Où sommes-t-on ? Marine Le Pen, Blanquer et ''Racine''

Que penser du « phénomène Blanquer » comme vient de le dire Marine Le Pen et/ou de «sa politique en trompe l'oeil » si l'on écoute le collectif éducation ''Racine'' (lequel, après s'être situé dans la mouvance de la dirigeante du FN vient de rallier les ''Patriotes''' de Philippot) ?

Il convient d'être clair. Il ne s'agit pas un seul instant de soutenir que Jean-Michel Blanquer ou sa politique scolaire seraient d'extrême droite. Et on ne mérite pas toujours (ou entièrement) les appréciations que l'on obtient. Mais le sort à part qui est fait par la droite extrême et même par l'extrême droite au ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer par rapport aux autres ministres du gouvernement (et aussi par rapport aux nombreux ministres de l'Education nationale qui l'ont précédé, à commencer par Najat Vallaud-Belkacem) ne peut manquer d'interpeller sur son positionnement politique (sans doute plus à droite que la majorité gouvernementale) alors qu'il prétend se situer par delà la droite et la gauche en étant inspiré par la ''science'' et le ''pragmatisme''.

Vendredi dernier, Marine Le Pen a soutenu que « l'engouement suscité autour de M. Blanquer, que l'on peut même qualifier de ''phénomène Blanquer'', constitue une victoire idéologique notable pour le Front national et une défaite cuisante des sociologues et des pédagogistes qui avaient pourtant méthodiquement pris possession de l'institution scolaire. Depuis des décennies, notre école est malade du pédagogisme, de l'égalitarisme, du laxisme et accessoirement du gauchisme, qui ont contaminé tous les aspects de la vie scolaire et universitaire. La crise est considérable, mais elle n'est malheureusement pas nouvelle. Ce qui est nouveau , c'est l'arrivée au ministère d'un personnage [Jean-Michel Blanquer] qui affiche une volonté de rupture et qui multiplie les annonces positives ». En conclusion, Marine Le Pen a dit espérer que le nouveau ministre de l'Education nationale « ira jusqu'au bout de sa logique et ne se contentera pas d'annonces et de mesures symboliques ».

C'est sur ce terrain là que s'est situé d'abord , au contraire, le collectif éducation ''Racine'' en prenant ses distances avec Marine Le Pen tout en rejoignant avant tout le ''souverainisme'' des ''Patriotes''' de Florian Philippot. Dans «La lettre 13 » de « Racine ; les enseignants patriotes » de décembre 2017 on peut lire en effet : « De quoi d’ailleurs Blanquer est-il le nom? Certes pas d’une nostalgie sincère pour l’excellence passée de notre Ecole, comme se sont pris à le croire naïvement les milieux conservateurs après que «Valeurs actuelles» leur en a fait l’article, ou comme se l’imaginent les dupes de la dictée quotidienne, son annonce en date d’hier […] Blanquer, sous une savante démagogie du bon sens, n’est en fait rien d’autre qu’un exécuteur zélé des diktats conçus dans les sphères européistes et mondialistes : ce qu’il fut comme DGESCO sous Sarkozy, il continuera de l’être comme ministr[…] La rentrée 2017 a été placée par le nouveau ministre de l’Éducation nationale sous le signe de la «confiance» : mais peut-on faire confiance au ministre ? Il ne faut certes pas nier les bonnes orientations, les bonnes intentions affichées. Certaines, notamment s’agissant du collège, de l’enseignement des fondamentaux (tout récemment du «retour à la grammaire») rejoignent nos propositions, dont on pourrait même penser que M. Blanquer les a lues attentivement. Mais que constate-t-on p o u r l'’instant dans la réalité ? La grille horaire des collèges à la rentrée 2017 reste la même, comme on peut le voir sur le site du ministère. Lors de son discours de rentrée (29 août), M. Blanquer a parlé de «l’assouplissement de la Réforme», mais rien n’a véritablement changé, en particulier pour les horaires de français (4h30 en 6e/5e/4e, 4h en 3e), matière dont le Président comme le Ministre affirment pourtant l’importance primordiale. Rien de changé non plus pour le latin et le grec, dont J.-M. Blanquer parle beaucoup, au point même que ses détracteurs commencent à hausser le ton en rappelant que «le latin et le grec ne sont pas au centre du système scolaire». Qu’en est-il en réalité ? Le ministre affirme leur caractère fondamental, réfute les termes de désuet ou d’élitiste. Il affirme même vouloir implanter ces enseignements dans «tous les endroits en difficulté» et fait de ces disciplines son cheval de bataille, ce qui ne peut que nous réjouir. Mais ce que l’on constate pour l’instant fait des langues anciennes un cas exemplaire de ce qui pourrait être une politique en trompe-l’œil. Elles n’ont pas été rétablies dans la grille horaire, et ne sont toujours mentionnée qu'en note, sous l'appellation vague et pudique de ''langue et culture de l'Antiquité''parmi les enseignements facultatifs, que les établissements qui le souhaitent peuvent proposer »

Si l'on était à la place du ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer (Dieu nous en garde!) , on ne saurait plus s'il faut reprendre à son compte cet aphorisme célèbre : « Gardez moi de mes amis, mes ennemis, je m'en charge ! »

PS: "Où sommes-t-on?": J'ai pensé que la confusion idéologique où nous risquons de nous trouver devait être doublée d'une confusion linguistique d'écriture inclusive populiste...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.