Une mise à l'index de l'ABCD de l'égalité?

À Saint-Étienne et Avignon, les directeurs diocésains de l’enseignement catholique ont écrit dans des termes quasi similaires aux communautés éducatives pour les mettre en garde contre le risque qu'il représenterait.

À Saint-Étienne et Avignon, les directeurs diocésains de l’enseignement catholique ont écrit dans des termes quasi similaires aux communautés éducatives pour les mettre en garde contre le risque qu'il représenterait.

 

Sans le citer nommément, les deux directeurs diocésains s’en prennent au programme expérimental de l’Education nationale visant à promouvoir l’égalité filles-garçons : « La lutte contre les inégalités annoncée par le ministère de l’Education nationale part d’un présupposé qu’il existe au sein des établissements scolaires des conflits fréquents entre filles et garçons [...]. Nous pensons qu’il serait grave d’obérer l’équilibre des enfants avec le prétexte de ces prétendus conflits, en ouvrant un chemin de confusion autour de la construction de leur identité féminine ou masculine ». Interrogé par « La Croix », Thierry Aillet, le directeur diocésain d’Avignon, assure qu’il est « hors de question » que des professeurs des établissements dont il a la charge prennent appui durant leurs cours sur l’ABCD de l’égalité. « Chacun est libre de faire ce qu’il entend dans son diocèse, avec l’aval de son évêque », fait-il valoir.

 

Est-on sur le chemin du retour à la période troublée et ''radicale'' des années30 ? Rappel pour mémoire. Dans « La Croix » du 14 janvier 1930 :« Dans un désir excessif de conciliation, en face des usurpations de l'Etat, celles du passé et celles encore plus graves qui se préparent pour l'avenir, nombre de catholiques avaient tellement réduit sur le terrain scolaire nos revendications que les principes s'effaçaient graduellement[…]. La vérité que le pape nous apporte est vraiment une vérité libératrice. Nous savons maintenant de science certaine que, donné à l'école par des maîtres dont le moins que l'on puisse dire est qu'ils manqueraient pour cela de la délicatesse nécessaire, l'éducation sexuelle est un mal […]. Nous savons maintenant que la coéducation des sexes est une méthode d'enseignement immorale […]. Nous savons que les usurpations de l'Etat en matière d'éducation vont à l'encontre des droits imprescriptibles de la famille et de l'Eglise, qui, au nom de la morale naturelle et de la morale révélée ont reçu de Dieu la responsabilité des enfants » ( article deJean Guiraud, fondateur des « Associations catholiques des pères de famille », après la condamnation en 1929 de la coéducation des sexes par l'encyclique papale « Divini illius magistri » ).

 

Le pape Pie XI déclarait notamment dans cette encyclique que « c'est une erreur, pernicieuse à l'éducation chrétienne, que cette méthode de ''coéducation des sexes'', méthode fondée aux yeux d'un grand nombre sur un naturalisme négateur de péché originel. En outre, pour tous ses tenants, elle provient d'une confusion d'idées déplorables qui remplace la légitime communauté de vie entre les hommes par la promiscuité et le nivellement égalitaire ». Ah, le retour aux troubles années 30, et la condamnation très significative et sans appel du « nivellement égalitaire »...que l'on retrouve ''au fond du fond'' de l'attitude de certains actuellement, en ce moment historique lui aussi troublé.

 

Mais un article tout à fait intéressant rédigé par Denis Peiron dans « La Croix » du 11 mars 2014 fait (momentanément?) le point:« ''L’enseignement catholique ne fonctionne pas de manière centralisée ni univoque'', commente le secrétaire général de l’enseignement catholique, Pascal Balmand. ''Quiconque veut s’exprimer est habilité à le faire, à l’échelle qui est la sienne'', précise-t-il. Autrement dit, la position émise dans les deux missives n’engage que les responsables stéphanois et avignonnais. Côté syndicats d’enseignants, les deux lettres rédigées par les directeurs diocésains sèment le malaise. ''On a le droit d’être partisan, mais les fonctions de directeur requièrent une certaine réserve, dans l’esprit du contrat d’association entre l’enseignement catholique et l’État'', commente ainsi Bruno Lamour, secrétaire général de la FEP-CFDT. ''Il faut absolument veiller à ce que les personnels conservent leur liberté de conscience et d’expression'', plaide-t-il. À la rentrée dernière, l’Association des parents d’élèves de l’enseignement libre (APEL), avait elle aussi tenté de calmer le jeu avec la publication d’une fiche sur le genre à l’attention de ses responsables. « Certains enseignements tirés des études sur le genre ont constitué des apports positifs, en particulier pour lutter contre des préjugés qui perdurent et lutter contre l’inégalité entre les femmes et les hommes. À l’inverse, les idées extrémistes parfois véhiculées par les défenseurs de cette théorie peuvent être déstabilisantes et dangereuses pour des jeunes en construction », peut-on lire dans ce document. Sur ce sujet, il s’agit, a affirmé à plusieurs reprises la présidente de l’APEL Caroline Saliou, de se montrer ''vigilant'', sans sombrer dans un alarmisme qui à ses yeux serait, pour l’heure en tout cas, injustifié ».

Fin de l'article. A suivre...

 

 

 

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