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Billet de blog 12 mai 2014

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Le Conseil supérieur des programmes va rendre sa copie

C'est un texte à ne pas manquer, au cœur de la « refondation » de l'Ecole. Et c'est un rendez-vous historique à ne pas louper, car il est douteux qu'il puisse en exister un autre de sitôt.

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C'est un texte à ne pas manquer, au cœur de la « refondation » de l'Ecole. Et c'est un rendez-vous historique à ne pas louper, car il est douteux qu'il puisse en exister un autre de sitôt.

Le nouveau CSP (institué par « la loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'Ecole » du 8 juillet 2013) doit rendre avant la fin du mois de mai, conformément à ce que cette loi lui prescrit, un texte sur le contenu du « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » ainsi que sur les modalités de validation de l’acquisition de ce socle.

On attend depuis longtemps une redéfinition claire de ce qui doit et peut être maîtrisé par chacun des jeunes Français à la fin de sa scolarité obligatoire (ou plutôt de son ''instruction obligatoire'' puisque la scolarisation n'est pas vraiment ''obligatoire'', mais ''l'instruction'' si). Il y avait bien eu l'inscription d'un « socle commun de connaissances et de compétences » dans la loi d'orientation de 2005 ; mais sa définition et sa mise en œuvre ont été foncièrement mal-menées comme en témoigne en particulier l'étrange salmigondis (à géométrie variable selon les disciplines) d'exigences de nature et de difficulté fort différentes dans les ''livrets de compétences''.

On ose espérer que l'on va aboutir enfin de façon claire et cohérente, ce qui n'est certes pas facile. Mais cela fait longtemps que l'on attend ; trop longtemps. Et pendant tout ce temps le délitement a gagné. Deux citations, en guise de rappel et de mise en perspective.

« Rappelons tout d'abord une banalité, car les lieux communs peuvent être vrais, et c'est le cas de celui-ci : la démocratisation de l'enseignement a conduit à dispenser à un public radicalement différent un enseignement inchangé . L'enseignement s'en trouve totalement en porte à faux. On tente vainement d'inculquer une culture conçue pour une élite à la grande masse des enfants du pays. Or il est clair que les motivations des élèves ont changé, que leur héritage social et culturel est très différent de ce qu'il était, qu'ils ne trouvent pas dans leur famille le même soutien, etc. Tout ceci est très vrai, et nous devons le redire après tant d'autres, car on ne semble pas en avoir tiré les conséquences ».« Rapport de la commission d'études sur la fonction enseignante dans le second degré » ( sous la direction de Louis Joxe, La Documentation française, 1972. On est alors une dizaine d'années après l'institution du « collège d'enseignement secondaire », en 1963 ; et trois années avant la création du « collège unique », en 1975).

« Il reste encore aujourd’hui une quantité substantielle de jeunes qui sortent de l’école sans maîtriser les éléments fondamentaux d’un savoir minimum. L’élévation générale du niveau n’a exercé sur le leur aucun effet d’entraînement ; il n’y a aucune raison que la situation s’améliore tant qu’on comptera sur la hausse du plafond pour relever le plancher […]. Il s'agit de ne plusconsidérer l’école depuis son sommet, mais à partir de sa base » (les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet - auteurs de « L'Ecole capitaliste en France » en 1971, et de « L'élitisme républicain » en 2009 – dans leur ouvrage « Le niveau monte », en 1989).

On attend toujours, que l'on tire enfin toutes « les conséquences » du diagnostic fait « après tant d'autres » en...1972 ; et de la recommandation faite en...1989 de « ne plus considérer l'école depuis son sommet, mais à partir de sa base » (puisqu'il n'y a « aucune raison que la situation s'améliore tant qu'on comptera sur la hausse du plafond pour relever le plancher »). Le Conseil supérieur des programmes n'a pas d'autre tâche historique plus prioritaire et plus décisive que celle-ci. Et c'est à cette aune que ses propositions pour « le socle commun de connaissances, de compétences et de culture » devraient être appréciées (non seulement pour leurs ''bonnes intentions'', mais aussi et surtout en raison de leur caractère plus ou moins ''réalistes'' et ''opérationnels'', et de leur plus ou moins forte détermination dans l'explicitation de ''priorités effectives'' et de la façon dont on peut s'assurer qu'elles seront maîtrisées par chaque élève). C'est d'abord cela, et avant tout, la « re-fondation de l'Ecole ».

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