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Billet de blog 10 sept. 2008

Le pape: une visite «providentielle» pour l'enseignement catholique?

Il y a deux mois, le cardinal Tarcisio Bertone – secrétaire d’Etat au Vatican et bras droit du pape - a déclaré que le Vatican attend un infléchissement dans la «rigidité» de la laïcité à la française, en ajoutant dans l’Osservatore Romano que «certains éléments font espérer une évolution rapide de cette laïcité rigide qui fit de la France de la IIIe République un modèle de comportement antireligieux».

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Il y a deux mois, le cardinal Tarcisio Bertone – secrétaire d’Etat au Vatican et bras droit du pape - a déclaré que le Vatican attend un infléchissement dans la «rigidité» de la laïcité à la française, en ajoutant dans l’Osservatore Romano que «certains éléments font espérer une évolution rapide de cette laïcité rigide qui fit de la France de la IIIe République un modèle de comportement antireligieux».

Le cardinal français Jean-Louis Tauran, qui sera aux côtés du pape durant son voyage en France du 12 au 15 septembre, a estimé que " la visite de Benoît XVI pouvait être l’occasion, pour Nicolas Sarkozy et pour le pape, de mettre à nouveau les pendules à l’heure ". Revenant sur le discours prononcé à Rome le 20 décembre 2007 par le président Nicolas Sarkozy qui avait insisté sur les " racines chrétiennes de la France " et appelé à une " laïcité positive " contre une " laïcité épuisée " menacée par " le fanatisme ", le cardinal Jean-Louis Tauran a souligné que " ce discours a introduit une nouvelle orientation dans les rapports entre l’Eglise et l’Etat : le président a dit des choses que ses prédécesseurs n’avaient jamais dites […]. Pour le moment, nous en sommes encore au stade des promesses et c’est bien là le problème ".

Pour ce qui concerne l’Ecole, l’un des aspects du problème est celui des établissements privés sous contrat. Mais il est diablement important, puisque la très grande majorité des établissements catholiques sont ‘’sous contrat’’, et que la plupart des établissements ‘’sous contrat’’ appartiennent à l’enseignement catholique.

Ils ont été institués par la loi Debré du 29 décembre 1959, dont l’article 1 a été écrit de la main même du général de Gaulle : " Dans les établissements privés ayant passé un des contrats prévus, l’enseignement placé sous le régime du contrat est soumis au contrôle de l’Etat ; l’établissement, tout en conservant son caractère propre, doit donner l’enseignement dans le respect total de la liberté de conscience ; tous les enfants, sans distinction d’origine, d’opinion ou de croyance y ont accès ".

Cela a bien fonctionné ainsi si l’on en juge par l’origine des élèves. Les sociologues Gabriel Langouët et Alain Léger ont montré que presque la moitié des familles françaises confient à l’enseignement privé catholique sous contrat au moins l’un de leurs enfants pour au moins une partie de son parcours scolaire. Seulement 4 % des familles française confient à cet enseignement tous leurs enfants et pour toute la durée de leur scolarité primaire et secondaire. Toutes les enquêtes montrent que l’objectif d’une éducation religieuse est foncièrement minoritaire dans les raisons de ces placements ; et les chefs d’établissement ( et même le secrétariat pour l’enseignement catholique ) sont bien obligés d’en tenir compte.

Mais la hiérarchie catholique n’a jamais donné son aval à la différenciation entre l’enseignement proprement dit ( ‘’laïcisé’’ ) et l’établissement ( au ‘’caractère propre’’ ), caractéristique du dispositif et du ‘’compromis historique’’ gaullien.

Et pourtant la " Déclaration sur l’éducation chrétienne " qui a terminé le concile de Vatican II de 1965 aurait pu en être le cadre et l’occasion. Selon Edmond Vandermeersch ( qui a été quelque temps secrétaire général-adjoint de l’enseignement catholique ), " ce texte correspond à l’idée du caractère propre de la loi Debré, qui concerne l’éducation et la vie de l’établissement ( la ‘’communauté scolaire’’ ), et non pas l’enseignement " ( " La loi Debré. Paradoxes de l’Etat éducateur ? ", 2001 ).

L’épiscopat français ne s’est pas vraiment situé dans la perspective conciliaire dans sa " Communication relative à l’enseignement catholique " dont il est dit que " son apport original est de lier, dans le même temps et le même acte, l’acquisition du savoir, la formation de la liberté, l’éducation de la foi "

Vingt-cinq ans plus tard, le préambule du " Statut de l’enseignement catholique " promulgué par la conférence des évêques de France le 14 mai 1992 conclut on ne peut plus nettement : " L’Ecole catholique est un lieu d’évangélisation, d’action pastorale, non par le moyen d’activités complémentaires, parallèles ou para-scolaires, mais par la nature même de son action directement orientée à l’éducation de la personnalité chrétienne ".

L’illustration de cette position a été très ouvertement donnée par Max Cloupet ( secrétaire général de l’enseignement catholique ) dans " Le Monde " du 25 décembre 1993, en pleine bataille pour l’abrogation de la loi Falloux en faveur du privé : " L’Ecole catholique entend garder son caractère propre et proposer un regard chrétien sur le monde, y compris en mathématiques et en physique ". La bataille pour l’abrogation de la loi Falloux ayant été perdue ( et raison de puissantes manifestations laïques ), ces positions se sont faites beaucoup plus discrètes.

Fin 2006 ( signe des temps ? ) l’archevêque d’Avignon reprend ouvertement l’offensive. Il s’en prend à certains faux-semblants ou faux fuyants du réseau de l’enseignement catholique ‘’sous contrat’’ et dénonce " la dénaturation ou l’édulcoration du caractère propre des établissements catholiques, réduit à l’ambiance ou au climat ", ce qui permet – ajoute-il – de faire à certains commerce àbon compte : " ces établissements n’ont pas toujours à cœur de sortir d’une logique de compétition et d’élitisme qui oriente les inscriptions en fonction des résultats au bac. Toute logique d’entreprise ou marchande n’est pas véritablement proscrite des établissements catholiques d’enseignement ".( " Une Charte pour l’enseignement catholique dans le diocèse d’Avignon ", Parole et Silence, 2007 ).

La Congrégation pour l’éducation catholique ( qui est une sorte de ‘’ministère’’ de l’Education au Vatican) publie le 20 novembre 2007 un document d’orientation : " Eduquer ensemble dans l’école catholique ", et le Vatican soutient des positions voisines de Mgr Cattenoz.

Dès lors et jusqu’alors, dans son ensemble, il apparaît que sur ce dossier la hiérarchie catholique française se hâte lentement.

Mais que peut-il sortir du contexte d’une rencontre entre un Nicolas Sarkozy ( éloigné de la position gaullienne ) et d’un Benoît XVI ( à des années-lumières de Vatican II ) ?

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