Orientation et programmation pour un changement de cap?

Au moment de la loi d’orientation ‘’Jospin’’ de 1989, les sociologues Baudelot et Establet écrivent qu’ « il n’y a aucune raison que la situation s’améliore tant qu’on comptera sur la hausse du plafond pour relever le plancher ». Et ils concluent qu’il s’agit de « ne plus considérer l’école depuis son sommet, mais à partir de sa base ». Les deux sociologues n’ont guère alors été entendus pour aller dans le sens de cette ‘’révolution copernicienne’’

Au moment de la loi d’orientation ‘’Jospin’’ de 1989, les sociologues Baudelot et Establet écrivent qu’ « il n’y a aucune raison que la situation s’améliore tant qu’on comptera sur la hausse du plafond pour relever le plancher ». Et ils concluent qu’il s’agit de « ne plus considérer l’école depuis son sommet, mais à partir de sa base ». Les deux sociologues n’ont guère alors été entendus pour aller dans le sens de cette ‘’révolution copernicienne’’ (au rebours de notre ‘’élitisme’’ dit ‘’républicain’’). Mais on peut penser que l’on y est enfin. Et certains en perdent du coup leur latin (ou le ‘’Nord’’ ) .

Le thème de la « refondation de l’Ecole républicaine » doit en effet d’abord et avant tout être compris comme la priorité enfin donnée aux « fondations »  (c’est-à-dire à l’école maternelle et à l’école élémentaire, puis au collège) et à ce qui est jugé ‘’fondamental’’ ( à savoir la qualité et la formation professionnelle des enseignants, la question de la culture qui doit être effectivement maîtrisée par chacun, l’attention privilégiée aux élèves ‘’fragiles’’) .
Comme on a pour la première fois un projet de loi non seulement d’orientation mais aussi de programmation (une nouveauté effective trop souvent négligée par nombre d’observateurs) , on peut juger s’il y a bien un « amorçage du changement de cap » en ce sens, notamment en examinant quelles sont les priorités qui président à la répartition programmée des 60000 postes supplémentaires promis lors de la campagne des présidentielles par François Hollande.
Sur les 54000 postes qui seront créés dans l’Education nationale durant le quinquennat ( 5000 le seront dans le supérieur et 1000 dans l’agriculture), il est prévu que pas moins de la moitié ira à la formation des enseignants ( 26000 postes d’enseignants stagiaires et 1000 postes de formateurs) : un effort sans précédent et un choix capital.
La priorité à l’école primaire est, elle aussi, très clairement affirmée dans la programmation prévue (en même temps que le souci de porter une attention privilégiée aux élèves ‘’fragiles’’). L’enseignement primaire bénéficiera en effet de 14000 postes supplémentaires d’ici 2017 (dont 3000 consacrés à la scolarisation des moins de 3 ans dans les zones ‘’difficiles’’ ou rurales, et 7000 maîtres ‘’surnuméraires’’ pour instaurer une prise en charge différente de la difficulté scolaire). L’enseignement secondaire n’aura que 7000 postes supplémentaires (qui devraient aller surtout aux collèges, dans des établissements ‘’sensibles’’). Sans compter 6000 postes supplémentaires dans les domaines éducatifs, administratifs, sociaux ou de la santé.

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