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Billet de blog 6 oct. 2022

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Ecole : Le Pen, père et fille. Rupture ou continuité?

Certains découvrent l'intérêt porté par Marine Le Pen et son organisation aux questions scolaires et aux enseignants. En réalité c'est loin d'être nouveau, et le virage ne date pas de l'accession de Marine Le Pen aux responsabilités et d'un soi-disant ''aggorniamento'' , mais du moment où son père était encore à la tête du Front national.

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En ce cinquantenaire de la création du Front national, on se trouve certes dans une situation tout à fait inédite. Et deux députés du Rassemblement national vont être à la tête de deux missions qui viennent d'être lancées par la commission de la Culture et de l'Education de l'Assemblée nationale : Roger Chudeau pour la mission d'information sur l'éducation prioritaire et Philippe Ballard pour la mission flash sur l'éducation critique aux médias. Cet intérêt marqué du Rassemblement national ne doit pas être sous-estimé , d'autant qu'il vient de loin contrairement à ce qui est souvent prétendu.

Au colloque du Front national sur l’Ecole de septembre 2011, Marine Le Pen s'était déjà adressée  aux professeurs de façon très décidée : «Nous n’avons pas su vous parler. Longtemps nous avons commis l’erreur de croire que vous étiez complices de la destruction de l’école. Pour l’immense majorité d’entre vous, c’était une erreur et cette époque est révolue 

Une partie de la presse a vu là un virage sensible, et un démenti de son père.. Mais cela n'est pas du tout évident, tant s'en faut Il suffit pour s’en convaincre de relire les extraits consacrés à l’Ecole dans le discours où Jean-Marie Le Pen avait présenté au Bourget, le 12 novembre 2006, son « projet présidentiel » (en vue des élections présidentielles du printemps 2007 ).« Depuis 30 ans, tous ces gens qui se sont succédés au pouvoir se sont ingéniés, par idéologie, par démagogie, à détruire tout ce qui fonctionnait dans notre pays […] [Tout cela ] révèle le souverain mépris que tous ces gens qui se sont succédés au pouvoir depuis trente ans nourrissent pour le peuple français […] Mépris des fonctionnaires, forcément absentéistes, qu’on veut rendre responsables de la destruction des services publics, alors que le plus souvent, fidèles à leur mission, ils en sont les premières victimes… La grande masse des fonctionnaires, nous ne la confondons pas, au Front national, avec les oligarchies syndicales qui se sont glissées en elle comme dans un fromage ! […] Je ne peux évidemment clôturer ce chapitre sur l’égalité sans évoquer l’école. L’école est le véritable et premier lieu où se forge l’égalité, celle des chances. Or la véritable sélection, j’ose le dire, est source de l’égalité véritable. Il nous faudra refaire de l’école le lieu privilégié de la transmission du savoir minimum sans lequel, dans notre société, nul ne peut survivre, s’insérer, s’élever dans l’échelle sociale. Lire, écrire, compter, connaître l’histoire et la géographie de son pays, sont des bases essentielles qui aujourd’hui manquent à un élève sur quatre en sortie du primaire. L’école publique doit aussi respecter scrupuleusement la neutralité religieuse, politique et philosophique. Tant il est vrai, comme disait le Général de Gaulle, que ‘’la culture générale, c’est l’école du commandement’ [...]La réaffirmation forte de la laïcité et de la neutralité politique à l’école, ainsi que le retour au respect des règles et à la lutte contre la violence sont donc des exigences »

On aura remarqué dans ces extraits du discours de Jean-Marie Le Pen datant d'une quinzaine d'années nombre de traits toujours omni- présents au Rassemblement national et – déjà – la référence appuyée au Général de Gaulle...

Sur le site dédié au programme présidentiel de Marine Le Pen en 2022, il est mis en bonne place que : « L'enseignement dans le primaire donnera une priorité absolue au français, aux mathématiques et à l'histoire de France […] ; il est crucial de consacrer un temps d'enseignement suffisant aux matières fondamentales » ; « suppression des enseignements de langue et de culture d'origine (ELCO) » : « restaurer l'efficacité du système éducatif en organisant une remise à plat des méthodes pédagogiques et des contenus, et en restaurant l'école comme vecteur de transmission de l'Histoire de France  ».

Avec en prime cette fois-ci, l'annonce d'une procédure et d'un dispositif totalement inédits à mettre en place dans une nouvelle Assemblée nationale sous influence de son orientation politique Marine Le Pen prévoit une mesure radicalement nouvelle, totalement inédite dans l’histoire de l’école en France : elle veut «reprendre en main le contenu et les modalités des enseignements » et que « le Parlement fixe de façon concise et limitative ce qui est attendu des élèves à la fin de chaque cycle ». Confier cette tâche considérée comme première, à une institution par nature politique  n’a jamais été mis en œuvre, ni de près, ni de loin.

Les enseignants devraient in fine être les fidèles exécutants de programmes politiques définis foncièrement par le Parlement, et dont « le détail (...)  et les labels validant les manuels scolaires relèveront du ministre de l’Education nationale ». Sont ainsi prévus un soi-disant « renforcement de l’exigence de neutralité absolue du corps enseignant en matière politique, idéologique et religieuse vis-à-vis des élèves qui leur sont confiés », un « accroissement du pouvoir de contrôle des corps d’inspection en la matière », et une « obligation du signalement des cas problématiques sous peine de sanctions à l’encontre des encadrants »

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