Polémique Hamon-Pisani sur le coût élevé du secondaire: le point

Dans ''Les Echos'' du 1er août, le ministre de l'Education nationale Benoît Hamon a déclaré "n’avoir pas du tout apprécié" une récente note de ''France Stratégie'' pointant des économies possibles dans l’enseignement secondaire. L’économiste Jean Pisani-Ferry qui dirige l'instance, lui a répondu tout de go le 7 août. Point (provisoire).

Dans ''Les Echos'' du 1er août, le ministre de l'Education nationale Benoît Hamon a déclaré "n’avoir pas du tout apprécié" une récente note de ''France Stratégie'' pointant des économies possibles dans l’enseignement secondaire. L’économiste Jean Pisani-Ferry qui dirige l'instance, lui a répondu tout de go le 7 août. Point (provisoire).

La note de « France Stratégie » avait notamment avancé que l’enseignement secondaire français présente un mauvais rapport "coût/efficacité", contrairement à d'autres pays européens comme l'Allemagne.  Le ministre Benoît Hamon a jugé "regrettable" que ses services n’aient pas été interrogés pour apporter leur expertise. Et il a dénoncé "le caractère lapidaire de l’analyse proposée" alors que la note traite de sujets "éminemment complexes".

L'économiste Jean Pisani Ferry lui a répondu le 7 août (dans une tribune publiée par « LesEchos) que « par nature, une étude fondée sur une approche 'top down' ne peut prétendre à la même granularité qu'une investigation sectorielle spécifique. Inévitablement, l'étendue du champ couvert se paie d'une moindre précision. L'étude le souligne : l'approche retenue donne une vue d'ensemble mais doit être complétée par des travaux détaillés qui permettent de confirmer ou d'infirmer les présomptions auxquelles elle aboutit.  Ces réserves, cependant, ne retirent rien à l'utilité d'une analyse destinée à éclairer une question essentielle mais mal documentée. En ces temps d'effort budgétaire, la décision politique et le débat public ont besoin d'être nourris d'analyses factuelles sur la raison d'être de notre niveau de dépenses publiques ».

A cet égard, le mieux serait sans doute de partir des acquis réunis dans le chapitre « les comparaisons internationales » du rapport publié par la Cour des comptes en mai 2010 (« L'éducation nationale face à la réussite de tous les élèves »).

Selon les chiffres de 2006 ( les derniers alors disponibles) , « La France se situe, par rapport à la moyenne de l'OCDE, à un niveau de dépenses annuelles par élève inférieur de 5% pour l'école maternelle et de 15% pour l'école primaire ; mais en revanche supérieur de 10% pour le collège, et surtout de 26% pour le lycée »

Le rapport de la Cour des comptes de mai 2010 souligne à juste titre que, si on veut comparer de façon plus précise le coût du système scolaire français, il est utile de « distinguer l'effet respectif de différents facteurs explicatifs du coût salarial par élève », c'est-à-dire le niveau de salaire des enseignants, le nombre d'heures de cours données aux élèves, la charge horaire moyenne pesant sur chaque enseignant, et la taille des classes.

Au collège, le coût salarial par élève en France (2.392 dollars), reste inférieur à la moyenne de l'OCDE : la France se situe à cet égard en 22ème position sur 28 pays. Ce coût salarial moins élevé (écart de -526 dollars) s'explique par un salaire moyen des enseignants plus faibles (-347 dollars) et par une taille des classes plus importantes (-803 dollars) ; en revanche, le temps d'instruction des élèves est plus élevé que dans la moyenne de l'OCDE (+315 dollars), et le temps d'enseignement des enseignants moins élevé (+310 dollars)

Au lycée, le coût salarial par élève (3.498 dollars) est un peu supérieur à la moyenne de l'OCDE. Mais si le salaire moyen par enseignant est à nouveau plus faible (-654 dollars), le temps d'instruction par élève est en revanche sensiblement plus élevé(+549 dollars), alors que les effets du temps d'enseignement des enseignants (+194 dollars) et de la taille des classes (+24 dollars) sont relativement limités.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.