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Billet de blog 9 oct. 2008

Des antécédents à la réforme du lycée?

Certains pensent que la réforme du lycée projetée par Xavier Darcos est d’inspiration «anglo-saxonne», (voire finlandaise).

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Certains pensent que la réforme du lycée projetée par Xavier Darcos est d’inspiration «anglo-saxonne», (voire finlandaise). Mais on peut y voir aussi des «reprises» (certes dans un contexte sensiblement différent) de certains aspects du fonctionnement «modulaire» des «Ecoles centrales» créées durant la Révolution française ou bien de l’importance donnée aux «études» par rapport aux «cours» dans le lycée français du XIXe siècle.

Vers la fin de la période révolutionnaire, et avant le lycée institué par Napoléon Ier en 1802, des ‘’Ecoles centrales’’ ont été instituées par la loi du 25 février 1795 au ‘’centre’’ de chaque département français selon un modèle qui peut nous paraître inédit en France puisque leurs élèves pouvaient très librement choisir leurs parcours ( selon un mode de fonctionnement que l’on qualifierait d’ ’’optionnel’’ voire ‘’modulaire’’ en termes contemporains ) .

Création vraiment originale, les écoles centrales opérèrent certes fugitivement - elles ne durèrent que sept ans ! - mais réellement un bouleversement à la fois dans les matières enseignées et leur organisation générale.

Les langues anciennes sont subordonnées au français et voient surgir un rival : les langues modernes ( alors que les humanités classiques étaient quasi hégémoniques dans les collèges d’Ancien Régime ) ; s’y ajoutent les mathématiques, la physique, la chimie et les sciences naturelles, sans compter le dessin ( qui " est, pour ainsi dire, la géométrie des yeux " ). Mais ces ajouts d’orientation ‘’encyclopédiques’’ ne peuvent se comprendre dans leur application que par l’adoption d’une mesure inouïe proposée par Lakanal. Alors que les collèges d’Ancien Régime avaient peu à peu créé les classes sinon d’âge, du moins de niveau, on y renonce en faveur de cours autonomes et facultatifs donnés d’année en année par le même professeur. Les élèves du même âge pouvaient donc suivre des sections différentes dans chacun des cours, à leur choix. C’était d’ailleurs une idée de Condorcet ( et même de Talleyrand ) qui avait pour elle " l’autorité des hommes les plus considérables du XVIII°siècle ", celle des hommes des Lumières.

Et pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait être porté à croire, " ce n’est pas leur insuccès qui a entraîné la disparition des écoles centrales, car il est remarquable qu’en si peu de temps et avec tant de difficultés de tous ordres, la plupart des écoles se soient ouvertes et que beaucoup aient connu une pleine activité ", comme le souligne Françoise Mayeur, une historienne très au fait de cette période.

Avec Napoléon I, c’est le retour à l’ordre ( à un certain ordre ) après l’effervescence révolutionnaire, là comme ailleurs. D’où la création, en 1802, du lycée dit ‘’napoléonien’’. L’internat ( et sa vie très collectivement réglée ) l’emporte à nouveau sur l’externat ( le régime conçu comme normal par les ‘’Ecoles centrales’’ ). Les humanités classiques redeviennent hégémoniques : il faut , dit Napoléon, que " l’enseignement soit avant tout classique, grand , sublime, et en même temps régulier, paisible, subordonné " ( afin de préparer au mieux les cadres administratifs et militaires de son régime, impérial et impérieux ).

L’espace temps privilégié est celui de l’étude, des ‘’études’’ ( pour les internes, et même les externes ). La journée type du lycéen, durant tout le XIX° siècle se déroule selon l’horaire journalier suivant : 7 heures 30 en études ( de 6 H à 7 H 30, de 10 H à 12 H, de 13 H 30 à 14 H 30, de 17 H à 20 H ) pour 4 heures de classe ( de 8 H à 10 H et de 14 H 30 à 16 H 30 ). Et encore convient-il de savoir que les heures de ‘’classe’’ sont rarement des heures de ‘’cours’’ ( sauf en histoire et philosophie ) : on y corrige surtout des exercices et des devoirs qui ont été faits en études. C’était une époque – pourrait-on dire – où les élèves ‘’étudiaient’’ au lieu de ‘’suivre’’ des ‘’cours’’.

D’où d’ailleurs, en un certain sens, le célèbre rapport de l’historien Antoine Prost sous le ministère Savary, en 1983, intitulé de façon suggestive " Les lycées et leurs études, au seuil du XXI°siècle ", où figuraient des recommandations qui n’ont pas manqué de susciter alors de fortes réactions. " On en arrive à la conclusion que 4 heures de cours proprement dits par jour est un maximum à ne pas dépasser. Il n’est pas exagéré de dire que le dépassement de cette limite constitue une escroquerie pratiquée par les adultes aux dépens de la majorité des élèves. Et nous insistons bien sur le fait que cette exigence doit s’appliquer à la lettre : 4 heures de cours par jour, et non pas 24 heures par semaine, réparties en journées inégales " ( p. 101 ). " Dès maintenant, il faut assouplir les horaires des enseignements pour en réduire le total, et permettre le travail personnel des élèves, au domicile et/ou au lycée " ( p. 105 ). " L’aide au travail personnel est un des moyens les plus efficaces de lutte contre l’échec scolaire. Sa réalisation demande la création de petites salles, où l’on puisse commodément parler à huit ou dix au plus […]. L’influence du cadre spatial sur l’activité pédagogique est telle qu’il n’est pas possible de laisser les choses en l’état. Des locaux standardisés invitent à penser un enseignement standard ( pp.95 et 97 ). On a vu la suite…

PS ( le 15 octobre ): Pour ceux qui n'auraient pas saisi encore que la bataille va faire rage ( dans une certaine confusion ) autour de la réforme du lycée, sachez que BKZ ( président du Syndicat National des Lycées et Collèges, le SNALC , généralement classé à droite ) vient de nous faire l'honneur d'écrire son premier billet dans Médiapart ( "Les faux atours du lycée light'' ).

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