Les protagonistes des turbulences du bac devraient aller jusqu'au bout

Blanquer devrait instaurer un vrai contrôle continu (sans ''examens'' ad hoc local) et ses opposants devraient s'opposer à tout recrutement sur dossier (''maison'') en classes prépa et en BTS. Au moins ce serait clair.

Marie-Estelle Pech a pu écrire non sans raison dans ''Le Figaro'' de vendredi que "le ministre a introduit subrepticement un bout de sa réforme du bac avec deux ans d'avance! Car en 2021, l'examen comportera 40% d'épreuves au contrôle continu... C'est d'ailleurs ironiquement une des raisons pour lesquelles les professeurs font grève. Ils souhaitent que le gouvernement revienne sur sa réforme du lycée et du bac avec le risque de voir le bac examen national transformé en un ''bac local'' à cause du contrôle continu''.

Sauf que les notes de ''contrôle continu'' prises en compte '' en urgence'' en cette session du baccalauréat 2019 ne sont pas le résultat d'''épreuves'' (qui sont prévues pour l'avenir : 30% avec examens ad hoc effectués localement, et 10% en contrôle continu sous la forme actuelle)

Le ministre Jean-Michel Blanquer n'a pas osé respecter ce qui avait été pourtant annoncé sans aucune ambiguité par Emmanuel Macron durant la campagne de l'élection présidentielle du printemps 2017 (avec des attendus qui devraient faire réfléchir...)

C'est ce que j'avais mis d'ailleurs en évidence dès le 22 mars 2018 dans un billet sur mon blog d'Educpros:

"Dans son interview parue dans « L'Etudiant » le 30 mars dernier,"Emmanuel Macron avait été très clair : « Nous faisons confiance au contrôle continu et au jugement des professeurs pour l'entrée dans les formations sélectives (écoles préparatoires aux grandes écoles, sections de techniciens supérieurs, IUT, écoles post-bacs). Pourquoi en seraient-ils incapables pour le baccalauréat? ». Il s'agissait bien du ''contrôle continu'' entendu comme l'ensemble des évaluations ordinaires faites au fil des années (en première et terminale) présentes dans les dossiers des postulants examinés. Et on se souvient de sa conclusion : « Je souhaite donc simplifier le baccalauréat. Quatre matières seront passées en contrôle terminal, les autres seront validées en contrôle continu ».

C'est d'ailleurs ce que vient de rappeler clairement le SGEN qui était partisan de cette réforme : « A ce jour, c’est 100% des notes données par les professeurs qui sont prises en compte pour l’affectation dans les filières sélectives de l’enseignement supérieur (CPGE, IUT, STS…). D’un côté on ferait confiance aux enseignants, d’un autre côté, on se méfierait de leur façon de noter. Les opposants au contrôle continu n’ont jamais remis en cause cette affectation sur les notes données par les professeurs des élèves... ». Or le ministre Blanquer n'a accordé que 10 % pour le baccalauréat à ce ''contrôle continu''.

Aura-t-on in fine une simplification du baccalauréat ? On peut fortement en douter. Le SGEN le souligne avec raison : « La réforme du baccalauréat ne va pas simplifier son organisation dans les établissements, mais pourrait au contraire rendre l’examen encore moins lisible et surtout multiplier les situations d’examen tout au long du cycle terminal et ainsi fractionner le rythme des apprentissages ».

Les deux seuls syndicats qui ont voté le texte sur le ''contrôle continu'' à la sauce Blanquer avancent d'ailleurs de curieux arguments pour le justifier (et qui ne sont pas dans le droit fil de ''la simplification'' ). Le SNALC déclare que « c'est la fin du tout contrôle continu dans l'affectation. Le bac retrouve enfin son statut de premier grade universitaire, et son organisation incitera clairement les élèves à fournir un travail plus régulier en première et terminale ».
Le prix de l'humour noir peut être accordé à la réaction du principal syndicat de chefs d'établissement, le SNPDEN, qui « accueille favorablement la nouvelle organisation du baccalauréat […], mais sera très attentif pour que la mise en œuvre des ''partiels'' ne désorganise pas chroniquement les lycées »...''

Fin du rappel de mon billet sur Educpros du 22 mars 2018

Alors, Jean-Michel Blanquer va-t-il respecter vraiment l'engagement du candidat Emmanuel Macron? Et les opposants en l'occurrence au ministre de l'Education nationale vont-ils s'engager dans un mouvement pour la fin du recrutement sur dossier (''maison'') en BTS et classes préparatoires? Les uns et les autres y gagneraient en cohérence et en clarté... C'est le moins que l'on puisse demander. Mais c'est sans doute le plus difficile à obtenir.

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