C'est ce qui ressort à l'évidence d'une vaste enquête lancée depuis 2011 auprès de 6600 jeunes de 11 à 19 ans, dont les résultats viennent de paraître dans un ouvrage « Le récit du commun. L'histoire nationale racontée par les élèves » (Presses universitaires de Lyon) . Conclusion :« A l'encontre de ce que disent bien des politiques, les jeunes de manière générale entretiennent une relation affective et admirative avec ce qu'a été leur nation... En tant qu'héritiers d'une histoire nationale, ils font leur cette histoire ».

L'énoncé fondamental de cette enquête était très simple (et original) : « Raconte l'histoire de France telle que tu la connais, telle que tu t'en souviens » . Comme le souligne Françoise Lantheaume (professeure à l'université Lyon2, l'une des deux chevilles ouvrières de cette enquête avec Jocelyn Létourneau, de l'université Laval au Québec), « il ressort de notre enquête qu'un roman national très fort, beaucoup plus fort que ce qu'on imagine, demeure. Et cela, quel que soit l'âge, l'origine sociale ou géographique des élèves »

Dans les îles, la moitié des élèves ont eu un questionnaire différent, demandant de raconter « l'histoire du pays » et non « de France ». La comparaison avec les productions de l'autre moitié des élèves montre que les différences ont été minimes : en Corse, alternance de courtes évocations d'histoire corse avec des éléments consistants d'histoire nationale ; à la Réunion, des récits à dimensions plus géographiques et une certaine place accordée à l'esclavage, mais - là encore - avec des éléments importants d'histoire nationale (alors qu'il s'agissait de raconter  « l'histoire du pays »).

Un nombre important d'élèves font débuter leur « histoire de France » à la Révolution, certains à la Première ou à la Seconde guerre mondiale. La majorité d'entre eux commencent avec les Gaulois, ou plutôt la Gaule : « l'histoire de France » est d'abord située dans un territoire donné en tant que référence de base (quasi intemporelle). Comme le souligne Françoise Lantheaume, « Ce qui se dégage de ces récits, c'est que la France, qui a existé de tout temps sur le même territoire , depuis la Gaule, a connu beaucoup de guerres et de rois qui ont abusé. Face à eux, le peuple s'est révolté. Cela a abouti à la démocratie, comme une sorte de ''happy end ''de l'histoire » ( in « Le Café pédagogique » du 7 octobre)

Des conflits (avec leurs lots de souffrances) ont bien eu lieu : des guerres (où « la France » doit ''se défendre'') ; des révoltes ou des révolutions (afin que « le peuple » puisse s'émanciper). « Le peuple » est par ailleurs presque toujours une catégorie homogène (les groupes sociaux apparaissant en effet rarement dans les récits). L'histoire coloniale est un peu plus présente que la dimension sociale, mais elle reste très minoritaire (elle n'apparaît que dans 300 récits sur 6600).

En fait, aurait-on quasiment (déjà...) ce qui est réclamé et promis à grand bruit par quatre des plus importants candidats à la primaire de droite : Copé, Fillon, Le Maire, Sarkozy? Quelle histoire! Les'' Lumières'' (''historiques'') éblouiraient-elles finalement au lieu d'éclairer ? Condorcet, reviens ! Souvenons-nous de sa mise en garde  « contre ceux qui proposent de s'emparer des premiers moments de l'homme pour le frapper d'images, et de ne conduire à la ''raison'' qu'au milieu des prestiges de l'imagination et du trouble des passions. Permettre d'éblouir les hommes au lieu de les éclairer, de les séduire pour la ''vérité'', de la leur donner comme un préjugé, c'est consacrer toutes les folies de l'enthousiasme, toutes les ruses du prosélytisme... »

 

 

 

 

 

 

 

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