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Billet de blog 10 nov. 2014

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Le numérique à l'Ecole: une (vieille) affaire présidentielle?

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Jeudi dernier, François Hollande a annoncé pour la troisième fois, en l'amplifiant, un grand plan numérique pour l'Ecole. A l'instar de François Mitterrand, une trentaine d'années plus tôt, et lui aussi à la télévision,

 Le 2 janvier 1983, François Mitterrand déclare en effet à la télévision que « l’école elle-même devra s’adapter à l'informatique si elle veut diffuser des pédagogies non pas comme on le faisait […] il y a cinquante ans, mais comme on le fera […] dans cinquante ans » . Et il annonce qu’une commande de cinq cents ordinateurs a été effectuée pour les écoles de la Nièvre (''son'' département). Mais François Mitterrand s’aperçoit vite que le ministère de l’Education nationale dirigé par Alain Savary, qui n’avait pas été prévenu préalablement, rechigne à les payer. L’affaire traîne et l’agace : en août, il mentionne sur la note que lui remet un collaborateur : « Peu importent les oppositions ; il faut que cela soit fait ».

« Cela sera fait », mais dans un tout autre contexte, non pas à l'initiative (encore une fois...) du nouveau ministre de l'Education nationale nommé en juillet 1984 (à savoir Jean-Pierre Chevènement) mais sous l'impulsion du nouveau Premier ministre Laurent Fabius. Son plan ''informatique pour tous'' est annoncé le 25 janvier 1985 : « Il s’agit d’initier à l’outil informatique tous les élèves de toutes les régions de France. Les onze millions d’élèves de nos établissements publics pourront désormais, dans chaque commune, avoir accès à l’ordinateur au cours de leur scolarité afin de permettre une meilleure égalité des chances ».

Cent mille micro-ordinateurs doivent être installés avant la fin de l’année 1985. Le Plan ''informatique pour tous'' est bien accueilli initialement par les enseignants qui font preuve d’une bonne volonté massive, puisqu’il y a plus de trois candidatures pour chacune des 100000 places de stages d’initiation ( pourtant prévus pendant les vacances scolaires...).

Comment expliquer alors ce que l’Inspection générale n’hésite pas à appeler très vite un « semi-échec » ? Trois questions plus ou moins bien résolues peuvent être évoquées (et elles resteront ensuite récurrentes) : les équipements, la formation des enseignants, les objectifs pédagogiques de l’opération.

Les équipements sont le plus souvent inadaptés à leurs usages possibles effectifs ; et ils posent le problème de leur maintenance, généralement mal résolue. La formation des enseignants a été en général limitée à la manipulation du matériel. Peu d’entre eux ont pu appréhender les différentes possibilités pédagogiques de l’informatique et saisir l’apport original que pouvait apporter une prise en compte judicieuse de ce nouvel outil. Ils ont encore moins pu débattre des usages pédagogiques les plus opportuns qu’ils pouvaient faire dans leurs propres classes respectives. Enfin et surtout, mais cela n’est pas sans lien, le ministère de l’Education nationale n’était pas prêt pour définir des objectifs pédagogiques clairs aux différents niveaux du système scolaire.

La ''souris'' et Internet vont être l’occasion de donner un second souffle et un second départ à l’informatique dans le système scolaire. Un mouvement rapide d’équipements et de connexion de tous les établissements scolaires sur Internet s’amorce aux Etats-Unis en 1995, puis s’étend les années suivantes à la plupart des pays d’Europe de l’Ouest.

En novembre 1996, le Premier ministre Alain Juppé demande un rapport sur le développement du multi-média à l’Ecole. Une fois encore, on aura remarqué que l’initiative ne vient pas du ministre de l’Education nationale, mais du Premier ministre, à l’instar de l’annonce du Plan IPT faite par le Premier ministre Laurent Fabius en 1984. Et, une fois encore, le Chef de l’Etat monte en première ligne sur cette question. Le président de la République François Mitterrand était intervenu sur le sujet dès le début des années 80 ; le Président de la République Jacques Chirac n’attend pas le bouclage du rapport commandé pour se prononcer à la télévision, le 10 mars1997 : « Je veux que pour l’an 2000, c’est-à-dire dans trois ans, tous les établissements d’enseignement secondaire soient connectés au réseau. Et ça le ser».

Le rapport rédigé par Alain Gérard (sénateur RPR du Finistère) souligne que« seul l’effort combiné de l’Etat, des collectivités locales et des partenaires privés pourra permettre de faire face à cet enjeu pour le système éducatif ». Le rapport met surtout en évidence « l’enjeu essentiel » de la formation des enseignants aux nouvelles technologies (et à leurs applications pédagogiques ) sans laquelle « rien ne se fera ». Il préconise en particulier que « les concours de recrutement imposent systématiquement, et au minimum, une réflexion sur les transformations que les technologies modernes induisent dans les schémas traditionnels de l’enseignement ». Il insiste pour que des crédits nouveaux soient mis à la disposition des MAFPEN ( dont le budget a diminué de moitié en cinq ans ), afin qu’elles puissent assurer une formation continue accélérée indispensable.

Enfin le rapport propose un nouveau modèle de développement : « Le temps des plans nationaux d’équipement est révolu. Tout équipement doit répondre à un projet d’établissement […]. Les usages se développeront si les enseignants et les chefs d’établissement participent au processus d’acquisition ».

Le temps que le rapport soit fait, la dissolution de l'Assemblée nationale voulue par Jacques Chirac aboutit à l'élection d'une majorité de gauche et à une cohabitation durant laquelle le gouvernement est dirigé par le Premier ministre Lionel Jospin

Le 17 novembre 1997, Claude Allègre et Ségolène Royal ( ministre déléguée chargée de l’enseignement scolaire ) présentent un plan d’introduction des nouvelles technologies de l’information et de la communication ( NTIC ) « de la maternelle à l’université ». Ils soulignent qu’il ne faut pas répéter les erreurs du passé et que leur plan a l’ambition d’une politique globale prenant en compte à la fois l’équipement, la production de logiciels et la formation des enseignants.

L’Etat va dépenser « un peu plus d’un milliard de francs » chaque année pendant trois ans. Si l’on inclut la participation souhaitée des collectivités territoriales, la dépense peut être estimée à 15 milliards de francs.

Six mois plus tard, les services du ministère estiment que le nombre des connexions a doublé : tous les établissements d’enseignement supérieur, 80% des lycées, 40% des collèges et 5% des écoles sont raccordés au réseau Internet. En février 1999, on arrive à 85% des lycées, 53% des collèges et 10% des écoles. La connexion des établissements de l’enseignement primaire progresse certes d’année en année, mais elle prend du retard par rapport à l’objectif initial proclamé, puisque seulement 35% des écoles sont raccordées à la fin de l’année scolaire 2000.

En ce qui concerne la formation des maîtres, certaines décisions sont effectivement prises et certaines mesures sont réellement appliquées. Dans le cadre d’un plan d’urgence en faveur des Instituts universitaires de formation des maîtres ( IUFM ), 60 millions de francs sont débloqués en 1998 pour l’installation de salles multimédias. Mille jeunes titulaires d'un doctorat doivent être recrutés pour former les futurs enseignants aux « NTIC ». Sur les 33000 emplois-jeunes embauchés par l’Education nationale, plus de 8000 le sont sur un « profil informatique ». Enfin le tiers des offres de formation continue proposées aux enseignants doit être consacré aux « NITC », contre 4% en 1996.

Mais la vraie difficulté, en définitive, c’est l’orientation à donner et à prendre pour que cette nouvelle technologie soit utilisée de façon pertinente et optimale en classe, dans le système éducatif. Le 17 novembre 1997, dès le lancement du plan d’introduction des nouvelles technologies de l’information et de la communication, Ségolène Royal souligne que « le projet pédagogique doit être le moteur de l’équipement technique et non l’inverse » et Claude Allègre déclare qu’au delà des « tuyaux et de la quincaillerie » il s’agit d’ « un changement profond de civilisation et de pédagogie ». Puis, dans un éclair de lucidité ou un accès de sincérité, il reconnaît que « le pari n’est pas automatiquement gagné : l’objectif sera atteint si les nouvelles technologies sont intégrées dans la pédagogie ; mais, pour l’instant, aucun pays n’a réalisé cette intégration ».

On connaît la suite, et la situation dans laquelle nous nous trouvons après l'annonce faite jeudi dernier par le président de la République François Hollande

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