Temps scolaire: arrêtons la catastrophe!

Le CRAP-Cahiers pédagogiques vient de lancer avec l’historien de l’éducation Antoine Prost ( qui avait dénoncé dans le " Monde " du 28 mai un " Munich pédagogique " ) un appel à pétitions contre la réduction à moins de 140 du nombre de jours de classe annuel à l’école primaire.

 

 

La durée annuelle de la présence des élèves du primaire en classe n’a cessé de diminuer depuis un peu plus d’un siècle. L’arrêté du 4 janvier 1894 définissait très précisément la durée de l’année scolaire et les périodes de vacances : six semaines de grandes vacances en été, une semaine à Pâques ( plus quelques congés extraordinaires : le Jour de l’An et son lendemain, le lundi de Pentecôte, le lendemain de la Toussaint, le jour de la fête patronale de la commune, le jour de la fête nationale ). L’horaire scolaire hebdomadaire est de 30 heures, réparties sur 5 jours ( lundi, mardi, mercredi, vendredi et samedi, le jeudi restant libre pour une éventuelle instruction religieuse ). La durée de l’année scolaire est donc de 1338 heures ( en 223 jours de classe ).

Les grandes vacances sont prolongées de deux semaines en 1922, et la durée annuelle d’enseignement est limitée à 1260 heures sur 210 jours. En 1938 et 1939, sous le Front Populaire, nouvelles réductions ( notamment en raison de deux semaines supplémentaires de grandes vacances accordées aux instituteurs, plutôt que des augmentations de salaires substantielles ) : 1128 heures dans l’année en 188 jours. Les vacances de Noël sont créées. La trame fondamentale qui sous-tend encore actuellement notre découpage de l'année scolaire est désormais en place :Toussaint, Noël, Mardi Gras, Pâques, vacances d’été ( du 15 juillet au 30 septembre). De petites diminutions de jours de classe ont encore lieu en 1950 et 1966, et l’on se retrouve avec une durée d’enseignement de 1080 heures par an réparties en 180 jours.

En 1969, l’arrêté du 8 août du ministre de l’Education nationale Olivier Guichard abaisse l’horaire hebdomadaire de classe à 27 heures, de façon à libérer le samedi après-midi pour permettre " aux maîtres de consacrer à leur perfectionnement pédagogique un temps équivalent à trois heures par semaine ". Le syndicat national des instituteurs ( le SNI ) rappelle dès le 9 août qu’il revendique " 27 heures de travail par semaine pour les maîtres comme pour les enfants ". Il obtient rapidement gain de cause. La durée de l’année scolaire est fixée à 975 heures. La loi d’orientation promulguée le 14 juillet 1989 ramène l’horaire hebdomadaire d’enseignement dans le primaire à 26 heures, afin que les instituteurs puissent avoir du temps dégagé pour leurs concertations d’école et de cycles.

 

 

Fin septembre 2007, alors qu’aucune organisation ne le demandait, le ministre de l’Education nationale annonce sa décision de supprimer les classes du samedi et de réduire la semaine à 24 heures pour les élèves ( quatre jours de 6 heures), les enseignants gardant un service prévu de 27 heures.

Ainsi, en un peu plus d’un siècle, la durée obligatoire annuelle de présence en classe des élèves de l’école primaire est passée de 1338 heures à environ 850 heures. Aux quelques interrogations qui ont suivi, Xavier Darcos a répondu que nous restions avec un horaire annuel parmi les plus élevés d’Europe.

Sans doute. Mais c’était faire l’impasse sur une question très importante lorsqu’on prend en compte les travaux des spécialistes des rythmes scolaires, à savoir que notre journée scolaire est trop longue ( et nettement plus longue en général que celle d’autres pays comparables), ce qui ne rend pas optimum - loin s’en faut – le cadre des apprentissages. Alors que dans nombre d’autres pays, le nombre de jours de classe ( heureusement moins longs ) est aussi heureusement plus élevé ( 188 en Finlande, 190 en Grande-Bretagne, 200 en Italie et au Danemark, 210 au Japon contre…140 désormais en France) . Il paraît que c’est " l’élève ", " l’apprentissage ", le" Savoir "qui est "au centre"du système éducatif et des décisions !

 

 

Quelques extraits de la pétition ( http://www.cahiers-pedagogiques.com ) : " Avec la suppression de deux heures de classe dans l’enseignement primaire et la semaine de quatre jours, une catastrophe est en marche [ …]. On réduit la durée de l’enseignement avec des programmes plus lourds encore, où il faut emmagasiner toujours plus de connaissances […]. Les enseignants du primaire sont inquiets, car ils mesurent mieux que quiconque l’impossibilité de faire plus avec moins ; et ils savent qu’on les rendra responsables, demain, des échecs de l’école […]. Certes on nous dit que les enfants en difficulté bénéficieront de deux heures de ‘’soutien’’ : manière de les mettre à part, qui sera sans doute inefficace, surtout si on rallonge encore la journée des écoliers […] La prise en charge de tous les élèves pendant les 26 heures, quitte à réaménager l’année scolaire, ou à travailler plutôt le mercredi matin que le samedi, est nécessaire pour que tous progressent et apprennent… ".

 

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