L'agrégation dans la tourmente de la mastérisation

La mastérisation risque de fragiliser le concours de l’agrégation et les ENS, d’autant qu’elle divise nombre de ses tenants traditionnels ( la Société des agrégés, le SNALC et l’Autonome Sup d’une part, qui s’opposent aux quatre ENS d’autre part ).

 

 

Le décret du 29 juillet 2009 précise que " peuvent se présenter au concours externe de l’agrégation les candidats justifiant de la détention d’un master " ( alors que pour les autres concours enseignants, il suffit d’une simple inscription en deuxième année de master ).

Pour la Société des agrégés, ainsi que pour le SNALC et l’Autonome Sup ( deux syndicats d’enseignants, l’un du secondaire, l’autre du supérieur, classés traditionnellement à droite ) c’est un acquis majeur et non négociable : cela permet de maintenir une distinction de durée de formation ( monnayable ) entre les futurs certifiés ( cinq ans d’étude, dont une pour préparer le concours ) et les futurs agrégés ( cinq ans d’études, plus une pour préparer le concours ).

 

Mais les quatre ENS ne sont pas du tout dans la même position ni les mêmes dispositions, bien au contraire, et s’estiment mises en difficulté ( ainsi que l’agrégation ) par cette exigence particulière ( alors qu’elles peuvent faire valoir qu’elles participent pour plus d’un tiers à la formation des reçus à l’agrégation : 39% en 2009 ).

Fait totalement inhabituel, le Directeur de l’Ecole normale supérieure de Cachan, Jean-Yves Mérindol, a lancé un véritable cri d’alarme quasi public en adressant, le 25 novembre, une lettre aux enseignants-chercheurs de l’Ecole, à propos des " conséquences des réformes en cours sur l’agrégation ".

 

Le groupe chargé de travailler sur l’agrégation a fait plusieurs propositions, souligne-t-il, dont celle de revenir sur la condition de diplômes posée par ce décret. Les ministres viennent de faire savoir qu’ils ne retenaient pas a priori cette idée et que le concours 2011 se ferait bien dans les conditions fixées par le décret de juillet 2009. Les dates prévues pour les concours d’agrégation sont les suivantes : épreuves d’admissibilité en avril, puis admission vers juin-juillet. Ce calendrier reste proche de celui qu’on connaît aujourd’hui, mais est donc décalé d’un an dans la scolarité des étudiants […] ;

Les normaliens de deuxième année ne vont pas, sauf rare exception, avoir un M2 en octobre 2010. Ce qui signifie qu’une très grande partie de cette promotion ne sera pas en état de passer l’agrégation l’an prochain. Ce qui va nous obliger, dans de nombreux cas, à fermer les préparations aux concours pour l’année 2010-2011 ".

 

Et le directeur de l’ENS de Cachan conclut sa lettre par quelques commentaires bien sentis : " Au delà des aléas pénibles de l’année 2010-2011, au-delà de la forte désorganisation nationale des concours d’agrégation de la session 2011, les décisions ministérielles vont conduire, dans la plupart des disciplines, une majorité de normaliens et d’étudiants à ne plus préparer l’agrégation, préférant passer directement du M2 à la préparation d’une thèse [ …]. Cette réforme va diminuer le nombre de personnes formées à la fois à la recherche, via la thèse, et à une vision synthétique d’un large champ disciplinaire, via la préparation à l’agrégation. Restent les fortes conséquences pratiques et symboliques, sur l’agrégation que le ministère de l’Education nationale, qui s’est obstiné à maintenir les dispositions publiées en juillet 2009, devra savoir expliquer et maîtriser ".

 

Des commentaires à méditer, à l’évidence ; et des mises en garde à suivre…

 

 

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