Une préconisation sarkozienne bien timide en regard d'autres propositions et de l'histoire
Nicola Sarkozy a annoncé fin octobre qu'un accompagnement destiné « à combler les lacunes ou à donner des méthodes de travail » devra être offert désormais aux lycéens à raison de deux heures hebdomadaires. Si cela est effectivement réalisé ce ne sera pas rien. Et cela ira dans le sens de la démocratisation, car ce n'est pas dans la sphère privée que la plupart des élèves d'origines populaires peuvent recevoir de l'aide dans ces domaines.
Mais on peut voir aussi dans cette annonce un certain manque de détermination et de clarté, par rapport à d'autres propositions. Ainsi, le rapport parlementaire rédigé par l'UPM Benoist Apparu en juin de cette année, s'était prononcé, lui, non pas pour deux heures mais pour trois heures d'accompagnement, en plus des 27 heures de cours qui auraient été dévolus à chaque élève en moyenne. Le service des professeurs aurait alors été réparti en 15 heures de cours et 3 heures d'accompagnement ( ce qui aurait été une petite, mais une vraie révolution ).
Il faut savoir que le temps des études ( et des études dûment encadrées et non pas simplement surveillées ) a été manifestement le premier pour les élèves du secondaire tout au long de la troisième République. Ils avaient, en effet, en moyenne , 30 heures d'étude, contre seulement 24 heures d'enseignement par semaine. Et cela alors qu'il y avait moins de 3% d'une classe d'âge qui fréquentaient les collèges et lycées, une étroite élite donc.
Il faudrait quand même réfléchir à ce phénomène qui laisse songeur. Au fur et à mesure que le recrutement du secondaire s'est élargi bien au-delà d'une élite ( voire ‘'massifié'' ), le temps hebdomadaire d'enseignement a augmenté ( atteignant souvent les 30 heures de cours, contre seulement 24 heures jusqu'au milieu du XX° siècle ) ; alors que le temps de l'étude dûment encadrée s'est, au contraire, réduit comme peau de chagrin.
C'est d'ailleurs ce qu'avait pointé, en 1983, un célèbre rapport ministériel rédigé par l'historien Antoine Prost, intitulé de façon suggestive « Les lycéens et leurs études », où figurait une forte recommandation : « 4 heures de cours proprement dits par jour est un maximum à ne pas dépasser. Le dépassement constitue une escroquerie pratiquée par les adultes aux dépens de la majorité des élèves. Il faut permettre le travail personnel des élèves, au domicile ou au lycée ». Un quart de siècle après, on voit où l'on en est.
Enfin il est à craindre que, en choisissant de ne pas prendre de front et dans la clarté le problème, il y ait finalement beaucoup d'empêchements et que l'on n'aille pas très loin. Le flou entretenu sur qui va décider les répartitions horaires, avec quels moyens en hommes et en heures, soustraits à quelles heures de classes et à quelles disciplines risque en effet d'aboutir in fine à la confusion et à l'enlisement. Et les propositions faites ces deniers jours par le ministre de l'Education nationale Luc Chatel ( qui doit se charger de ce dossier à ses risques et périls ), ainsi que les réactions suscitées sont loin d'être de nature à infirmer ce diagnostic.