Violences scolaires: Blanquer démenti au conseil des ministres du 6 mars?

Il avait notamment préconisé la réduction du nombre des membres du conseil de discipline de 14 à 6, la suspension du versement des allocations familiales aux parents ''complices d'une évolution violente'' de leurs enfants, l'installation éventuelle à demeure dans les établissements scolaires de forces de l'ordre.

La présence de ''forces de l'ordre'' dans les établissements scolaires a fait des remous, y compris au sein du gouvernement actuel. En octobre 2018, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner avait suggéré une telle solution « à des moments de tension particulière » et « avec l’accord » du chef d’établissement tandis que son homologue de la Justice Nicole Belloubet s’y était opposée, jugeant « indispensable de concevoir l’école uniquement comme lieu de savoir ».

Ce faisant, Nicole Belloubet avait rejoint les positions exprimées de longue date par François Bayrou (un allié d'Emmanuel Macron, influent en ces temps d'élections européennes), et Christophe Castaner avait choisi la position de Nicolas Sarkozy à laquelle s’opposait François Bayrou dans une querelle historique passée (mais pas dépassée semble-t-il; et en un sens qui en dit long sur certains penchants actuels)

Dès février 2006, Nicolas Sarkozy s’était emparé de ce thème et avait appellé de façon réitérée à l’installation permanente de policiers dans les établissements qui en feraient la demande.

François Bayrou s'était démarqué de lui, dès la clôture du colloque sur l’éducation organisé par l’UDF le 11 mars 2006 : « retrouver un collège paisible, cela ne se fera pas avec des policiers dans les établissements scolaires, car si nous acceptons l’idée que la loi de l’école est la même que celle de la rue, alors l’école a perdu. Les valeurs de la rue, c’est trop souvent – hélas ! – la loi du plus fort. Et la police est là pour imposer la force de la loi aux caïds qui veulent prendre le dessus. Les valeurs de l’école ce n’est pas la loi du plus fort, c’est la loi du respect, le respect du savoir, le respect de l’éducation, et le respect de l’autre.  Si l’on veut sauver l’école, il faut défendre son système de valeurs ! C’est l’autorité du professeur et du surveillant qu’il faut reconstruire ».

Mais pour Jean-Michel Blanquer, il ne doit pas y avoir de "tabou" sur la venue de policiers: "pourquoi ne pas avoir des permanences de policiers dans des établissements difficiles", ''en fonction de ce que demande le chef d'établissement", déclare le ministre de l'Education nationale sur LCI le 30 octobre.

Par ailleurs, le 17 novembre 2018, le chef du gouvernement Edouard Philippe a chargé le député LREM Stéphane Testé d'une mission temporaire sur ''la protection de l'école'' dont la lettre de mission demande notamment des propositions sur "la responsabilisation des familles et l'accompagnement à la parentalité pour prévenir les violences, l'ensemble des comportements inadaptés ou encore l'absentéisme scolaire". Et notre ministre actuel de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer en a remis une couche en proclamant 1e 10 janvier dernier qu'il fallait prendre des mesures comme celles de retraits d'allocations familiales pour "les parents complices d'une évolution violente" de leurs enfants, une formule qu'il a reprise et confirmée plus tard avec complaisance."Complices'', il faut oser !

Le 31 octobre dernier, Jean-Michel Blanquer a annoncé avec l'assurance qu'on lui connaît une ''simplification du conseil de discipline'' des établissements secondaires, passant notamment par une baisse drastique du "nombre de ses membres qui devrait diminuer de 14 à 6''

J'avais alors posté un billet indiquant qu' "on attend de voir tant cette simplification s'avère compliquée voire risquée sinon insensée". En effet, dès sa création en 1890, le nombre des membres du conseil de discipline s'est élevé à 10 membres et n'a jamais dès lors été en-dessous de ce seuil (avec finalement une place - relativement changeante, mais non négligeable - accordée aux élèves et parents d'élèves à partir de 1968). Alors la simplification à six... Le ''fin connaisseur'' du système éducatif Jean-Michel Blanquer ignore sans doute son histoire pour avoir fait une annonce aussi fracassante que risquée...

Mais, in fine, l'agenda du Conseil des ministres du 6 mars a été modifié, et il y a eu une nouvelle fois report (le quatrième depuis novembre) faute d'arbitrage dans un climat de tension interministériel (et dans la majorité) sur ces sujets . Il est urgent d'attendre, et le ''profil bas '' semble l'emporter. Tout cela ne démonte pas pour autant Jean-Michel Blanquer qui a été pourtant de ceux qui s'étaient précipités (et mis en avant) dès le tout début: " nous disons depuis le début que les mesures qui seront prises auront à s'appliquer à la rentrée prochaine; nous n'avons donc pas pris de retard" a-t-il répondu à l'Assemblé nationale à une interrogation portant sur les reports successifs...

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