Mai-68 et l'individualisme: Blanquer à contre-sens

Le ministre de l'Education nationale se pose en hérault du "collectif" face à ce qui serait "une dérive de Mai-68: l'extrême individualisme". Imposture ou simple méconnaissance?

Dans " La Dépêche du Midi" de samedi dernier, Jean-Michel Blanquer a affirmé que " l'une des deux dérives de Mai-68, c'est l'extrême individualisme dont souffre notre société. Aujourd'hui on doit rechercher ce qui permet de créer du collectif" 

La déclaration finale du 17 mars 1968 du célèbre colloque d'Amiens (cf mon premier billet sur Médiapart en date du 15 mars 2008) tenu en présence du ministre de l'Education nationale Alain Peyrefitte avait stigmatisé" les excès de l'individualisme qui doivent être supprimès en renonçant au principe du classement des élèves, en développant les travaux de groupe, en essayant de substituer à la note traditionnelle une appréciation qualitative et une indication de niveau (lettres A,B,Ç,D,E)"

Quelques mois après mai-68, le nouveau ministre de l'Education nationale Edgar Faure fait aboutir des réformes qui étaient prétes à être acceptées dans une certaine mesure, en particulier la suppression des compositions, des classements et des remises de prix; et le remplacement de la notation de 0 à 20 par une notation de Á à E. Sa circulaire du 6 janvier 1969 indique qu'il s'agit d'"éluder l'obsession de la note presque aussi pernicieuse que celle de la place". Chiche, monsieur le ministre: bis répétita?

Le 27 juillet 2007, sur France Culture, Jean-Michel Blanquer invoque comme fil conducteur de ses choix une philosophie de l'éducation avec une référence majeure:"l'esprit Montessori" (qui s'incarne essentiellement dans des écoles privées), mais il ne lui vient pas à l'esprit de reprendre à son compte "l'esprit Freinet" (qui est pourtant présent au sein même de l'Education nationale dont il est le ministre). Et cela alors même que la différence fondamentale entre "l'esprit Montessori" et "l'esprit Freinet" c'est la "coopération" - le maître mot de la mouvance Freinet - la coopération entre les élèves (et aussi entre les enseignants) en vue d'une responsabilisation progressive par le collectif, dans le cooectif, pour le collectif.

Allons, monsieur le ministre, encore un effort pour atteindre un minimum de cohérence! Au prix d'une conversion soudaine?

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