Najat Belkacem devrait annoncer de nouvelles propositions sur le collège au conseil des ministres de cette semaine ; et c'est déjà le branle-bas des rumeurs et un bis repetita de postures qui ont eu cours il y a une quarantaine d'années lors de la mise à disposition de ''10%'' des horaires disciplinaires aux établissements secondaires.

En mars 1973, sous le ministère de Joseph Fontanet et la présidence de Georges Pompidou, une circulaire aménage, pour les établissements secondaires, une utilisation optionnelle de 10% de l’horaire global. Les « 10% » dégagés dans les horaires du second degré devaient être consacrés à des objectifs d’ouverture sur le monde extérieur, en particulier dans les domaines socioculturels (d’où l’appellation de « 10% culturels »). Il s’agissait d’assouplir l’organisation de l’enseignement et d'encourager la pratique du travail en équipe, de décloisonner les disciplines, et de susciter la participation directe des intéressés par la consultation des élèves. La circulaire du 27 mars 1973 précisait qu’une large part d’autonomie était accordée : « Il ne sera pas donné de directives pour l’utilisation de ces 10% car, pour sauvegarder l’esprit d’une telle mesure, il est essentiel que ces modalités d’application soient définies à l’échelon du seul établissement ».

Le SNALC se déclare d'emblée opposé à ces mesures, et la direction du SNES très réservée. Au bout d'un an, il s'avère que 30% seulement des établissements secondaires ont pratiqué les ''10%.''. La participation des lycées a été notoirement faible , en particulier dans les terminales où l’allègement des horaires a été souvent utilisé pour organiser des examens blancs ou des séances supplémentaires. Si les réactions des élèves apparaissent foncièrement favorables, il n'en est pas de même pour les professeurs. Et la politique des ''10%'' tourne court après le départ du ministre de l'Education nationale Joseph Fontanet suite à la fin de la présidence de Georges Pompidou.

Bis repetita en mars 2015 (après mars 1973) ? Les directions du SNALC et du SNES ont déjà fait savoir leurs foncières réserves. Mais le dégagement envisagé semble-t-il par la ministre de l'Education nationale de trois heures hebdomadaires disciplinaires (à l'instar des ''10%''), ne concerne cette fois ci que les collèges (mais pas les lycées), et selon des attendus plutôt renouvelés comme on peut le voir dans son intervention devant  la Commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale du 28 janvier 2015.

« Permettez-moi tout d’abord de rappeler que nous sommes en train de réformer les programmes, notamment le socle commun de connaissances, de compétences et de culture. Nous souhaitons nous orienter vers un enseignement plus « curriculaire », avec des programmes moins détaillés qui offriront aux enseignants une plus grande liberté pédagogique. Seront bien entendu indiquées les grandes têtes de chapitre dont les enfants devront absolument avoir la maîtrise à la fin de leur scolarité obligatoire, mais en organisant le temps de façon plus libre. Une plus grande place sera laissée au travail en commun, au travail par projets, à l’interdisciplinarité. La réforme des collèges donnera à cet effet une grande autonomie aux établissements et une grande liberté pédagogique aux équipes enseignantes, avec l’introduction d’enseignements complémentaires où plusieurs disciplines pourront se croiser afin d’être plus parlantes pour les élèves, de les amener à comprendre des concepts à partir d’un projet concret sur lequel ils auront travaillé avec plusieurs enseignants ».

Comme l'a dit Edgar Morin, « une des bases de la psychologie cognitive nous montre qu'un savoir n'est pertinent que s'il est capable de se situer dans un contexte et que la connaissance la plus sophistiquée, si elle est totalement isolée, cesse d'être pertinente. La réforme que j'envisagerais n'a pas pour but de supprimer les disciplines, au contraire, elle a pour but de les articuler, de les relier, et de leur donner une vitalité et une fécondité » ( « Articuler les savoirs », MEN, 1998).

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

Aucune modfication fondamentale des façons d'enseigner ne peut venir du ministère ou d'un quelquonque énarque qui n'a jamais eu de classes devant lui (et encore moins de ces "pédagogistes" post-68 ards !!).

Qu'on arrète d'imposer de nouvelles règles, sigles, façons de faires, tracasseries administratives... aux enseignants et qu'on les laisse travailler ! Ce sont des professionnels qui savent ce qui est bon pour LEURS élèves et aucun inspecteur, chef d'établissement qui n'a jamais enseigné ou administratif de l'éducation nationale n'est compétent dans le domaine de l'enseignement !

Quand on aura compris ça en France on pourra enfin "dégraisser le mamouth" des milliers de parasites inutiles qui grouillent dans les ministères et les rectorats, payés à prix d'or pour pourrir la vie des enseignants ! Et tout cet argent économisé va pouvoir enfin servir à réduire le nombre d'élèves par classe ... car on ne fera rien de bien avec 29/30 élèves par classe au collège, 34/35 au primaire et autant au lycée !!