Bayrou sur les cimes des accents circonflexes!Pas contre Darcos en 2008!

Bayrou : un candidat qui fait tout pour se remettre toujours au centre ! Cette fois, cela atteint des sommets : il est sur les cimes des accents circonflexes, en ignorant honteusement les indications contenues dans les programmes scolaires de 2008 (lorsqu'un professeur de lettres classiques comme lui - Xavier Darcos - était ministre de l'Education nationale, comme lui).

Pour l'école primaire, la page 37 du Bulletin officiel de l'Éducation nationale hors-série no 3 du 19 juin 2008 pose comme principe que :« L’orthographe révisée est la référence ». Pour le collège, la page 2, section « Orthographe », du Bulletin officiel de l'Éducation nationale spécial no 6 du 28 août 2008 indique que  « Pour l’enseignement de la langue française, le professeur tient compte des rectifications de l’orthographe proposées par le Rapport du Conseil supérieur de la langue française, approuvées par l’Académie française (Journal officiel de la République française du 6 décembre 1990) »

L'ex-professeur de lettres classiques et ex-ministre de l'Education nationale François Bayrou (très accaparé par sa course perpétuelle vers la présidence de la République) s'est-il donné la peine de lire les programmes de français édictés en 2008 par Xavier Darcos ? On l'espère pour lui et sa consistance personnelle. Toujours est-il qu'il n'a strictement rien dit à l'époque à ce propos, et que cela ne fut pas jugé alors porteur politiquement.

 

       

 

francois-bayrou-a-paris-le-14-janvier-2012-1_863614.jpg

 

Après avoir été ministre de l'Education nationale de mai 2007 à juin 2009, Xavier Darcos a été président exécutif de l'Institut français (de juin 2010 à janvier 2015), et il est depuis février 2015 « ambassadeur pour le rayonnement du français à l'étranger ». Il a été élu à l'Académie française en juin 2013. Manifestement, les références dans ses programmes de 2008 « aux rectifications orthographiques » élaborées en 1990 ne lui ont pas porté préjudice – bien au contraire – dans l'accès à des secteurs pourtant fort sensibles à ces questions.

Alors pourquoi, d'un côté, ces attaques virulentes de François Bayrou et de certains académiciens - maintenant- contre les ''rectifications orthographiques'' ? Et, d'un autre côté, pourquoi l'absence de toute attaque de leur part en 2008 et la trajectoire ultérieure flatteuse de Xavier Darcos? On se perd en conjectures !

PS: Si  François Bayrou avait moins d'inculture à propos de l'histoire de l'Ecole et de ses disciplines ( à l'inverse de Xavier Darcos), il pourrait sans doute méditer avec profit le texte de cet appel  signé par le grand linguiste Ferdinand Brunot en ...1905: " Comme il y a beaucoup d' illogisme,  de contradictoire dans l'orthographe française, son enseignement  oblitère la faculté de raisonnement, pour tout dire il abétit..Il a le vice énorme d'incliner plus encore vers l'obéissance irraisonnée. Pourquoi faut-il deux p à apparaître et un seul à apaiser, il n'y a d'autre réponse que celle-ci: parce que cela est. Et comme les ukases de ce genre se répètent souvent, ce catéchisme prépare et habitue à la croyance, au dogme qu'on ne raisonne pas, à la soumission sans contrôle et sans critique. C'est pourtant d'un autre côté, n'est-ce pas, que l'Ecole républicaine entend conduire les esprits?" ( "Lettre ouverte adressée au ministre de l'Instruction publique à propos de la réforme de l'orthographe")

Si l'on suit les rectifications élaborées en 1990, l'accent circonflexe ( objet d'une singulière fixation de François Bayrou)  disparait sur i et u, mais on le maintient dans les terminaisons verbales du passé simple, du subjonctif, et en cas d'homonymie. ( ce jeune homme jeûne, par exemple).

Par ailleurs, la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem a rappelé dans une mise au point officielle en date du 4 février 2016, que les rectifications orthographiques de 1990 "sont une référence mais ne sauraient être imposées: les deux orthographes sont donc justes". On se demande donc bien pourquoi, dans le JDD, François Bayrou a déclaré qu'il n'entendait pas se soumettre à la volonté de la ministre en la matière... Mais, comme pour les programmes de Xavier Darcos, François Bayrou n'a sans dout pas lu ce qu'avait pu écrire et décider  une ministre  venue après lui, bien après lui, à la tête du ministère de l'Education nationale. On peut sans doute y voir là  l'effet de son "égo-centrisme".

Si l'on tient à oignon, à chariot, à abrégement (malgré achèvement) et même à imbécillité (malgré imbécile) en estimant que ces graphies sont la fine fleur de la civilisation française (et de notre ''identité'') on peut écrire cela aussi longtemps que l'on voudra. Il y a eu des précédents historiques. Quand l'Académie française a réintroduit le t en 1835 dans les pluriels comme enfans et parens, "La Revue des deux mondes" s'est opposée à la réforme; et elle a tenu bon pendant plus de 80 ans puisqu'elle n'a accepté qu'en 1919 d'écrire enfants et parents. François Bayrou, "n'ayez pas peur!", vous avez des prédécesseurs. Et l'avenir est derrière vous.

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.