

L'éducation se déroule aussi hors de la famille et de l'école, nous sommes "élèves, et maîtres, partout, toujours" (expression de mon cru). Chaque humain "apprend" chaque jour, et à lui-même, et aux autres, et apprend de lui-même et des autres, qu'il le veuille ou non, qu'il le sache ou pas.

L'école est- un milieu socio-historique particulier, institué en vue d'une éducation délibérée, portant sur des points particuliers socialement identifiés et choisis. L'expression même de "socle commun" est parlante. Quant à ce qu'y mettent les uns et les autres, c'est une autre question.

Les aspects de "service social", et ceux de "conformisation" ne sont pas particuliers à l'école.Simplement, ils se centrent sur d'autres objectifs (que la médecine, ou l'administration, par exemple).

Aussi, toute comparaison entre institutions scolaires, et entre résultats obtenus, est très difficile, et toujours chargée de préoccupations autres que la connaissance. Il faut, donc, traiter les informations en la matière avec beaucoup de prudence , s'inquiéter de leur provenance, de la situation socio-historique où elles ont été émises, des procédures qui ont permis de les obtenir., de la marge d'interprétation implicite qui rend leur utilisation très difficile.

Les "changements de paradigme" ne sont jamais identifiés qu'après coup, et parfois longtemps après...