Les surprises de l'orthographe

L'aveu de François de Closets en est une de taille. Et elles ne manquent pas dans le passé. La question de l'orthographe est revenue sur le devant de la scène médiatique avec la récente parution de " Zéro faute " ( éd Mille et une Nuits ) où l'essayiste François de Closets ‘'avoue'' être " nul " en orthographe.

L'aveu de François de Closets en est une de taille. Et elles ne manquent pas dans le passé. La question de l'orthographe est revenue sur le devant de la scène médiatique avec la récente parution de " Zéro faute " ( éd Mille et une Nuits ) où l'essayiste François de Closets ‘'avoue'' être " nul " en orthographe. A vrai dire, ce débat est récurrent ; et il réserve bien des surprises quand on revisite le passé de façon non prévenue.

 

Ainsi, par exemple, contrairement aux idées reçues, Jules Ferry - le fondateur de l'Ecole de la Troisième République - a condamné sans appel devant le congrès pédagogique des inspecteurs primaires du 2 avril 1880 l'importance accordée à l'enseignement de l'orthographe : " Il faut réduire, dit-il, la part des matières qui tiennent une place excessive : la vieille méthode grammaticale, la dictée - l'abus de la dictée - qui consument tant de temps en vain ". Il s'en prend même le 31 mars 1881, lors d'un débat au Sénat portant sur le brevet ( c'est-à-dire sur l'examen qui permet alors de pouvoir être instituteur ), à ce qu'il appelle, " la prétention excessive de l'orthographe ". " Mettre l'orthographe, dit-il, au premier plan de toutes les connaissances, ce n'est pas faire un bon choix : il vaut mieux être capable de rédiger un récit, de faire n'importe quelle composition française, dût-on même la semer de quelques fautes d'orthographe, si le travail est bien conçu et s'il sert à montrer l'intelligence du candidat ".

 

On peut ajouter, contrairement là encore à des idées reçues, que la focalisation sur l'orthographe ne se limitait pas à l'école communale chargée de former les futurs employés ou les commis aux écritures. On peut établir facilement un florilège de déclarations se lamentant sur le niveau en orthographe des candidats au baccalauréat ( dont le nombre était pourtant inférieur à moins de 1% d'une classe d'âge tout au long du XIX°siècle, une toute petite élite ). Qui donc savait l'orthographe ?

Un doyen de faculté des lettres en 1881 : " Nous voudrions rappeler aux candidats que la faculté désirerait ne plus avoir à corriger des fautes d'orthographe aussi nombreuses que stupéfiantes ".

Victor Bérard, maître de conférences à la Sorbonne en 1899 : " J'estime que les trois quarts des bacheliers ne savent pas l'orthographe ".

Albert Duruy, en 1886 : " L'orthographe des étudiants en lettres est devenue si défectueuse que la Sorbonne s'est vue réduite à demander la création d'une nouvelle maîtrise de conférences, dont le titulaire aurait pour principale occupation de corriger les devoirs de français des étudiants ".

 

Et si l'on se tourne non pas vers notre passé, mais vers les évaluations internationales actuelles, on peut constater avec quelque surprise ( pour nous, Français ) qu'aucune d'entre elles ne met en avant des évaluations en orthographe, mais qu'elles se focalisent sur les niveaux comparés en lecture, en mathématiques, en sciences ou en langue vivante.

En définitive, doit-on, peut-on sortir de notre focalisation sur l'orthographe ?

 

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