Concours général: un élitisme soi-disant républicain hors de saison?

Cet après-midi , Blanquer va rehausser de sa présence la remise des prix aux lauréats du concours général. Encore un concours ''républicain'' comme on le proclame souvent étourdiment, à l'instar du concours de l'agrégation? Sans compter l'adjectif'' républicain'' indûment accolé à l'examen du baccalauréat actuel..

On ne voit pas en effet en quoi l'examen du baccalauréat peut être dit ''républicain'' parce qu'il serait jugé par un jury extérieur à l'établissement où il a été préparé. Car cela a existé dès sa naissance, sous le Premier Empire, et s'est poursuivi sans failles sous deux régimes royaux ( la ''Restauration '' et la ''Monarchie de Juillet'') sans compter le ''Second Empire''....

Pour ce qui est du concours général, son historique n'est pas non plus de nature à lui conférer une ''essence'' d'ordre ''républicaine''

Lors de la remise des prix du concours général en juillet 2009, il y a tout juste dix ans, Luc Chatel (le ministre sous lequel Blanquer a été DGESCO) n’a pas craint de dire à la fois que c’est « un symbole magnifique de la pérennité de notre système éducatif par-delà les siècles », et « un élément clé de cette méritocratie républicaine qui tient tant à cœur au président de la République ».

Qu’est-il au juste ? Il est fort possible qu'il soit une création d’Ancien Régime  et non pas un concours emblématique de la République . Et aussi le résultat d’une résurrection, puis d’une généralisation dans les moments forts ‘’bonapartistes’’...

Le concours général a été fondé à partir des dispositions testamentaires d’un chanoine de Notre-Dame, l’abbé Le Gendre, et réservé initialement aux collèges de l’université de Paris. La première distributions des prix eut lieu le 23 août 1747, en présence du Parlement de Paris, sous la présidence de Maupeou, futur chancelier.

Le concours général est supprimé sous la première République, par la Convention, en 1793.

Le concours général est rétabli en 1803 ( sous Napoléon Bonaparte, premier Consul ), pour les seuls lycées de Paris (qui viennent d’être créés par le même, en 1802). Il est étendu en 1864 à l’ensemble de la France par Victor Duruy - ministre de l’Instruction publique de Napoléon III - sous la forme d’un concours à deux étages : les Académies organisent chacune leur propre concours ( dit ‘’concours académique’’ ) suivi d’un Concours Général des départements entre les lauréats des concours académiques ( les académies de Paris e de Versailles gardant leur propre Concours Général ).

La troisième République ne supprime pas d’emblée le concours général (même si elle supprime, en 1880, les ‘’concours académiques’’ ). Le concours général des départements est dans un premier temps maintenu (ainsi que les deux concours de Paris et Versaille ).

Mais, en 1904, le concours général est totalement supprimé, à la suite de polémiques qui portent essentiellement sur le fait qu’il serait devenu difficile à organiser à la suite de la réforme de 1902 (qui reconnaît pour la première fois la pleine dignité d’un enseignement secondaire moderne - avec ses disciplines ad hoc- aux côtés de l’enseignement secondaire classique), et qu’il est considéré par certains comme une gêne dans la préparation du baccalauréat ( la préparation intensive des élèves candidats au concours pouvant se faire au détriment des autres élèves).

Le ministre de l’Instruction publique d’un gouvernement de la Chambre bleue horizon, Léon Bérard (très attaché au secondaire classique et hostile au secondaire moderne), rétablit en 1921 le Concours Général ( qui est dès lors limité aux classes de premières et terminales, et prend sa forme nationale actuelle, en 1923, par abolition de la distinction entre Paris et la province ).

L’association des Lauréats du concours général - fondée en 1922 lors du rétablissement du concours général après la Première Guerre mondiale - a joué un rôle de premier plan dans le maintien du concours, lorsque sa suppression fut une deuxième fois envisagée, au début des années 1970.

On le voit, il est difficile de prétendre que le concours général est historiquement emblématique de la République.

Finalement, qu’est-ce qu’avait voulu dire le ministre de l’Education nationale Luc Chatel en affirmant que le concours général a contribué à « faire de la France un pays hors norme » ? Un pays qui se caractérise par sa prédilection pour les concours ? Un pays de l’excellence dans la distinction ? Un pays – pour ceux qui le prennent en mauvaise part – de « bêtes à concours » ?

Bref, dix ans après, cela est devenu ''brûlant'' (au point de ''sentir le fagot)? Le ministre de l'Education nationale Blanquer va-t-il s'exposer en l'occurrence ou sortir des propos plus ou moins oiseux?

PS1: un ami m'a adressé le commentaire suivant qui ne manque sans doute pas de pertinence dans le contexte actuel agité: "quant aux propos ministériels, ça me rappelle ce propos de Pierre Dac: ''parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux grands principes de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir'' ( au moins pendant ce temps là, il n'y aura plus de propos incendiaires sur le bac).

PS2: Cela n'a pas manqué. Selon "Le Figaro.fr L'Etudiant'' du 12 juillet, "si cette distinction vous honore, elle vous engage tout autant à incarner les valeurs de la République'' a rappelé aux jeunes diplômés le ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse Jean-Michel Blanquer''

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