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Billet de blog 12 juin 2008

Une réforme du bac d'un train de sénateur?

Le groupe de travail du Sénat ( présidé par le sénateur UMP Jacques Legendre ) qui réfléchissait depuis décembre 2007 sur " A quoi sert le bac ? " vient de rendre son verdict et de faire des propositions qui sont loin d’être anodines et qui devraient à l’évidence susciter le débat.

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Le groupe de travail du Sénat ( présidé par le sénateur UMP Jacques Legendre ) qui réfléchissait depuis décembre 2007 sur " A quoi sert le bac ? " vient de rendre son verdict et de faire des propositions qui sont loin d’être anodines et qui devraient à l’évidence susciter le débat.

Les sénateurs se prononcent pour un étalement des épreuves sur deux ans selon deux axes ( qui font pour le moins problème dans leur succession) : acquisition des connaissances générales en première ; capacités de réflexion, d’argumentation et travail personnel en terminale. Et cela dans plusieurs buts : dissocier clairement les deux faces du baccalauréat qui existent depuis sa fondation il y a tout juste deux siècles ( certifier la bonne fin d’une scolarité secondaire, et être prêt pour l’entrée dans l’enseignement supérieur ), et permettre également aux élèves ayant échoué aux épreuves organisées en première de les repasser en terminale en ne perdant pas le bénéfice de toutes les notes obtenues en première.

Il s’agit aussi de réduire autant que possible la " forte hiérarchisation " des trois filières actuelles du baccalauréat général ( L, S et ES ) en prolongeant de fait jusqu’à la fin de la première le moment du choix décisif par la mise en place d’un fort tronc commun ( duquel les lycéens se différencieraient de façon secondaire en choisissant trois options de spécialisation dans les domaines littéraire, scientifique ou économique ). Les sénateurs suggèrent aussi que ce principe du tronc commun pourrait s’appliquer aux autres baccalauréats, technologique et professionnel.

Les sénateurs n’ont pas vaiment abordé de front la question des différents types de baccalauréat ( généraux, technologiques et professionnels ) qui ont en principe des finalités différentes et se prêtent de fait à des cursus différents ( cf mon billet du 19 mars : " Le bac : un bicentenaire problématique " ), alors que le problème des principes et des modalités d’entrée dans les différents dispositifs du supérieur ( et en particulier dans les universités ) est très mal résolu.

Ils se sont contentés de donner - pour les titulaires de bacs non généraux - deux versions possibles de "priorité" d'accès aux filières courtes technologiques, et de demander que "les universités fassent connaître par avance à titre indicatif les connaissances et les compétences qu'elles estiment nécessaires de posséder pour suivre avec profit leur enseignement".

En revanche, les sénateurs se sont montrés nettement plus diserts et concrètement précis pour répondre aux préoccupations ( voire aux récriminations ) de certains. "Dissiper tous les soupçons de ''petits arrangements'' en rendant publiques les consignes de correction et les statistiques des épreuves"; "Mieux rémunérer les participants au baccalauréat"; "Communiquer à chaque enseignant les notes de ses élèves, leurs moyennes par classe et les moyennes de référence( à titre personnel et indicatif)".

Une dernière remarque, à mon sens fondamentale: si l’on ne se centre pas de façon claire et déterminée sur les articulations à faire entre les lycées, les baccalauréats et les deux ou trois premières années de l’enseignement supérieur, le risque est grand que bon nombre d’aspects des réformes en cours des lycées et des baccalauréats ne soient d’abord et en définitive que des façons d’ " habiller " une réduction des postes dans l’enseignement secondaire.

N’oublions pas que l’OCDE ( qui n’a pas la réputation d’être une organisation philanthropique ) estime que la bonne santé économique de ses Etats membres nécessite qu’ils conduisent 50 % d’une génération au niveau ‘’licence’’ dans les années 2015-2020. La France en est actuellement à 38% contre 74% en Finlande ( qui se distingue certes, on le sait , déjà au niveau des tests PISA; mais ce n'est sans doute pas sans lien ).

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