L'autonomie annoncée pour la réforme du collège fait encore débat. Et pourtant, dès 1899, une commission parlementaire envisageait déjà de  « donner aux lycées et aux collèges une certaine autonomie ». Et elle a obtenu des réponses qui peuvent avoir encore une résonance étrange aujourd'hui.

Le point II de l'enquête menée par la commission parlementaire présidée par le député Alexandre Ribot en 1899 sur « l'état de l'enseignement secondaire » comportait en effet une question intitulée : « Régime des lycées et collèges » : «N'y aurait-ilpas lieu de donner aux lycées et aux collèges une certaine autonomie ?Ne pourrait-on pas établir dans chaque lycée ou collège un conseil où entreraient, avec les représentants des professeurs et répétiteurs, d'anciens élèves qui serviraient de lien entre l'établissement et la région ? Quels devraient être les attributions de ces conseils ? ».

Certaines des réponses faites par de hauts responsables de l'époque méritent encore le détour :

Raymond Poincaré (ministre de l'Instruction publique en 1893 et en 1895) :

« Les jours où les professeurs auront appris à se considérer comme les membres d'une sorte de petite cité enseignante, ils cesseront d'être ce qu'ils sont trop souvent aujourd'hui, c'est à dire des fonctionnaires de passage. Aujourd'hui, ils sont les serviteurs dévoués de l'Etat ; mais ils ne se sentent pas attachés à leur établissement. Sous le nouveau régime envisagé […] ils serontdésormais plus liés ; ils ne se contenteront pas de faire, comme aujourd'hui, leur classe consciencieusement, ils comprendront mieux qu'ils font partie d'un tout, qu'ils ont des devoirs communs à remplir et qu'ils collaborent à une oeuvre d'ensemble, au lieu de poursuivre des œuvres isolée»

« Chaque parcelle des connaissances humaines tend naturellement à pénétrer dans l'enseignement ; chaque spécialité – et avec raison – se trouve avoir des défenseurs. On finit par donner l'hospitalité à toute demande nouvelle dans les programmes. De là d'énormes compilations encyclopédiques, qui sont un peu comme les professions de foi électorales de l'enseignement secondaire ; et l'enseignement secondaire ne tient pas et ne peut pas tenir toutes les promesses qu'il a faites » 

Ernest Lavisse (l'un des grands historiens de l'époque  et l'auteur des fameux manuels d'histoire du primaire) :

« Pour collaborer, il faut, par définition, avoir quelque chose à faire ensemble ; or, à l'heure actuelle, on n'a rien à faire ensemble pour la bonne raison que tout est prescrit [...]. Le régime des études, programmes, exercices scolaires, est réglé jusque dans les plus petits détails. Alors, quelle matière à collaboration ? A peu près rien. Des homme sérieux comme sont nos professeurs ne peuvent s'intéresser à des apparences »

Gabriel Monod (reçu premier à l'agrégation d'histoire devant Ernest Lavisse, professeur à l'ENS d'Ulm puis au Collège de France) :

« Le professeur du secondaire est tellement habitué à être une sorte de bureaucrate qui a des heures fixes de travail en dehors desquelles il ne doit rien, que si on lui demande quelque chose en dehors de ce qui est strictement prescrit, il se croit lésé » 

Michel Bréal (inspecteur général et l'une des principales figures de l'Ecole de la troisième République)

« Il ne faudrait pas procéder par mesure générale, comme nous faisons toujours. Si l'on procède par mesure générale, bientôt l'innovation sera rapportée . C'est le défaut du secondaire. C'est une grande machine, puissamment organisée, où tout se tient, mais où les réformes sont d'une difficulté extrême »

 

 

 

 

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