«Ecole ouverte apprenante»: une opération déclinante recyclée par un adjectif!

Alors que l'opération «école ouverte» a décliné régulièrement depuis des années - passant de 150000 jeunes accueillis à son apogée en 2009 à 70 000 l'année dernière - le ministre de l'Education nationale a annoncé sa transfiguration en «école ouverte apprenante» destinée à accueillir 400000 jeunes. Prodigieux! Presque mieux que la mutiplication des pains.

Selon le dernier bilan détaillé portant sur l'année 2014 (et publié sur ''Eduscol'' en juin 2017 )," née en 1991 du constat d'un désœuvrement des jeunes qui ne peuvent partir pendant les vacances, ''École ouverte'' est une opération qui s'adresse prioritairement aux jeunes qui ne partent pas en vacances et qui vivent dans des zones urbaines ou rurales défavorisées. Elle vise à favoriser leur intégration sociale et scolaire , à  valoriser l'image de l'École et à créer des rapports différents entre les élèves, les personnels de l'établissement et les familles. Elle peut permettre une évolution des relations pédagogiques et redonner à des élèves, par une pédagogie du détour, le sens de l'École et l'envie d'apprendre. Elle favorise également la liaison école/collège en accueillant des élèves de CM2 au collège"

Le nombre de participations (cumulées) a atteint 150000 par deux fois (en 2009 et 2012 ) et a décliné ensuite ( 92000 en 2014, 70000 en 2019). Le bilan détaillé de l'année 2014 indique que les élèves présents relevaient avant tout du CM2: 10 %, et surtout du collège: 69%. Le recensement des activités est présenté de la façon suivante: 37% d'''activités scolaires'' , 28% d'''activités culturelles'', 18% d'"activités sportives", 14% d'''activités de loisirs''. Il est formellement souligné dans le bilan de l'année 2014 que l'''on constate une diminution du nombre de semaines d'ouverture pendant les vacances d'été"

Si l'on a bien en tête les évolutions qui ont eu lieu, l'objectif qui vient d'être annoncé ex abrupto par le ministre de l'Education nationale pour cet été 2020 paraît tout à fait ''merveilleux'' (même si l'on prend en compte que "pour les lycées professionnels, on ciblera les élèves recalés aux examens de juin mais représentant leur examen en septembre et ceux qui sont en fin de parcours professionnel" )

Avant, il y avait des élèves qui devaient être '' apprenants'' et qui apprenaient. Maintenant, il y a des écoles (''ouvertes'') qui doivent être ''apprenantes''. Si, si : c'est nouveau, cela vient de sortir de la bouche ministérielle. A la vérité, il y aura des "écoles ouvertes apprenantes" comme il y a de ''soi-disant muets''. Le tout est de croire en la magie des mots ou plutôt en leur ''nonsense'' comme dirait le logicien Lewis Carroll, l'auteur d'"Alice au pays des merveilles"

A vrai dire, le fabuleux Jean-Michel Blanquer est coutumier de ces tours de passe-passe d'autant mieux que l'on n'exige guère de lui qu'il rende effectivement des comptes après ses propos de contes de fée. Il a réussi , par exemple, durant trois ans de suite, à annoncer au mois de juin avec beaucoup d'ostentation (l'année dernière, dans le cadre du château de Versailles) une fabuleuse distribution gratuite des '''Fables '' de La Fontaine à ''tous les élèves de CM2'' sans que l'on ait le moindre retour sur l'efficience et encore moins l'efficacité de cette opération. On n'en a pas entendu parler cette année, en ce mois de juin 2020. Le tour de force de l'annonce des ''écoles ouvertes apprenantes" sonnerait-il le glas de cette mise en scène pluri-annuelle? Un tour de magie ou de prestidigitation chasse l'autre.

On n'ira pas jusqu'à penser avec ''L'instit'humeurs'' que Jean-Michel Blanquer est un ''bonimenteur''. Il est plutôt un annonceur inlassable; et, lorsqu'il en aura terminé avec l'Education nationale, il finira sûrement par se recycler lui-même dans le monde affairé de la publicité. D'autres deviennent bien des ''avocats d'affaire''.

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