A en croire certains (dont J-P Brighelli hier dans « Libération »), noter sur 20 serait on ne plus évident voire naturel, alors que ce type de notation est apparu en France il y a moins d'un siècle un quart, et uniquement pour l'enseignement secondaire (alors réservé à une toute petite élite).

La notation sur 20 est apparue en effet seulement en 1890 (en même temps que le baccalauréat ''moderne'') par l'arrêté du 5 juillet 1890. L'article 21 indique que "dans les compositions, chaque copie aura sa note chiffrée de 0 à 20".

Mais cela ne va pas sans quelque embarras dès le début, au niveau même de la Direction de l'enseignement secondaire, qui n'hésite pas à déclarer publiquement dix ans plus tard, en 1900 : « C'est une chose très digne de remarque que notre pays soit le seul, ou peut s'en faut, où les compositions et les classements ont pris dans l'éducation publique la part que nous leur accordons, le seul où la notation peut se faire sur 20. Nos usages à cet égard font sourire les étrangers et leur cause plus de surprise que d'envie ».

Il est non moins remarquable que ce type de notation (sur 20 et ''classante'') apparaît comme délibérément réservé à une élite sociale (celle de l'enseignement secondaire public, alors encore payant), mais n'est pas destiné aux élèves des écoles communales (gratuites depuis1882).

Ferdinand Buisson (qui a été placé par Jules Ferry à la tête de l'enseignement primaire où il restera 17 ans) indique dans l'édition de son « Nouveau dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire » ( paru en 1911 ) que « si le souci de la prééminence est un mal, c'est un mal nécessaire qui paraît devoir s'imposer non pas à toute éducation, mais seulement à l'éducation de toute une classe d'enfants de la bourgeoisie : dès qu'il s'agit des millions d'enfants de nos écoles primaires, l'émulation normale les stimule à faire effort pour obtenir l'approbation du maître sans se préoccuper de l'obtenir à l'exclusion des autres ou à un plus haut degré qu'aucun d'eux ».

Environ un demi-siècle plus tard, une certaine démocratisation ayant accompagnée les réformes scolaires de la période gaullienne (notamment la création du collège d'enseignement secondaire en 1963), le ministre de l'éducation nationale Alain Peyrefitte fait une importante communication au Conseil des ministres du 28 février 1968 où il déclare d'entrée de jeu que « la réforme de l'enseignement engagée depuis 1959 a profondément modifié les cadres de l'organisation scolaire, le contenant. Pour donner tout son sens à cette œuvre, il faut s'occuper du contenu. La démocratisation amène dans l'enseignement secondaire des enfants qui ne sont pas justiciables des méthodes qui réussissent auprès des enfants culturellement favorisés. Les méthodes pédagogiques n'ont guère évolué depuis le siècle dernier. Rien n'est plus difficile que de faire changer l'esprit et les méthodes ».

Le mois suivant, en mars 1968, se tient à Amiens un colloque présidé par Alain Peyrefitte dont le rapport final indique « les grandes lignes d’une rénovation pédagogique », et stigmatise en particulier « les excès de l’individualisme qui doivent être supprimés en renonçant au principe du classement des élèves, en développant les travaux de groupe, en essayant de substituer à la note traditionnelle une appréciation qualitative et une indication de niveau ( lettres A,B,C,D,E ) ».

Quelques mois plus tard, le nouveau ministre de l'Education nationale Edgar Faure fait aboutir les réformes qui étaient prêtes ou prêtes à être acceptées dans une certaine mesure, en particulier la suppression des compositions, des classements et des remises de prix ; et le remplacement de la notation de 0 à 20 par une notation de A à E. Sa circulaire du 6 janvier 1969 incrimine l'arrêté du 5 juillet 1890 en indiquant qu'il s'agit « d'éluder l'obsession de la note presque aussi pernicieuse que l'obsession de la ''place'' ». Et les enseignants sont invités à abandonner « sans regret » le système de notation mis en place à la fin du XIXième siècle.

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