Et si on aimait enfin l'école!

Première surprise, il s’agit du titre d’un livre. Deuxième surprise, il s'agit de l'école primaire. Troisième suprise, ce livre a été écrit par un duo improbable : une ex-syndicaliste enseignante et un éditorialiste d’un magazine d’économie.

Nicole Geneix, ex-secrétaire générale du SNUipp ( le principal syndicat d’enseignants de l’école primaire ) et Philippe Frémeaux ( éditorialiste à ‘’Alternatives Economiques ‘’ ) viennent de faire paraître un ouvrage intitulé « Parents, élèves, enseignants, ministres…Et si on aimait enfin l’école !’’. Signe des temps ( de temps nouveaux ? ) le propos est focalisé quasi uniquement sur l’enseignement primaire, ce qui est très rare car l’école primaire est restée jusqu’à une date récente plutôt à l’écart des empoignades ( parfois furieuses, à tout le moins intenses ) qui alimentent la chronique des débats sur l’Ecole.
On pourrait même dire que l’école primaire a été longtemps la ’’ bien aimée’’ de la longue histoire de l’Ecole ( la figure de l’instituteur apparaissant généralement comme une figure éminemment positive ; à l’inverse de celle du professeur de l’enseignement secondaire assez souvent malmenée, en particulier dans les romans ou les biographies plus ou moins historiques ).
Les deux auteurs considèrent que durant ces dix dernières années s’est opéré un déplacement depuis le collège ( considéré comme ‘’le’’ lieu des difficultés ) jusqu’à la mise en cause - récente et privilégiée - de l’école primaire : « L’Ecole primaire est aujourd’hui accusée de tous les maux. Demeurée longtemps à l’abri des polémiques sur la baisse du niveau scolaire, elle est désormais désignée comme la principale responsable des échecs du système éducatif ».
Après avoir mis en avant certaines arrières pensées foncièrement politiciennes ( en particulier durant les ministères de Gilles de Robien et de Xavier Darcos ) qui ont contribué à des mises en causes unilatérales de l’école primaire mais pas du tout au minimum de sérénité et de rationalité nécessaires pour faire face sérieusement aux difficultés bien réelles à surmonter, Nicole Geneix et Philippe Frémaux concluent que même « s’il y a un certain acharnement à accuser l’école primaire de tous les problèmes du système éducatif » et que même « s’il faut refuser toute caricature », il n’en reste pas moins qu’ « il faut admettre que l’école primaire rencontre des difficultés réelles et qui sont plutôt en train de s’aggraver ».

Assez souvent, ils n'hésitent pas à prendre clairement parti, même dans des questions aussi épineuses que - par exemple - celle de la lecture. "Les plus grandes lacunes repérées par les évaluations nationales et internationales se situent dans le domaine de la compréhension de l'écrit et de la production de textes. Nos écoliers s'avèrent plutôt ''bons déchiffreurs'', mais mauvais ''compreneurs'' et ''faibles scripteurs''. On peut échouer à comprendre un texte parce que trop de mots ( bien déchiffrés ) sont inconnus, parce que la syntaxe n'est pas limpide ( sujet inversé, phrases négatives, passives, propositions trop longues ), parce que l'effort de déchiffrage mobilise trop l'attention, parce que le contenu même du texte est trop étranger aux savoirs du jeune lecteur...".

Mieux, ils s’emploient à dégager des pistes et des priorités ( en particulier pour les problèmes jugés généralement ‘’sensibles’’ ). On peut citer quelques têtes de chapitre caractéristiques : « Avec les professeurs des écoles » ( « un métier insuffisamment valorisé », « de fortes spécificités », « prendre appui sur l’expertise des enseignants », « repenser la formation », « changer le fonctionnement de l’école, changer le travail enseignant », « des personnels aux côtés des élèves et des maîtres » , « le travail en équipe et la direction d’école » ) ; « Des objectifs prioritaires » ( « rendre l’école plus juste », « priorité au langage en maternelle », « la lecture et l’écrit : la grande affaire du primaire », « l’apprentissage des mathématiques : également une priorité », « les relations avec les parents, un enjeu majeur à tous les niveaux », « développer les politiques de la petite enfance », « intégrer la dimension territoriale des politiques éducatives », « s’attaquer aux inégalités de moyens entre écoles » ).

 


Excusez du peu…Mais on peut le comprendre s’il faut, comme Nicole Geneix et Philippe Frémaux le soulignent eux-mêmes , « admettre la complexité des questions éducatives », et s’il faut aussi reconnaître le rôle fondamental que doit jouer l’école primaire. Cela n’a pas été le cas jusqu’ici si l’on en juge par la part inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE dévolue à l’enseignement primaire en France selon quelques indicateurs significatifs. Ainsi le coût de l’élève de l’enseignement primaire français est de 14% inférieur à celui du coût moyen de l’élève d’école primaire dans les pays de l’OCDE ( alors que c’est exactement l’inverse pour ce qui concerne le coût de l’élève de lycée ) . Et le taux d’encadrement dans l’enseignement primaire français est inférieur de 25% au taux d’encadrement moyen de celui des pays de l’Union européenne.
En définitive, ce livre focalisé sur l’école primaire vient à point nommé. Car l’école primaire mérite d’être proclamée « grande cause nationale », en particulier si l’on tient à « refonder l’Ecole républicaine » face aux menaces bien tangibles d’école libérale.

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