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Le Club de Mediapart sam. 30 juil. 2016 30/7/2016 Dernière édition

Des expressions détournées

Le débat sur l'Ecole est actuellement assez confus parce que nombre d'expressions sont détournées du sens qu'elles avaient à l'origine par une droite qui se fait fort de «brouiller les cartes» afin de mener à bien ce que Nicolas Sarkozy et Luc Chatel n'hésitent pas à appeler une «révolution silencieuse» (en «catimini»?).
Le débat sur l'Ecole est actuellement assez confus parce que nombre d'expressions sont détournées du sens qu'elles avaient à l'origine par une droite qui se fait fort de «brouiller les cartes» afin de mener à bien ce que Nicolas Sarkozy et Luc Chatel n'hésitent pas à appeler une «révolution silencieuse» (en «catimini»?).
La liste est trop longue pour être traitée de façon exhaustive. On commencera par « compétences », en se contentant de la très bonne mise au point faite par Philippe Watrelot ( des ‘'Cahiers pédagogiques'' ) le 3 septembre dans sa revue de presse. Il s'agit de sortir en effet d' « une confusion établie entre deux objets distincts. D'un côté, la dérive technocratique observée avec les "livrets de compétences" où, dans une sorte de taylorisme pédagogique (les "usines à cases" ), on découpe le travail en savoir-faire ou en "micro-compétences" évaluables ; et, de l'autre, la logique du travail (et pas seulement de l'évaluation...) par compétences. Tous les pédagogues qui travaillent dans cette direction savent bien que cela consiste à identifier des "ressources" (savoirs, savoir-faire, habiletés, capacités...) que l'élève doit ensuite mobiliser pour réaliser une "tâche complexe" qui est bien la meilleure vérification de l'aptitude à penser ». Et Philippe Watrelot de conclure que l'intérêt de certaines mises en cause actuelles « des compétences », c'est que cela « va ( peut-être) amener les pédagogues et tous ceux qui se sont saisis de cette logique du travail par compétences à préciser leurs objectifs et à apporter des réponses à cette interpellation ». On ne saurait mieux dire.
L'autonomie : des établissements, des équipes pédagogiques ou des chefs d'établissement ?
L'autonomie, dans le domaine scolaire, c'est historiquement l'idée de faire confiance ( individuellement et collectivement ) aux éducateurs ( et en premier lieu aux enseignants ) pour qu'ils accomplissent leurs tâches en tenant compte des élèves qu'ils ont ( dans le cadre des programmes nationaux ; et avec la protection de leur statut de fonctionnaires pour ce qui concerne l'Education nationale ). Comme l'a dit très clairement Martine Aubry dans son interview au « Monde » du 1° septembre, « la revalorisation des enseignants c'est, outre les salaires, faire confiance, en donnant aux enseignants une plus grande autonomie pédagogique, pour qu'ils puissent se concerter et travailler en équipe, partager et transmettre les initiatives qui marchent et qu'il faut mutualiser. Valoriser, c'est considérer les enseignants comme de vrais concepteurs de leur métier ». Il s'agit donc bien d'une autonomie pédagogique, et non pas d'une autonomie managériale.
Ce qui est développé par la droite, au contraire, dans le cadre d'une politique néo-libérale, c'est la mise en concurrence des établissements ( favorisée par la disparition progressive de la carte scolaire ) avec un rôle accru des chefs d'établissement. On notera que Bruno Lemaire, qui a été chargé de présenter le projet de programme de l'UMP à son rassemblement de Marseille le 2 septembre, a été très net sur ce point : « nous voulons une vraie autonomie pour les chefs d'établissement ».
La ‘'personnalisation''.
C'est une expression qui vient historiquement de la gauche ( via certains pédagogues ; même si, un temps, l'expression de ‘'pédagogie différenciée'' a eu tendance à la supplanter ). Elle est actuellement mise en exergue par Nicolas Sarkozy et Luc Chatel . Elle figure aussi à sa façon dans le programme du PS ( « il faudra généraliser la pédagogie personnalisée » ) et plus encore dans les déclarations de Martine Aubry ( cf sa « Lettre aux Français » : « je souhaite réduire drastiquement l'échec au collège grâce [ notamment ] à la personnalisation des parcours scolaires et des pédagogies ».
Le sociologue Pierre Bourdieu ( qui ne peut un seul instant être soupçonné d'être dans la mouvance du néo-libéralisme ) disait que l' « indifférence aux différences » a pour effet de favoriser de fait les enfants de catégories socio-culturelles favorisées. Mais encore faut-il que ce souci des ‘'différences'' n'aboutisse pas à'' figer'' les différences, en les ‘'naturalisant'' dans un souci de simple ‘'adaptation'' aux élèves ( qui peut contribuer à les ‘'différencier'' encore davantage ) au lieu d'une'' prise en compte'' des ‘'différences ‘', mais pour mieux les surmonter.
Si l'on peut se permettre la métaphore de la navigation à voile, il y a une différence entre « s'adapter » au vent ( aller, simplement, dans le sens du vent ) et « tenir compte » du vent ( et avec le plus grand soin, comme par exemple, lorsqu'il s'agit de progresser « contre le vent » mais en'' louvoyant'' sans renoncer au cap fixé, pour progresser effectivement vers le cap fixé ).
Si l'on en juge - par exemple - par « les dispositifs en alternance » ( qui sont autant de pré-orientations ) annoncés au BO du 1° septembre pour les deux dernières années du collège, la « personnalisation » , c'est avant tout « l'adaptation » pure et simple au ‘'sens du vent'' pour la droite. Pour la gauche, on est sur le versant opposé, à savoir celui de ‘'tenir compte'' du ‘'sens du vent'' afin de progresser effectivement vers le cap fixé ( à tous et pour chacun à la fin de la scolarité obligatoire ).
La ‘'révolution'' ou la ‘'refondation'' ?
Le 11 juin dernier, Nicolas Sarkozy a prétendu que la ‘'personnalisation'' de l'éducation serait la « troisième révolution », « après celle de Jules Ferry et celle de la ‘'massification'' ». Il y a tout juste un an [ le 28 août 2010 ] le ministre de l'Education nationale Luc Chatel affirmait déjà que « sans bruit, une véritable révolution s'opère sons nos yeux : nous sortons d'une approche quantitative du ‘'toujours plus'' pour aller vers le ‘'toujours mieux''. Une révolution silencieuse ». Et ce 1° septembre, à l'occasion de sa conférence de presse de rentrée, Luc Chatel a repris le thème de la « troisième révolution », celle de la « personnalisation ».
Comme pour toute « révolution », il s'agit bien sûr de « changer de base » ; mais « silencieusement », car l'enjeu est en réalité de saper les bases mêmes du service public d'éducation.
Cette entreprise est déjà tellement bien entamée qu'il ne saurait suffire de corriger ou d'infléchir ce qui est en route, mais qu'il est nécessaire de « refonder l'Ecole » pour être à la hauteur du défi. « Refonder l'Ecole » c'est renouveler ses fondements en les retrouvant ( ce n'est pas « changer de base » ) et en les mettant en œuvre à hauteur du XXI° siècle, pour le XXI° siècle .
La « refondation de l'Ecole » est le maître mot qui a été lancé fin août par Martine Aubry. La « révolution » celui, semble-t-il, de Nicolas Sarkozy et de Luc Chatel. Mais, le 2 septembre, au rassemblement de l'UMP à Marseille, Bruno Lemaire ( chargé de la présentation du projet de l'UMP ) a lancé qu'ils avaient « cinq ans pour refonder l'éducation ». Un brouillage récurrent incessant ?

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Tous les commentaires

Merci pour l'analyse.

 

"Autonomie" : le serpent de mer, pas à la rubrique institution scolaire, mais en ce qui concerne les enfants, les élèves. Comment peut-on parler d'autonomie à leur sujet ? Une escroquerie biologique et psychologique présente dans pratiquement TOUS les projets pédagogiques sous peine de les voir "recalés".

 

Et Martine Aubry, donc... Pas très décidé

 

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