Vers un enseignement du fait laïque?

Blanquer vient de confier à Jean-Pierre Obin une mission destinée à unifier et améliorer la formation à la laïcité des enseignants et chefs d'établissements. En restera-t-on à une énième mouture de l'enseignement du «fait religieux» ou bien ira-t-on au cœur du sujet à savoir l'enseignement du «fait laïque» ?

Les conclusions de la mission qui va être conduite par l'ex-inspecteur général Jean-Pierre Obin doivent être rendues rapidement, en avril. Elles sont déjà en principe fort orientées si l'on en juge par ce qu'a déclaré Jean-Pierrre Obin au « Figaro » de jeudi dernier :« La conclusion du dernier rapport de l'Inspection générale rendu à l'automne, pointe un défaut d'unité sur la conception même de la laïcité parmi les enseignants et même parmi les cadres de l'Éducation nationale. Il faut donc se recentrer sur une conception d'ensemble de la République, qui est celle du gouvernement et celle du Conseil des sages »

Il y a bien sûr lieu de se méfier pour des raisons qui vont de soi, mais aussi parce qu'il y a tout un passé et un passif qui sont généralement inaperçus mais qui sont fort étranges quand on y songe.

Au cours de la campagne présidentielle du printemps 2012, François Hollande avait en effet évoqué que l’on devrait enseigner le «fait laïque» à l’Ecole. Le 17 mars  2012, la FCPE  (la principale fédération de parents d’élèves de l’Education nationale) avait  invité les candidats à répondre à une batterie de questions sur l’Ecole. Et, lors de son audition, François Hollande avait déclaré qu’il serait opportun d’enseigner le « fait laïque » à l’Ecole (à l’instar du ‘’fait religieux’’ avait-il dûment précisé).

Cette idée était alors portée en particulier par  Vincent Peillon qui était chargé du thème de l’éducation dans l'équipe de campagne de François Hollande. Le 1er mars 2012, dans un entretien sur "France Culture", Vincent Peillon avait d'ores et déjà plaidé pour une « reconquête de la laïcité à l'Ecole». Interrogé sur l'enseignement du «fait religieux» il avait estimé que cet enseignement était mieux mis en place que l'enseignement du « fait laïque ». Et il avait  même déclaré « découvrir qu'il n' y avait aucun enseignement de la laïcité pour les élèves », et que l'«on ne préparait pas les enseignants à ces valeurs ».

On en est toujours là pour l'essentiel ; et il serait souhaitable de ne pas louper, une fois encore, le cap essentiel..

Pourtant cette question de la laïcité et de ses conditions de possibilité ne peut être que centrale dans une école républicaine et laïque. Et, depuis longtemps, comme on peut le saisir par exemple dans l’extrait suivant de l’article « laïcité » du célèbre Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, dirigé par Ferdinand Buisson et paru en 1911. « Que faut-il entendre par laïcité de l’enseignement ? […] C’est la séparation de l’église et de l’école. L’instituteur à l’école, le curé à l’église, le maire à la mairie […]. Mais est-il possible de s’en tenir à ces lignes générales ? Le culte de la logique, que nous professons plus peut-être qu’un autre peuple, n’exige-t-il pas que nous disions où commence et où finit la laïcité ? Suffit-il que le prêtre n’entre pas dans l’école, que le catéchisme n’y soit pas enseigné ni les prières récitées, pour que l’enseignement soit laïque ? »

Encore faudrait-il en la matière non seulement former les professeurs (et les élèves) au « fait religieux », mais aussi et surtout au « fait laïque ». C’est certes difficile et ce serait inédit. Mais il est temps d'en finir avec cette configuration très étrange où la question de l'enseignement du ''fait religieux'' l'emporte (voire occulte) celle de l'enseignement du ''fait laïque'' !

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