claude lelièvre
Historien de l'éducation
Abonné·e de Mediapart

752 Billets

1 Éditions

Billet de blog 6 sept. 2021

claude lelièvre
Historien de l'éducation
Abonné·e de Mediapart

Le précipité d'un recrutement des professeurs par des directeurs

Cela avait été préconisé avec insistance par nombre de dirigeants de droite il y a une dizaine d'années . C'était dans l'ouvrage « L'Ecole de demain » de Blanquer en 2016 qui visait à attirer l'attention des présidentiables de droite. Devenu ministre, il avait déclaré que cela allait être mis en place dans les mois suivants. Et on y arrive... peu avant les prochaines élections.

claude lelièvre
Historien de l'éducation
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.


A Marseille, jeudi dernier, le chef de l'Etat a déclaré : « il faut que les directeurs d'école puissent choisir l'équipe pédagogique […]. Et donc c'est beaucoup plus que les postes à profil […] . Et ensuite, voir les résultats et, s'ils sont concluants, les généraliser »

Les préconisations de dirigeants de droite allant dans ce sens existent de façon insistante de longue date 
Lors de  la Convention de l’UMP sur l’Ecole tenue en novembre 2010 ,  un accent unilatéral a été mis  sur le rôle à attribuer aux chefs d’établissement. Xavier Bertrand, alors secrétaire général de l’UMP,  s’est prononcé pour les propositions du rapport du député UMP Reiss et a demandé « une évolution du statut du directeur d’école  afin qu’il puisse participer au recrutement des équipes, et qu’il ait une réelle marge de manœuvre en matière de formation continue ». Frédéric Reiss, député du Bas-Rhin et auteur du rapport sur la direction d’école, s’est empressé d’affirmer que « nos écoles ont surtout besoin d’un patron ». Jean-François Copé, n’a pas été en reste et a élargi le propos aux chefs d’établissement, en particulier au niveau du collège : «  il nous faut faire du chef d’établissement le pivot de l’établissement ; il faut que  les chefs d’établissement puissent constituer leur équipe pédagogique ». Enfin Gérard Longuet, sénateur de Lorraine , a surenchéri  en affirmant qu’« il faut qu’un patron  [le chef d’établissement] puisse rentrer dans les classes et puisse faire une exfiltration des enseignants qui sont en rupture avec son projet pédagogique »
La Convention suivante de l'UMP sur l'Ecole tenue le 8 novembre 2011 a mis en valeur des propositions tout à fait significatives : « Le renforcement de l’autonomie des établissements doit signifier la possibilité pour le chef d’établissement (principal de collège, proviseur de lycée, mais aussi, à terme, directeur d’école) de recruter librement son équipe enseignante et d’administration ». Pour faire bonne mesure, le chef de l’UMP – François Copé – a prôné l’urgence d’un « management qui permette, par exemple, de se débarrasser d’un chef d’établissement inefficace et de faire de ceux qui sont bons de ‘’vrais’’ chefs ».
A la mi-octobre 2013, le projet d’une «droite forte» est publié. Ses rédacteurs sont des secrétaires nationaux de l’UMP :  le chef d’entreprise Guillaume Peltier (ancien porte-parole adjoint de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2012) et l’avocat Didier Geoffroy (coordonnateur de la cellule ‘’riposte’’ durant cette même campagne présidentielle) « Permettre aux chefs d’établissements de recruter leur équipe de professeurs, de licencier les mauvais enseignants [...] et d’avoir l’entière responsabilité de leurs moyens, y compris en ayant recours aux fonds privés »
En 2016, dans son ouvrage « L'Ecole de demain », Jean-Michel Blanquer prend soin de se positionner en faveur du renforcement des pouvoirs des directeurs d'école et d'un recrutement sur profil des enseignants 
Devenu ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer annonce dès août 2017 dans le « Nouvel Observateur » que les chefs d'établissement auront leur mot à dire dans l'affectation des enseignants : « mon objectif est simple : des établissements avec des équipes unies, partageant un projet éducatif fort. Dans ce cadre, oui, il est logique que le chef d’établissement ait un rôle à jouer en matière de recrutement. Cela se pratique d’ailleurs dans les lycées français à l’étranger et participe à leur rayonnement. ». Et le 16 janvier 2018, il répond aux députés que l'on va entrer dans ce processus « au cours des prochains mois ».

Mais rien de tangible n'est venu. Les années ont passé. Et sept mois avant les prochaines élections présidentielles : surprise , à savoir l'annonce d'Emmanuel Macron présentée comme un ''laboratoire''
En l'occurrence, Jean-Michel Blanquer apparaît personnellement certes comme un ''théologien'' ostentatoire du néo-libéralisme, mais surtout comme un ''pratiquant'' quelque peu flottant.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Le ministre Éric Dupond-Moretti est renvoyé devant la Cour de justice
Éric Dupond-Moretti devient le tout premier ministre de la justice en exercice à être renvoyé devant la Cour de justice de la République pour des faits commis dans l’exercice de ses fonctions. Le garde des Sceaux est accusé de « prise illégale d’intérêts » après avoir fait pression sur plusieurs magistrats anticorruption.
par Michel Deléan
Journal
Au moins 25 % des chômeurs ne réclament pas leur allocation
Entre 390 000 et 690 000 personnes ne demandent pas d’allocation chômage alors qu’elles y ont droit, soit de 25 % à 42 % de taux de non-recours, essentiellement chez les plus précaires. Des chiffres communiqués au Parlement par le gouvernement.
par Cécile Hautefeuille
Journal — France
« Ruissellement » : la leçon de Londres à Emmanuel Macron
Le gouvernement britannique a dû renoncer ce lundi à une baisse d’impôts sur les plus riches sous la pression des marchés. Une preuve de la vacuité du ruissellement auquel s’accroche pourtant le président français.
par Romaric Godin
Journal — France
Sélection à l’université : « Quand réfléchit-on au droit à la réussite ? »
Des écarts scolaires qui se creusent avant le bac, un financement inégalitaire dans le supérieur et un régime de plus en plus sélectif symbolisé par Parcoursup : la « démocratisation des savoirs » prend l’eau, s’inquiètent les sociologues Cédric Hugrée et Tristan Poullaouec, dans leur livre « L’université qui vient ».
par Mathilde Goanec

La sélection du Club

Billet de blog
Dernier message de Téhéran
Depuis des années, mon quotidien intime est fait de fils invisibles tendus entre Paris et Téhéran. Ces fils ont toujours été ténus - du temps de Yahoo et AOL déjà, remplacés depuis par Whatsapp, Signal, etc. Depuis les manifestations qui ont suivi la mort de Mahsa, ces fils se sont, un à un, brisés. Mais juste avant le black out, j'avais reçu ce courrier, écrit pour vous, lecteurs de France.
par sirine.alkonost
Billet de blog
Iran - Pour tous les « pour »
Les messages s'empilent, les mots se chevauchent, les arrestations et les morts s'accumulent, je ne traduis pas assez vite les messages qui me parviennent. En voici un... Lisez, partagez s'il vous plaît, c'est maintenant que tout se joue.
par sirine.alkonost
Billet de blog
Voix d'Iran - « Poussez ! »
À ce stade, même s'il ne reste plus aucun manifestant en vie d'ici demain soir, même si personne ne lève le poing le lendemain, notre vérité prévaudra, car ce moment est arrivé, où il faut faire le choix, de « prendre ou non les armes contre une mer de tourments ».
par sirine.alkonost
Billet de blog
Appelons un chat un chat !
La révolte qui secoue l'Iran est multi-facettes et englobante. Bourrée de jeunesse et multiethnique, féminine et féministe, libertaire et anti-cléricale. En un mot moderne ! Alors évitons de la réduire à l'une de ces facettes. Soyons aux côtés des iranien.nes. Participons à la marche solidaire, dimanche 2 octobre à 15h - Place de la République.
par moineau persan