L'impudence scolaire de l'UMP

La convention sur l’éducation que l’UMP a tenue hier a été marquée par des dénis ou amnésies soudaines et par la promotion unilatérale et obsessionnelle du rôle du «chef» et de la concurrence entre établissements.
La convention sur l’éducation que l’UMP a tenue hier a été marquée par des dénis ou amnésies soudaines et par la promotion unilatérale et obsessionnelle du rôle du «chef» et de la concurrence entre établissements.
Proposition de la convention : «Réorganiser les rythmes scolaires» avec un allongement de l’année scolaire de 2 semaines. La semaine de 4 jours et demi pourrait être rendue obligatoire «après concertation avec les autorités locales ,académiques et les parents d’élèves». Oubliée, dans les attendus de cette proposition aussi bien que dans les échanges entre participants, la calamiteuse réforme du rythme scolaire de la semaine imposée dans l’enseignement primaire par Xavier Darcos et pleinement soutenue par l’UMP au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Une amnésie collective.
Proposition de la convention : « Rendre l’assiduité obligatoire pour les élèves inscrits à la maternelle ». Le programme du PS et de son candidat François Hollande se prononce pour l’obligation de scolarisation en maternelle à partir de trois ans ( âge auquel la quasi totalité des enfants sont déjà inscrits dans les faits ). II y a quelques jours le ministre Luc Chatel s’est opposé à un projet de loi allant dans ce sens déposé au sénat par une élue PS ( cf mon billet précédent ), arguant que ce projet aboutirait à une augmentation d’au moins 700000 élèves en maternelle. On ne voit pas bien, si la mise en place de l’assiduité est recherchée effectivement pour tous , ce qui différencierait dans les faits le projet de l’UMP de celui du PS. Mais si, au contraire, l’assiduité de tous n’est pas en réalité le but, on voit bien que cela aurait pour effet ( en l’absence d’obligation de scolarisation ) de diminuer le nombre d’inscrits ( et de permettre une diminution de postes d’enseignants ( cf encore mon billet précédent ). Masquage et impudence.
Propositions de la convention : « Mettre en place une évaluation des enseignants par le chef d’établissement » ; « Le renforcement de l’autonomie des établissements doit signifier la possibilité pour le chef d’établissement ( principal de collège, proviseur de lycée, mais aussi, à terme, directeur d’école ) de recruter librement son équipe enseignante et d’administration ». Pour faire bonne mesure, le chef de l’UMP – François Copé – a prôné l’urgence d’un « management qui permette, par exemple [ ou pour l’exemple ?] de se débarrasser d’un chef d’établissement inefficace et de faire de ceux qui sont bons de ‘’vrais’’ chefs ». Obsession du chef.
Elle avait d’ailleurs déjà été à l’œuvre à la précédente convention de l’UMP ( cf mon billet du 4 novembre 2010 « Chefs d’établissement über alles ? » ). Rappel des propos des protagonistes UMP. Xavier Bertrand s’était prononcé pour les propositions du rapport du député UMP Reiss et avait demandé une évolution des statuts du directeur d’école « afin qu’il puisse participer au recrutement des équipes, et qu’il ait une réelle manœuvre en matière de formation continue ».
Frédéric Reiss, député du Bas-Rhin et auteur d’un rapport sur la direction d’école, s’était empressé d’affirmer que « nos écoles ont surtout besoin d’un patron ; le directeur d’école doit devenir le représentant de l’Etat ».
Jean-François Copé, présenté dès alors comme le successeur prochain de Xavier Bertrand à la tête de l’UMP, n’avait pas été en reste et avait élargi le propos aux chefs d’établissement, en particulier au niveau du collège : « il nous faut faire du chef d’établissement le pivot de l’établissement. L’autonomie n’est plus un tabou et doit rentrer dans les mœurs. L’autonomie cela veut dire qu’il faut s’adapter à la diversité des élèves et que les chefs d’établissement puissent constituer leur équipe pédagogique ».
Enfin Gérard Longuet, sénateur de Lorraine , avait surenchéri sur cette définition de l’autonomie en affirmant qu’ « il faut qu’un patron [ le chef d’établissement ] puisse rentrer dans les classes et puisse faire une exfiltration des enseignants qui sont en rupture avec son projet pédagogique ».

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