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Le Club de Mediapart jeu. 29 sept. 2016 29/9/2016 Édition du matin

Chatel ne manque pas d'air face à Hollande

Après s’être le 21 août «réjoui que les métiers de l’enseignement continuent d’attirer les jeunes diplômés», Luc Chatel a jugé les récentes propositions faites par François Hollande de recréer des postes «irréaliste» du fait du peu de candidats se présentant actuellement aux concours d’enseignants.
Après s’être le 21 août «réjoui que les métiers de l’enseignement continuent d’attirer les jeunes diplômés», Luc Chatel a jugé les récentes propositions faites par François Hollande de recréer des postes «irréaliste» du fait du peu de candidats se présentant actuellement aux concours d’enseignants.
C’est quand même le comble que ce soit le ministre de l’Education nationale Luc Chatel ( qui masquait il y a peu les difficultés de plus en plus grandes de recrutement d’enseignants aux différents concours : cf mon billet du 23 août sur « les comptes fantastiques de Chatel » ) qui se permette de faire la leçon !
Il reste que la tendance générale dans les recrutements n’est pas bonne et qu’il faut en prendre tout la mesure si l’on veut y remédier. Et on ne peut le faire qu’en les situant dans une politique plus globale, qui inclut nécessairement une revalorisation de l’enseignement et des enseignants ( sous des facettes multiples, y compris budgétaires ). Ce qui signifie , compte tenu de l’ampleur de la tâche, que l’on ne peut le faire sans déterminer nettement des priorités claires. Isoler la question des recrutements des autres problèmes à traiter ( et des choix importants à faire ), cela peut certes frapper très ( trop ) facilement les esprits, mais c’est courir à l’échec.
On le sait, les choix faits sous la houlette de Martine Aubry dans le cadre du projet du PS ( qui devrait être le cadre général de tous les candidats, mais il convient sans doute de le vérifier expressément ) est de privilégier d’abord et avant tout le primaire ( la maternelle et l'élémentaire, en particulier la période des apprentissages premiers où il est dûment prévu d’affecter un enseignant supplémentaire dans les classe qui en auraient besoin pour personnaliser au maximum l’enseignement dispensé ) et les établissements ‘’sensibles’’ ( notamment au niveau du collège ). Un choix très explicitement réitéré par Martine Aubry dans sa « Lettre aux Français ». Et qui est d’ailleurs en phase avec les recommandations du « think tank indépendant et progressiste ‘’Terra Nova’’ », présentées très récemment par le sociologue François Dubet, de privilégier avant tout le primaire et les collèges en difficulté.
Il faut savoir que le nombre de postes offerts aux concours de professeurs des écoles est passé de 11 700 en 2006 à 3100 en 2011. Et le nombre d’inscrits aux concours de recrutement est passé de 94 000 en 2005 à 42 000 pour 2012 ( soit une baisse de 55% en 7 ans, plus forte encore que dans le secondaire ). Par ailleurs 1500 classes ont encore fermées en cette rentrée dans le primaire ( un tiers en maternelle, deux tiers en élémentaire ). Et c’est d’autant plus scandaleux que l’on sait maintenant par les comparaisons internationales que le taux d’encadrement des élèves Français dans le primaire est déjà nettement en dessous de la moyenne de celui des pays de l’OCDE ( pour le secondaire, on est jusqu’ici dans le taux moyen des pays de l’OCDE ).
Et pourtant, si on n’y prend pas garde, le risque est important de répéter l’erreur commise dans les années 1990. Si on opère en effet un bref retour en arrière, on peut constater que la part du PIB ( produit intérieur brut ) attribué au système scolaire a fortement augmenté durant les cinq premières années du second septennat de François Mitterrand, passant de 6,3% en 1989 à 7,4% en 1994, pour rester à peu près à cette hauteur jusqu’à la fin du siècle, et redescendre ensuite ( à l’exception d’un certain rebond durant les années où Lionel Jospin a été Premier ministre ) jusqu’au pourcentage actuel, à savoir 6%.
Ce qui est assez troublant et pose immédiatement question , c’est que les premiers tests PISA qui ont eu lieu en 1999 ont mis en évidence que la France était, parmi les 30 pays étudiés, celui où l’écart des résultats entre les élèves de statuts favorisés et ceux de statuts défavorisés était le plus important. Or cela a été montré sur des élèves qui, en France, avaient justement effectué leur scolarité obligatoire au moment de la forte croissance de la part du PIB dévolu au système scolaire. Dur !
Mais cela indique peut-être simplement qu’il ne faut pas seulement s’intéresser à l’effort global consenti, mais qu’il importe aussi de savoir où vont ces moyens financiers. A ce sujet, l’augmentation des moyens consentis sous le second septennat de Mitterrand est d’abord et avant tout allée aux élèves de lycée, puis – nettement moins - à ceux de collège ; et enfin, en dernier lieu, aux élèves du primaire. Cela d’ailleurs commence à se savoir que le coût moyen de l’élève du primaire français est actuellement inférieur de 15% à celui de la moyenne des pays de l’OCDE, alors que le coût moyen de l’élève de lycée français est – lui - supérieur de 15% à celui de la moyenne des pays de l’OCDE. Certes les choix budgétaires ne font pas tout, mais ils sont significatifs de toute une politique et ils y participent activement.
In fine, comme l’ont déjà dit les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet dès 1989 quand cessera–t-on, en France, de « compter sur la hausse du plafond pour relever le plancher » ? Et, bien sûr, d’avoir les résultats particulièrement inégalitaires qui vont avec une politique scolaire prioritairement orientée vers un ‘’élitisme dit républicain’’
En un mot, il faut « refonder l’Ecole » - comme l’a dit Martine Aubry – et à partir du primaire. Il faut redresser l’Ecole sur ce qui devrait être sa base fondamentale, sur ses « fondements » : à savoir l’Ecole obligatoire, celle de tous, que l’on doit à tous et à chacun, et privilégier avant tout la maternelle et l’école élémentaire.
En tout état de cause, et il y a lieu d’y réfléchir et de se prononcer clairement là-dessus ( sans quoi l'on recommencera immanquablement l'erreur majeure qui a été faite dans les années 1990 ), il faut faire des choix et bien marquer quelles sont les priorités ( en matière de recrutements comme pour d’autres dimensions du domaine éducatif ) même si ‘’priorité’’ ne signifie pas ipso facto ‘’exclusivité’’.

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Tous les commentaires
@ M Lelievre, votre article est intéressant , je vous en remercie ..... en reagardant le chiffres clés du budget de l Education nationale , il ressort (chiffres arrondis) que nous avons un budget de 61 milliards d euros (1er poste de dépenses de l Etat ) , des effectifs légèrement supérieurs a 1 millions dont un peu plus de 940 000 professeurs. (dt 140 000 prof ds le secteur prive - cad sous contrat privé) .... bestialement cela nous donne environ 13 élèves par professeur ... arrondissons a 15 ou 17 .. pour tenir compte absenteime .... --- Sachant que nous avons en moyenne 35 a 40 élèves par classe ... ou sont les professeurs ? ..... --------- il me semble qu avant de songer a embaucher il faudrait remettre dans les classes les professeurs payés par l Education nationale ..... ---- il y a t il eu des études sur ce sujet ? merci

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