Le SNALC, Sarkozy et Juppé...

Si l'on en juge par les déclarations du président des « Républicains » de la semaine dernière à propos notamment de la « réforme du collège », le SNALC (syndicat de professeurs généralement classé à droite) et Nicolas Sarkozy partagent désormais la même «stratégie de rupture», contrairement à Alain Juppé autre candidat de poids à l'élection présidentielle.

Dans un communiqué en date du 25 mars dernier, « le SNALC, lassé de la mollesse des positions de l'intersyndicale [réunissant les syndicats de professeurs qui sont pour l'abrogation du décret régissant la ''réforme du collège''] a décidé de la quitter […]. Le SNALC continuera d'agir pour obtenir l'abrogation de la réforme du collège et demeure prêt à réintégrer l'intersyndicale si elle se décide à le rejoindre pour bloquer les examens en juin [décidément les ''blocages'' sont à l'honneur ces temps-ci], seul moyen pour le SNALC, syndicat indépendant et non subventionné [un coup de pied de l'âne aux autres] de parvenir à faire céder la ministre ».

Le SNALC n'hésite pas à faire ''bande à part'', d'être ''en rupture de ban'' dans une « stratégie de la rupture » qui est aussi celle de Nicolas Sarkozy à la tête du parti « Les Républicains » qui vient de tenir « une journée de travail sur l'éducation » mercredi dernier.

Rien ne trouve grâce auprès de l'ancien chef de l'Etat dans ce qui a pu être mis en œuvre ces quatre dernières années, et en particulier la ''réforme du collège'' (que Nicolas Sarkozy n'hésite pas à caricaturer voire à déformer pour les besoins de sa cause, notamment pour ce qui concerne l'enseignement de l'histoire, dans sa ''tribune'' parue dans le « Figaro » du 6 avril ). « Les républicains reviendront sur cette réforme du collège, tout comme celle sur les rythmes scolaires […]. Près de huit cents heures d'enseignement du français ont disparu du CE1 à la classe de première. Elles doivent être rétablies. En lieu et place de ces étranges ''modules horaires transdisciplinaires'' […] . Quant à l'égalité des chances, elle ne se gagne pas en traquant les classes de niveau, en déclarant la guerre à Cicéron, en pourchassant l'excellence jusque dans les classes bilingues ou les classes préparatoires ».

On ne s'étonnera donc pas que figure en bonne place, dans la « Synthèse de la journée sur l'éducation » du parti « Les Républicains », le titre suivant : « Un collège avec des parcours divers et dans lequel sera abrogée l'actuelle réforme pour le bien des élèves et des professeurs ». « Comment imaginer que les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires puissent être conservés ? Ce n'est pas sérieux ». « Il faut diversifier les parcours dans les collèges à partir de la quatrième, en développant une filière de pré-apprentissage ». « Elévation par le mérite, accomplissement par le talent. L'école que nous voulons n'est pas une école sans not». « Etablir des programmes clairs et accessibles ( ils existent ; ce sont les programmes de 2008 pour le primaire) ».

Même s'il existe des points communs (ou voisins) non négligeables dans les projets respectifs annoncés de Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, on ne peut pas ne pas être frappé par le fait qu'Alain Juppé ne se situe pas – lui - dans la « stratégie de la rupture ».

A la sortie de son livre (« Mes chemins pour l'école », Lattès, août 2015), Alain Juppé répond de façon significative à la question : « La gauche a entrepris plusieurs réformes, dont celle des programmes et des collèges, décriées par une partie de la droite ; reviendrez-vous dessus? » : « Je ne compte pas revenir sur toutes les réformes du quinquennat précédent au motif qu'elles ont été menées par un gouvernement socialiste. On fera une évaluation. ; il y aura quelques aménagements ; mais je ne vais sûrement pas remettre en chantier la totalité des programmes scolaires ».

Extraits du livre :

Page 230 : « La récente réforme du collège a souhaité donner du sens aux différents contenus disciplinaires en mettant l'accent sur l'interdisciplinarité. Quelle est votre position sur ce point ? » : « Je suis plutôt séduit par cette idée […]. Au fond, si l'interdisciplinarité suscite des réticences, c'est que les enseignants craignent d'appauvrir le contenu de leur discipline en le partageant avec d'autres. Cette crainte me semble infondée »

Page 217 : « J'attends toujours que l'on m'explique ce que signifie ''mettre fin au collège unique'' et par quoi on le remplace. Est-ce à dire que l'orientation aujourd'hui en fin de collège serait avancée en sixième ou en cinquième ? Certains nous expliqueront sans doute que c'est en orientant plus précocement encore les élèves que l'on revalorisera la filière professionnelle. Je ne partage pas cette analyse ».

Page 245 : « Des expériences de classes sans notes ont été menées au collège et ont fourni des résultats qui ne sont en rien négatifs. Il existerait 2000 expériences de ce type dans les collèges et les lycées. Il s'agit d'initiatives de professeurs ou de chefs d'établissements, qui y voient un moyen de remédier à la grande difficulté scolaire et à l'inefficacité de la notation chiffrée sur 20 pour aider l'élève à progresser. Par conséquent, procédons à des expérimentations et voyons ce qui marche ».

Par ailleurs, on peut noter que dans cet ouvrage de 300 pages, les notations sur l'urgence de rétablir « l'instruction » et « l'autorité » ou sur les ravages supposés du ''pédagogisme'' (voire de la ''pédagogie'') sont totalement absentes (alors qu'elles sont en bonne place dans la « Synthèse de la journée sur l'éducation » du parti « les Républicains » sous la houlette de Nicolas Sarkozy).

 

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