Le 26 juillet 1883, le « Mémorial d’Amiens », un quotidien de la droite modérée, commence benoîtement par mettre en valeur (déjà !) que «  les instituteurs américains – qui admettent les deux sexes dans leurs écoles – ont reconnu que les jeunes filles sont meilleures écolières, plus dociles et plus attentives que les garçons, plus intelligentes même ». Mais c’est pour mieux faire valoir que « les Américains nous ont appris aussi qu’à partir de 16 ans la proportion change brusquement. La jeune fille revêt alors des qualités très brillantes, mais d’un ordre non scientifique, et l’inaptitude de la femme aux études théoriques saute aux yeux. Ce qui montre d’ailleurs cette inaptitude des femmes aux études théoriques, c’est qu’on ne les a jamais vues se diriger vers celles qui leur ont toujours été permises : on ne voit pas de femmes mathématiciennes, ni chimistes, ni même grammairiennes ou compositrices de musique. Il y a juste assez d’exceptions pour confirmer la règle : les femmes savantes sont des exceptions, comme les femmes à barbe, mais plus rares ».

Les préjugés sur l’infériorité intellectuelle des femmes peuvent être tels que le Révérend Père Lacouture, dans sa quatrième conférence contre Darwin, utilise spontanément l’argument suivant pour démontrer que l’homme n’a pas pour ascendant le singe : « L’angle facial, ce signe caractéristique des êtres supérieurs, ne descend pas au–dessous de 64 degrés, même chez les femmes » (« Journal d'Amiens » du 15 décembre 1878). Les femmes comme éventuel chaînon manquant…Elles ne sont pas encore « l'avenir de l'homme ».

Jules Simon, philosophe spiritualiste, ancien ministre de l’Instruction publique, l’alter ego de Jules Ferry au Sénat, n’hésite pas à annoncer que si on offre la possibilité aux jeunes filles de faire des études philosophiques, « elles y gagneront ou que la folie les étreindra à bref délai, ou qu’elles deviendront athées. Les femmes supérieures qui se sont occupées de philosophie n’ont été sauvées que par la religion. Il faut, en effet, pour se livrer fructueusement aux études philosophiques, des cerveaux d’hommes mûrs déjà préparé» (interview dans « L' Abbevillois » du 28 juillet 1882)

Même Jules Verne, que l’on aurait pu croire davantage dans ''l'anticipation'', est de la partie. Dans son discours à la distribution des prix du lycée de jeunes filles d’Amiens du 29 juillet 1893, il tente de « remettre à leur place » (qui n’est pas celle de la science) les lycéennes : « Prenez garde de ne pas vous égarer en courant le domaine scientifique. Puissiez-vous en sortant du cours de chimie générale, savoir confectionner un pot-au-feu ».

1880 : institution d'un secondaire féminin public

Réaction de l'écrivain Octave Mirbeau dans l'un des journaux les plus en vue de la droite anti-républicaine (« Le Gaulois » du 25 novembre 1880) : « La jeune fille française, élevée dans la protection vigilante de la famille, avait été avec soin préservée des brutalités de la science. Elle grandissait dans une poétique ignorance des mystères des choses. On va supprimer la jeune fille [...]. On leur apprendra tout, même l'impureté. Elles n'auront même pas été vierges avant de devenir femmes. On leur apprendra l'anatomie, les sciences naturelles ; puis on leur dira comment les enfants se font et comment ils naissent ; et, au besoin, les jeunes professeurs se chargeront galamment de le leur démontrer par la méthode expérimentale ».

1933 : projet de loi au Sénat portant sur l'intégration des femmes à la profession de notaire

Réaction du sénateur Duplantier, champion du refus, dont la grossièreté égrillarde atteint des sommets en jouant des registres professionnels propres aux huissiers, notaires et greffiers : « Lorsque la notairesse aura signé avec les parties, lorsqu'elle aura apposé au bas de l'acte ses seings, et sceau […]. Vous allez exposer ces pauvres femmes à des outrages qui ne seront par toujours les derniers […]. Autrefois il y avait, vous le savez, des huissiers à verge ; et il est vraiment fâcheux que ce titre soit aujourd'hui supprimé, car il n'est pas douteux que les femmes l'auraient revendiqué ». Et la plupart des sénateurs de rire...

Années 1970, généralisation de la mixité

Réaction de l'écrivain Jean Dutourd : « Que croyaient-ils qu'il sortirait de la mixité sinon une grande valse des pucelages et la transformation méthodique des lycées en bordels ? C'est à se demander si nous ne sommes pas l'objet d'un complot qui aurait pour double but de supprimer le personnage mystérieux, intouchable et charmant appelé autrefois ''la jeune fille''... et d'empêcher systématiquement les garçons de passer leurs examens en mettant un harem à leur porté» (« Henri, ou de l' Education nationale », Flammarion, 1983, p.88).

 

 

 

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